Les chuchotis du lundi : Cédric Naudon condamné, Rech à la Maison d’Amérique Latine, du neuf à Misincu, Manoj Sharma chez Jugaad, Hugo Bourny chez Lucas-Carton, Jimmy Desrivières à l’hôtel Atala, Pascal Favre d’Anne tire sa révérence

Article du 10 mai 2021

Cédric Naudon condamné

Cédric Naudon en 2014 © DR

Il devait révolutionner la cuisine parisienne, faire de sa « Jeune Rue », proche de la place de République, plébiscitée par la presse tendance, le lieu d’une nouvelle ère gourmande où belles échoppes artisanes et restaurants en vogue devaient cohabiter avec brio. Le personnage, qui avait ouvert avec succès le Sergent Recruteur dans l’île Saint-Louis, séduisait et intriguait. Il roulait en Maserati, résidait place Vendôme, cumulait écharpe de soie et Berluti. Avait agrégé autour de lui une pléiade de talents reconnus, d’Antonin Bonnet à Arnaud Daguin, promettait d’ouvrir une boucherie grand style et une multitude de belles enseignes entre artisanat de bouche et design gourmand. Mais les travaux traînaient et les dettes s’accumulaient, comme les impayés. Dès 2014, ici, nous pressentions l’arnaque. Cédric Naudon, rattrapé par la justice, vient d’être condamné, en son absence, ce mercredi 5 mai, par le tribunal correctionnel de Paris à quatre ans de prison, dont trois ferme, pour escroquerie, tentative d’escroquerie, banqueroute et abus de biens sociaux. Il devrait verser en outre plus de 20 millions d’euros à ses débiteurs. Triste fin de partie…

Ibaji, l’une des rares enseignes ouvertes de la Jeune Rue © GP

Rech à la Maison d’Amérique Latine

David Vignaud © DR

C’était la table marine d’Alain Ducasse, sous une enseigne de tradition, établie depuis 1925 avenue des Ternes, avec des chefs de talent comme Adrien Trouilloud, Julien Dumas, Xavier Boireau, Anthony Denon et, le dernier en date, Hiroyuki Kanazawa, plus le conseil de Jacques Maximin en pédago éclairé. La maison a fermé ses portes au début du premier confinement l’an passé. Mais l’enseigne, toujours sous le sceau d’Alain Ducasse, s’apprête à réouvrir le 26 mai, avec une équipe toute neuve, dans le cadre chic et champêtre de la Maison d’Amérique Latine, qui réunit au cœur du très aristocratique boulevard Saint-Germain les hôtels de Varengeville et Amelot de Gournay, gérée par Musiam, l’enseigne de restauration des musées de Ducasse Paris, fameuse pour ses salons élégants et son grand parc. Le nouveau chef sera David Vignaud, qui travailla longtemps dans le cuisine du Louis XV-Alain Ducasse à l’hôtel de Paris de Monaco, après un passage parisien chez Rech… en 2015/2016. On en reparle vite.

Rech © Pierre Monetta

Du neuf à Misincu

Thomas Brasleret © DR

Ce sera l’événement de l’été prochain en Corse : l’aggiornamento de Misincu, cette perle hôtelière du nord de l’île de Beauté, en sentinelle sur le Cap Corse, avec une neuve équipe de direction, sous la houlette de Gabriel Bui-Van, ancien du groupe Millésime Collection et ses villas au coeur du maquis « e case di Misincu« , font de ce petit paradis, qui fut jadis le Caribou des années 1950, étape prisée d’Alain Delon et Romy Schneider, sans oublier Serge Gainsbourg revu en Gainsbarre, une halte  de rêve au goût du jour. La nouveauté gourmande du lieu : la venue de Thomas Brasleret, qui fut sept ans durant le chef étoilé de la Cape à Cenon, près de Bordeaux, puis à son compte, avant de partir pour la Croatie. Le voilà réincarné en chef corse attentif aux produits de la pêche locale, faisant de « Tra di Noï » (comprenez « entre nous » en langage corse), une table locavore dans le vent de l’époque. Une future étoile corse en perspective.

