Saturne

« Saturne (Paris 2e): ça tourne rond! »

Article du 23 septembre 2010

Swen & Ewen © GP

A quoi servent les journaux et les guides? Voilà une table ouverte il y a neuf jours et qui refuse déjà du monde, fait complet à tous les services, ne prend les réservations le soir qu’au moins quatre jours à l’avance, sans avoir eu le moindre article dans le presse. La faute à qui? Aux bloggeurs, bien sûr, qui ont révélé le lieu, donné le tuyaux à tous avant que la chronique officielle ne file ici livrer son verdict

L'enseigne © GP

Le premier, bien sûr, ce fut l’inévitable Bruno Verjus, qui nous a fait le coup, déjà, avec Rino, Playtime ou Philou. Sacré Bruno! Le problème est qu’il a souvent raison. Et ce gourmand amateur, ce gourmet invétéré, ce pro de l’amateurisme gourmand (je ne sais trop comment dire) a bon goût et quand il s’emballe, ce n’est jamais sans raison. Là, c’est vrai, il a fait le maximum: évoquant le lieu, cet été, alors qu’il était en travaux et sans le nommer, juste histoire de nous mettre l’eau à la bouche et, après coup, annonçant son ouverture comme s’il s’agissait de la table du siècle, citant André Breton, criant au chef d’oeuvre et au génie.

En salle © GP

Bref, s’ il exagère, il y a une grosse de part de vérité dans ses excès. L’équipe, Sven Chartier, le chef, et Ewen Lemoigne, l’homme de salle sommelier, avaient fait parler d’eux chez Racines, passage des Panoramas. Les voici chez eux dans un lieu tout neuf, clair, lumineux, sobre et contemporain. On pourrait être à Copenhague ou Stockholm, voire Londres ou Sydney. Mais on est bien à Paris, à deux pas de la place des Victoires et de la Bourse, dans une salle conviviale et confortable qui prend acte de sa modernité : vaste verrière, mobilier de bois clair, pierre, béton, plus mur de flacons donnent le ton.La façade, elle, est si discrète qu’on peut passer trois fois devant la demeure sans la remarquer.

Swen au travail, dans la cuisine ouverte © GP

Il y a, bien sûr, la grande cuisine ouverte qui indique ce qui se trame ici. Sans oeillère, ni chichi. Mais, côté salle sous verrière, ce que ni Bruno, ni Thierry Richard dans ses Chroniques du Plaisir, ni Cécile Cau (So Food so Good), qui lui ont emboîté le pas, n’ont dit c’est que le bruit ambiant est si fort que Ewen le charmeur a du mal à prendre les commandes. En revanche, ce que le second (Thierry, veux je dire) a glissé avec justesse: que le service est en rodage, que l’attente est longue, et que, comme, au déjeuner au moins, il n’y a pas d’amuse-gueule, il faut prendre son mal en patience. Mais, à terme, on est récompensé.

Une mise de table minimaliste © GP

Produits de qualité, mariages justes, assaisonnements nets, cuissons courtes, saveurs sans chichi, jolis légumes vifs et frais : voilà ce qui vous attend là. Passé chez Passard à l’Arpège et chez Hegia avec Arnaud Daguin, avant de voyager en Asie, Swen, natif du Périgord, mais qui a des grands parents suédois, cuisine avec sûreté, netteté, rigueur.

Chipirons à la plancha, aubergines brûlées et tomates steack © GP

Ce midi, pour un parterre composé de gens de cuisine et de la profession ou presque à chaque table (José Da Rosa, l’épicier-aubergiste de la rue de Seine, Franck Pecol de chez Franck, bistrot-épicerie à Shanghaï, ou encore mon confrère Emmanuel Rubin, du Figaroscope qui mangeait dos à la salle, mais que l’on reconnaît aisément à sa dégaine de rocker années 80, son costume jean, ses cheveux longs, sans omettre l’inénarrable Albert Nahmias, en solitaire, au bar), le menu unique à 35 € faisait mouche.

Lieu jaune aux épinards et moules © GP

C’était ou brioche de col-vert et foie gras avec mesclun de salade ou chipirons à la plancha, aubergines brûlées et tomates steak, puis ou lieu jaune de ligne avec épinards et moules fumées ou pintade de la Sarthe rôtie au maïs grillé et huile de colza. Bref, du nerveux, du tonique, du net, du sans bavure, vif, frais, délicat, léger comme une sonate intime. Et il y a encore quelques jolis fromages, (comté en copeaux, morbier) venu de chez Bouveret à Poligny, plus un épatant pain de campagne et une tarte au chocolat et caroube qui achèvent le repas avec légèreté.

Pintade au maïs © GP

Un frais mâcon au verre ou un beaujolais bio de Guignard font des compagnons fruités et aimables. L’addition du midi à deux est raisonnable (moins de 100 € à deux si l’on ne boit pas trop), le café avec ses madeleines au miel délectable. Et un espace bar à vin est prévu en liminaire. Le lieu est jeune, perfectible. Gageons que tout Paris va y aller, y reviendra. Avec un peu d’insonorisation et un rythme mieux tenu dans le timing du service, ce sera sans doute presque aussi génial que ce que nous promet l’ami Bruno Verjus.

Un clin d'oeil à qui vous savez © GP

Saturne

17, rue Notre-Dame des Victoires
Paris 2e
M°: Bourse. Fermé sam., dim.. Jusqu’à 22h
Tél. 01 42 60 31 90
Menus: 35 (déj.), 37, 59 €

A propos de cet article

Publié le 23 septembre 2010 par Gilles Pudlowski
Catégorie : Restaurants
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52 commentaire(s) pour “Saturne (Paris 2e): ça tourne rond!”

  1. Pailhes dit :

    Enfin une adresse et la seule à ma connaissance qui propose une carte des vins sans soufre en harmonie avec une carte gastronomique réalisée avec talent. Déco actuelle mais on s’en fout ce qui compte c’est de se laisser guider par le personnel très avenant et une addition correcte Courrez-y!!

  2. Anne Jezequel dit :

    Nous sommes allé hier soir à Saturne sur les conseils d’un ami. Nous avons réservé par internet et nous avons lu beaucoup de critiques, autant bonnes que mauvaises.
    Nous avons été accueilli par un personnel charmant et l’on nous a installé dans l’arrière salle, sous une magnifique verrière habillée de lampes représentants des galets en suspension. Le décor est très zen et chaleureux, la lumière est très douce et nous avons vue sur la cuisine ouverte. Le menu est posé sur la table à notre arrivée, il s’agit d’un menu unique en une succession de sept plats, cinq salés et deux sucrés. Il est proposé un accord mets et vins, mais ne buvant pas trop car enceinte mon mari s’est laissé tenter par des vins aux verres suggérés par le sommelier.
    Ce fût une vraie découverte, tant par la qualité et l’inventivité des plats (des radis aux céréales et un fromage de chêvre, du turbot servi avec un coeur de laitue et des graines de moutarde, du pigeon fumé au sarment de vigne incroyable, et une glace au foin totalement addictive!!) que par la surprise des vins notamment un chenin d’Anjou et un vin rouge de la région de Rome mémorables !. Nous avons terminé le repas avec une infusion d’une herbe inconnue, l’agastache, et des madeleines au miel à tomber.
    Toute l’équipe a été bienveillante pendant toute la durée du repas notamment sur le fait que je sois enceinte et nous avons passé un excellent moment.
    Saturne est un restaurant recommandable et nous y reviendrons vite.



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