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Les chuchotis du lundi : les murmures de l’îlot Grenelle, les bruits du Cheval Blanc, les rumeurs Michelin, Léard démarre, la vengeance de Maurey, Masia l’illustre inconnu, Rieubland en Champagne, le devenir du Négresco, Simon ridiculise les Relais & Châteaux

Article du 8 janvier 2018

Les murmures de l’îlot Grenelle

Ilot Grenelle (projet) © DR

On vous a parlé la semaine passée de l’îlot Grenelle, ce passage gourmand, imaginé, sur plus de 10000 m2, par le groupe Emerige mêlant appartements de luxe et commerces de prestige au rez de chaussée, sous la gouverne de Laurent Dumas, avec l’architecte Franklin Azzi et le paysagiste Michel Desvigne, à la hauteur du 14 boulevard Raspail, entre 53-57 rue de Grenelle et 83-85 rue du Bac. Yannick Alleno y tiendra, comme nous le signalions, la vedette avec un bistrot à son nom. Mais il ne sera pas seul. Alexandre Polmard, l’éleveur boucher de Saint-Mihiel en Meuse, qui possède déjà une boutique dans le 6e, rue Bourbon le Château, près de la place Furstemberg, va y installer une boutique avec son étage dégustation sur le modèle de ce qu’il a réalisé récemment à Nancy. Pierre Hermé sera là pour la pâtisserie. Et quelques autres signatures de renom, comme Thierry Marx pour le pain et Barthélémy pour les fromages.

Les bruits du Cheval Blanc

La Samaritaine © DR

Avec plus de 70 000m² sur 10 niveaux, la Samaritaine, filiale à 100% de LVMH, ouvrira fin 2018. Elle regroupera plusieurs activités au sein des bâtiments répartis sur deux îlots entre le quai du Louvre et la rue de Rivoli : un grand magasin, un palace estampillé Cheval Blanc avec 72 chambres et suites, un restaurant de prestige, un café lounge avec petite restauration, un Spa Givenchy, plus 96 logements sociaux, une crèche et des bureaux, avec le coup de pouce pour la rénovation de l’agence japonaise Sanaa, notamment pour la splendide verrière Art Nouveau d’origine et son escalier monumental. Le lieu, qui date de 1905, devrait retrouver son lustre originel. Le chef de la table gastronomique du Cheval Blanc, lui, n’a pas encore été choisi, même si, après « l’abandon de la solution Alléno« , (dixit l’un des responsables du groupe LVMH), Arnaud Donckèle, actuel chef trois étoiles de la Pinède à la Saint-Tropez à la Vague d’Or, qui ne fonctionne que de mi-mai à mi-octobre, tiendrait actuellement la corde. « Tout le monde est dans l’attente« , assure ce dernier, tandis que le directeur du groupe Cheval Blanc, Eric Boonstoppel, assure, concernant l’ouverture de l’hôtel, que « l’on devrait y voir plus clair après le 15 janvier« .

Les rumeurs Michelin

Deux nouveaux trois étoiles en province (pourquoi pas la Villa Lalique de Jean-Georges Klein en Alsace et Marc Veyrat à Manigod,  ce qui pourrait jouer la carte du retour des vieux bonzes – ou encore Christophe Coutanceau à la Rochelle et Jean Sulpice à Talloires pour un coup de jeunisme ?), plusieurs  nouveaux deux étoiles notamment côté Sud (Nicolas Magie au Saint-James à Bouliac, Julien Lefebvre à Cordeillan-Bages, Bruno Cirino qui pourrait retrouver son étoile perdue à la Turbie, Alexandre Mazzia à Marseille, Flaveurs à Nice, alors que le Négresco devrait perdre la sienne suite au départ de Jean-Denis Rieubland), deux encore pour David Toutain à Paris: voilà les bruits, non confirmés, bien évidemment, qui courent en ce moment dans le milieu concernant la future édition du Michelin 2018. Le palmarès sera annoncé le 5 février prochain, à la Scène Musicale de Boulogne-Billancourt. Mathieu Pacaud se répand, lui, dans Paris, en annonçant que ses deux étoiles d’Histoires, dont nous avions annoncé la fermeture il y a trois mois, seraient transférées directement chez Apicius dont il reprend la gestion ces temps-ci. Explication: Claire Dorland-Clauzel, la patronne du guide, déjeune deux fois par semaine au Divellec du même Mathieu Pacaud, qui  y avait obtenu l’obole d’une étoile six mois après son ouverture…

