
Eric Kuhn © GP
Je sais, le nom du lieu est ambigu: Kobus, c’est le patronyme de l’Ami Fritz, dans le roman d’Erckmann-Chatrian. Mais qui s’en souvient – à part vous et moi? Bref, en revenant chez Eric Kuhn, qui tint jadis l’Amphitryon, rue des Charpentiers, puis l’Ami Fritz, précisément, au cœur de la Petite France, on s’attendrait à une cuisine alsacienne, sinon d’obédience winstub, au moins marquée par le terroir. Voilà, au contraire, ce qu’à Paris où nommerait un « bistrot gastro », style la Régalade, le Baratin, le Comptoir du Relais, l’Ami Jean, l’Entredgeu, Hier & Aujourd’hui ou le Grand Pan (le Pudlo Paris abonde de ce genre d’adresses promouvant la gastronomie soignée à prix modérés).

Cassolette de champignons à l'oeuf mollet © GP
Bref, j’invite mes collègues parisiens (les Simon, les Gaudry, les Neyman, les Verjus, les Richard, les Mignot, les Chrisos et j’en oublie, de chroniques en blogs) qui arpentent le bitume parigot entre la barrière de Denfert et le pont Mirabeau, à venir prendre le TGV (2h19 meilleur temps pour Paris-Strasbourg, hier soir, par le 16h15 qui arrive à 18h34, le temps de dîner tranquillement à Paris, après avoir déjeuné rue des Tonneliers) et à découvrir cette maison presque neuve (depuis trois ans) qui illustre le renouvellement alsacien. Eric, grande figure affable et souriante, accueille avec charme et sourire, tandis qu’en cuisine Joël Margotton cuisine au fil du marché avec bonheur.

Saltimbocca aux linguini © GP
Il y a le petit menu de midi épatant à 22 € sur ardoise (hier midi cassolette à l’oeuf et champignons, saltimbocca de veau et linguini, streussel et mousse chocolat blanc) et le vaste menu carte à 38 € (qui se réduit à 32 € sans dessert ou 29 sans entrée. Bref, avec un tartare de veau coupé main, son croquant pistache, son mascarpone à l’artichaut, son lieu jaune au risotto, sa pressa ibérique au chorizo et son écrasée de purée de pommes de terre aux olives sans omettre, in fine, une crème brûlée aux quetsches, qui rappelle tout de même qu’on est en Alsace, on se régale sans mal.

Crème brûlée aux quetsches © GP
Les vins sont choisis avec verve, inscrits au verre sur la grande ardoise murale, proposés sur carte dans tous les terroirs. Il y a, bien sûr, des pinots blancs et noirs, mais le bourgueil de Yannick Amirault, frais, tanique, séveux, un brin astringent, comme un saumur champigny plus souple (à 32 €, ce qui n’est pas forcément bon marché) ferait croire que la rue des Tonneliers jouxte les bords de Seine ou de Loire et non de l’Ill.
Kobus, 7, rue des Tonneliers, 67000 Strasbourg. Tél. 03 88 32 59 71. Menu : 17, 22 (plat du jour), 29, 32, 38 €.

















