La vie « extraordinaire » de Benoît Duteurtre

Article du 4 mai 2021

Cette vie « extraordinaire » est à prendre avec un sens évident de l’auto-ironie, de la distance, de l’humour, tout autant que celui de  l’émerveillement non feint d’un écrivain, qui, à l’approche de la soixantaine, s’étant essayé à tous les genres, se livre avec talent à un excellent exercice d’autobiographie romancée, jouant avec le souvenir d’enfance, flirtant avec l’anticipation, sans négliger la réflexion lucide. Un livre « total » ? Il y a de ça… On y ajoute de fort belles pages sur la forêt des Vosges, côté Lorraine, vers Xonrupt-Longemer, Retournemer, Gérardmer, Belbriette, le col de la Schlucht et du Hanz ou encore le Valtin, entre sombres halliers, sapins rêveurs, lacs ondulants et accueillants, charme mystérieux de l’eau et des torrents, où l’on imagine qu’un loup mythique puisse protéger le voyageur aventureux de méchantes hordes humaines. Voilà qui forme sans doute la meilleure partie de ce livre touffu, dense, varié, disert. Benoît Duteurtre, qui a plusieurs cordes à son arc, est à la fois musicien, musicologue, romancier, essayiste, polémiste, multipliant les passions, jouant avec le goût du voyage, parlant aussi bien des Vosges que de New York, qu’il découvre avec son ami mélomane Jean-François Zygel, disserte, sans esprit de corps ni de chapelle, de l’homosexualité, se coule avec aise dans le moule bourgeois d’une famille illustre au Havre. Petit-fils de René Coty, le dernier président de la 4e République, admirateur du Général de Gaulle, adorateur de son oncle Albert et de sa tante Rosemonde dite « Tatie des Vosges », qui furent de grands résistants, actifs autant que discrets, ami de Michel Houlellebecq et de Marcel Schneider, qui présida le prix Médicis, héritier du romantisme allemand et auteur de « la Lumière du Nord », qu’il décrit avec une verve narquoise, Benoît Duteurtre parvient à nous émouvoir, mélangeant les genres avec une ferveur de conteur complice. Cette vie « extraordinaire » l’est sans doute un peu et même beaucoup, au sens littéral du terme. Rien d’ordinaire dans ces aveux intimes qui ne se réclament d’aucune bannière et se révèlent à contre-courant de l’époque. Que voilà un bien beau livre!

Ma vie extraordinaire, de Benoît Dutertre (Gallimard, 324 pages, 20 €).

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Publié le 4 mai 2021 par
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