Léard démarre

Alexandre Léard © GP

Il était le chef de l’Espadon au Ritz, aux côtés de Nicolas Sale, dont il a fait l’ouverture, a travaillé longuement au Bristol avec Eric Frechon, mais aussi au Shangri-La avec Philippe Labbé, puis Christophe Moret. Il a repris discrètement la succession de Paolo Boscaro, étoilé dans une guinguette moderne de Puteaux, au pied de la Défense, appartenant à Hakim Gaouaoui, à qui on doit quelques belles tables banlieusardes (Saperlipopette, l’Escargot 1903,  tous deux à Puteaux, Macaille et Là Haut à Suresnes), dans un cadre contemporain rajeuni. Le service, sous la gouverne du jeune Gianandrea Parentela, ne manque pas de nerf et la cuisine, avec de beaux produits traités en finesse et légèreté, séduit d’emblée: huîtres pochés au jus de praires et sarrasin torréfié ou suprême de pintadeau truffé sont des pépites. On en reparle vite.

Printemps : la vengeance de Maurey

Café Jules (projet) © DR

« Le Printemps du Goût? Il sera tout au bout à gauche du Café Jules« , raille Olivier Maurey, qui s’apprête à lancer en mai prochain la brasserie gourmande où l’on pourra prendre son petit déjeuner, grignoter autour d’un mono produit, goûter, manger à toute heure du jour, au rez de chaussée du ¨Printemps de l’Homme », tandis que la mode du mode  du moment filera un peu plus loin. Ecarté du Printemps du Goût, sis au 7e et au 8e étage, dont il fut le concepteur de A à Z durant près de deux ans, au profit d’Akrame Benallal et de nombreuses signatures jeunes du moment (Gontran Cherrier pour le pain, Christophe Michalak pour la pâtisserie, Laurent Dubois pour les fromages), le patron de Luderic et Fêtes, à qui l’on doit, entre autres, le Mini-Palais avec Eric Frechon, le Café des Concerts, le nouveau Cristal Room Baccarat revu par Jacques Grange, Ralph’s, l’Ami Louis, Champeaux avec Alain Ducasse, tient là sa revanche. Ce fameux « mono produit » mystère sur lequel il garde encore le secret est peaufiné actuellement par Fabien Lefebvre, MOF 2004, ex étoilé à l’Octopus à Béziers, qui oeuvre au service d’Eric Frechon, pour ses différentes brasseries et annexes. On attend encore quelques semaines pour tout savoir, mais la vengeance, on le sait, est un plat qui se mange froid.

Masia l’illustre inconnu

Enrico Masia © GP

Enrico Masia? Il est l’Italien du moment à découvrir. Encore inconnu, ayant ouvert sa première maison, au 22 rue du Champs de Mars: Via del Campo, un jeu italien en forme d’hommage. Il était le chef de Claudio Puglia au Caffè Romantica des Invalides, a été formé sur la Costa Smeralda dans sa Sardaigne natale, a travaillé dans de belles maisons, en France, à Londres, en Suisse (au Rialto à Gstaad) et en Italie (comme la fameuse Perla à Corvara au Sud Tyrol). A ouvert, avec sa compagne Tania Scutelnic, qu’on vit en salle chez Massimo Mori à l’Armani Caffè, une trattoria chic, sobre, élégante, où il réalise de bons tours à la mode de chez lui avec des produits d’exception: mozzarella aux truffes, culurgiones fait à la main, puntarella aux anchois et burrata, fregula et palourdes. Il fait un tabac de quartier depuis son ouverture fin décembre. On vous en parle vite.

