Brasserie le Nord-Sud
« Au Nord Sud (Paris 18e) »
C’est une brasserie comme dans un film de Sautet. On s’attend à voir arriver Montand comme dans « Garçon! », Reggiani et Piccoli comme dans « Vincent, François, Paul et les Autres »… Il y a du bruit, de la buée (il n’y a plus de fumée qu’au dehors aujourd’hui). le lieu a le look années 1970/1980, marquant son époque. Le zinc a fière mine, jouant le cuivre. On y vient tôt le matin pour le premier café d’avant 7h et on repart tard le soir pour le dernier p’tit verre de cognac. Bien sûr, il y a aussi salade, oeuf mayo, entrecôte. L’essentiel n’est pas là . Un peu de l’âme de Paris se cache sous cette façade d’angle face à la mairie du 18e.












J’étais – je dis bien j’étais – un habitué du Nord-Sud depuis près de 14 ans, c’est-à -dire depuis que j’habitais ce quartier. J’aimais y prendre mon café du matin, y dîner de temps à autre, et le dimanche matin, y prendre mon crème-croissant sur une table avec vue sur la place Jules-Joffrin en y lisant un livre, un magazine ou un journal.
Jusqu’à ce jour où j’ai découvert le « coup de massue » que la nouvelle direction a appliqué sur les tarifs. J’en ai avalé mon croissant de travers lorsque j’ai retourné la douloureuse : en une semaine, le prix de mon crème-croissant a bondi de 5€30 à 6€50, soit plus de 22% d’augmentation, oui, vous lisez bien, VINGT DEUX pour cent en une semaine !!!
La taille du café crème a-t-elle augmenté de 22% ? Évidemment non !
La taille du croissant a-t-elle augmenté de 22% ? Évidemment non !
Alors qu’entre l’introduction de l’euro et la fin de l’année dernière (soit une période de dix ans), le prix de ce même crème croissant est passé de 4€30 à 5€30, c’est-à -dire grosso modo au même rythme que les prix en général.
J’ai y dîné récemment, la carte a été chamboulée donc la comparaison est plus difficile, mais j’ai quand même eu l’impression que l’addition était plus « salée ».
Le personnel a visiblement changé au profit de serveurs plus jeunes, et l’on peut sans trop prendre de risques penser que la masse salariale a été, en revanche, réduite !
Faut quand même pas pousser : même si le quartier de la mairie du 18ème est sympa, ce n’est ni les Champs-Élysées ni même Montmartre ! Ce n’est pas un lieu de passage des touristes, et ce genre de brasserie marche surtout avec une clientèle d’habitués. Pas avec des touristes que l’on peut plumer sans vergogne, vu qu’ils ne repasseront pas.
C’est bien dommage ! Cette brasserie est une institution dans le quartier, son nom traduit d’ailleurs son ancienneté. Avant 1930, il existait deux compagnies de métro, la CMP et le « Nord-Sud ». Or la ligne 12 (dont la station Jules-Joffrin est juste en face de la brasserie) était une des deux lignes de la compagnie « Nord-Sud ».
Avec de telles pratiques, on peut donc redouter que ses jours soient désormais comptés et qu’elle laissera sa place à une sinistre succursale bancaire ou à une chaîne insipide quelconque.
Visiblement, il n’y a pas que les compagnies pétrolières qui prennent le consommateur pour une vache à lait…