Manoj Sharma chez Jugaad

Il est l’indien magnifique, lauréat de la « table étrangère » de l’année au Pudlo 2016  au temps de Dési Road, formé jadis à l’Oberoi de Dehli, passé au Rasoï de Vineet Bathia, l’étoilé indien de Chelsea, chef ensuite de Sirvan Café Métisse pour Akrame Benallal, conseiller superviseur (il l’est toujours!) de Sir Winston, le pub néo-indien façon bristish du groupe Bertrand et le propriétaire, avec son épouse coréenne, de Séoul Mama, dans le 15e. Manoj Sharma, qui ne s’endort jamais sur ses succès, lance la première table indienne, à son compte, au 16, rue Favart, à Paris 2e, sous le nom de Jugaad, face à l’Opéra Comique, dans ce qui fut jadis le Café Runtz, puis les Alchimistes. Manoj y cuisinera selon son coeur. Mâcher Paturi (poisson blanc mariné à la moutarde de coco, enveloppé dans une feuille de bananier, selon une recette du Bengale), porc vindaloo, naans et mets au tandoor se mêleront aux plats végétariens et reprendront vie sous sa patte fine et acérée. Ouverture prévue en juin.

Hugo Bourny chez Lucas Carton

Hugo Bourny  © DR

Les Vranken, propriétaires du champagne Pommery et du rosé de la Gordonne, mais aussi du restaurant Lucas Carton, place de la Madeleine, n’auront pas été longs à trouver un remplaçant de grande classe à Julien Dumas, parti pour reprendre les fourneaux du Saint-James, avenue Bugeaud dans le 16e. Le nouveau chef du Lucas se nomme Hugo Bourny. Chef exécutif d’Hélène Darroze, depuis août 2019, il a été été auparavant celui d’Anne Pic et de son groupe à partir de 2015, après avoir travaillé comme chef de partie à la Pinède à Saint-Tropez – l’année où cette maison reçu une 2e étoile à la Vague d’Or d’Arnaud Donckèle. Autant dire qu’il a les épaules solides pour redonner à la grande maison de la place Madeleine son aura d’antan et les deux étoiles qu’elle détint avec Alain Senderens.

Jimmy Desrivières à l’hôtel Atala

Clément Van Peborgh et Jimmy Desrivières © GP

Jimmy Desrivières et son actif adjoint Clément Van Peborgh se préparent à la réouverture prochaine de Pleine Terre rue Bassano près des Champs Elysées. La maison, qui n’a pas de terrasse, transportera son talent et ses belles idées du jour (dont un fameux foie gras mariné au vieux rhum, où Jimmy mixe ses années d’apprentissage dans de grandes maison, comme Georges Blanc à Vonnas, au Meurice et au Jules Verne, avec ses racines martiniquaises) dans un hôtel tout voisin, l’Atala, rue Chateaubriand. On en reparle. En attendant, la maison, qui n’a jamais fermé depuis le premier confinement, continue de préparer des menus à emporter, offrant un étonnant rapport qualité-prix (30 € tout compris) et la livraison avec Tiptoque.

Pascal Favre d’Anne tire sa révérence

Mathilde et Pascal Favre d’Anne © GP

On le suit depuis ses débuts à Angers. Pascal Favre-d’Anne, originaire de Manigod, savoyard bourlingueur , fut « jeune chef de l’année » au Pudlo 2008, gagna vite son étoile, fut le hobereau gourmand de sa ville d’adoption, face à la Maine, à la cathédrale et au château. Puis, avec son épouse Mathilde, qui est sa sommelière, sa gestionnaire et sa conscience, il prend une année sabbatique, en 2014. Ils voyagent en Asie, Chine, Thaïlande, Vietnam, Mongolie. Passent par l’Afrique du Sud, l’Inde et le Sri Lanka. Reviennent, en 2015, à Angers, au pays de Mathilde. S’installent dans un loft en centre-ville, retrouvent leur étoile et leurs clients. Ces passionnés qui savent se remettre en question viennent de décider d’arrêter l’aventure du restaurant gastronomique. Entre temps, Mathilde est devenue adjointe au maire d’Angers, chargée du rayonnement de la ville et du tourisme. Pascal, qui aura 47 ans en juillet prochain, s’implique, lui, dans un nouveau projet aux halles angevines. Tous deux seront toujours présents avec leur passion et leur entrain. Ils proposeront, durant six week-ends, boulevard Foch, du 17 juin au 24 juillet, trois dîners « signatures » par semaine, du jeudi au samedi soir, qui seront une manière d’adieu à leurs amis, clients, habitués, fidèles. Des adieux provisoires ?

 

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