Rieubland quitte le Négresco pour la Champagne

Pierre Bord et Jean-Denis Rieubland devant le Negresco © Maurice Rougemont

C’est le départ, non encore annoncé d’une grande maison de la Côte d’Azur: celui de Jean-Denis Rieubland, deux étoiles et MOF, présent depuis dix ans au Négresco, qui quitte le mythique palace niçois pour rejoindre le Royal Champagne de Champillon-Bellevue à côté d’Epernay. Cette dernière maison, vendue par les Polito du groupe Baglioni à un couple d’Américains qui possède déjà le Saint-Barth à Saint-Barthélémy – où officie Guy Martin –  a été fermé pour travaux et doit garder son superbe panorama sur les vignes champenoises, la vallée de la Marne et le proche village d’Hautvillers. Le directeur en est Nicolas Béliard qui ouvrit le Péninsula Paris. Rieubland aura pour mission de gagner ici les étoiles qui devraient permettre au Royal Champagne, qui fut l’un des premiers Relais & Châteaux historiques, de retrouver son rang. Il se situe entre les Crayères de Reims, la maison d’Arnaud Lallement à Tinqueux et la Briqueterie à  Vinay, sur la côte des Blancs. Pour Jean-Denis Rieubland, qui travailla à l’Eden Roc d’Antibes, au Byblos de Saint-Tropez, au Carlton à Cannes, avant la Tour d’Argent à Paris, la Villa Florentine à Lyon,  chez Lapérouse à Paris, au Mas Candille à Mougins, puis à Terre Blanche à Tourrettes avec Philippe Jourdin, la mission semble aisée. Pierre Bord, le directeur du Négresco, lui, cherche actuellement un successeur. La maison, qui, avec Jacques Maximin, Dominique Le Stanc, Alain Llorca, Michel Del Burgo ou Bruno Turbot, a toujours possédé une belle image gourmande, s’oriente vers une nouvelle signature, performante, qui serait à même rajeunir le look de cette historique maison.

François Simon ridiculise les Relais & Châteaux

« Même lorsque Thomas Keller n’est pas là, sa cuisine est bonne. C’est un grand classique de ces institutions portées par leur propre énergie que de rouler, comme une bicyclette, lorsque le champion ne pédale pas« . Relevé à la page 21 du nouveau guide des Relais & Châteaux, ce texte sibyllin que l’on croirait traduit d’une langue étrangère est signé de notre confrère François Simon, qui, il est vrai, nous avait habitué à ce genre d’exercice abscons où l’on ne sait plus trop ce qu’il faut retenir. Il est le premier des trois reportages (« trois délicieux voyages culturels et culinaires« , nous dit le président de la chaîne Philippe Gombert) qui ouvrent cette année le dit guide. La nouvelle couverture est jaune clair (l’an passé, elle était orange). Les autres reportages (signés « d’auteurs et photographes de talent« ) concernent l’Espagne et le Kerala. Celui de notre ami François, ex le Figaro, où un article de lui jadis fut soupçonné de provoquer le suicide de Bernard Loiseau, et présentement au M Magazine, constitue le sommet du style « précieuses ridicules« . Dommage pour l’ex-plus belle chaîne du monde qui cherche toujours sa voie dans une communication en zigzag.

Les chuchotis du lundi : les murmures de l’îlot Grenelle, les bruits du Cheval Blanc, les rumeurs Michelin, Léard démarre, la vengeance de Maurey, Masia l’illustre inconnu, Rieubland en Champagne, le devenir du Négresco, Simon ridiculise les Relais & Châteaux” : 7 avis

  • Nickou

    Pour les 3 étoiles, comment oublier Olivier Belin à Plomodiern, plein d’inventivité et de talent. La Bretagne après avoir perdu son premier Olivier (de Bricourt) mérite une nouvelle plantation. Mais il est loin de Rive gauche, Rive droite…

  • vincent

    Poirot tu dois pas savoir lire le bon français de Mr Simon, trop compliqué pour vous.

  • Olivier

    Amusante cette appréciation du style de François Simon. Si germanopratin, si bobo… Je ne sais pas s’il est de type « précieuses ridicules », mais il est incontestablement dandy ! C’est souvent sympathique, parfois pénible et c’est reconnaissable immédiatement. Bref, j’aime bien à petites doses !

  • Pascal N

    Rabanel ok pour monsieur Loubet monsieur snob il ferais bien de faire attention de ne pas regardé les clients de haut après avoir fait des repas chez Bocuse, Pras, Chabran, L’Allemand, Haeberlin et j’en passe un midi de septembre nous étions dans la région avec notre petite fille de 5 mois je me suis dit on est dans le coin pourquoi ne pas y allé déjeuné, nous nous sommes fait jeter comme des malpropres pour avoir 3 étoiles il faut un peu plus de classe que cela un client est un client même si j’arrive en Nissan et pas en porche. ( les jeunes clients sont les clients de demain).

  • HP

    Et pourquoi pas Rabanel ou Edouard Loubet pour les trois etoiles ?

  • DURAND

    On sent la grosse affection pour le sieur Pacaud.

  • Gérard Poirot

    Le style ‘précieuses ridicules’ de FS : bien vu ! Comment qualifier celui qui aligne 5 qui/que en 9 lignes ?

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