Le bijou d’Eshkol Nevo

Article du 2 octobre 2018

Comment attirer l’attention des lecteurs sur un livre qu’on a adoré ? En disant la vérité: cela sort demain en librairie, cela fait plus de trois cent pages – que l’on dévore -, cela ne compte que 22 € – le prix, sur table d’une bouteille de muscadet, cela raconte de drolatique façon la vie de trois étages, ou plutôt de trois groupes de personnages – 2+2+1 – dans un immeuble non de Tel-Aviv, comme le précise l’éditeur en 4e de couverture, mais dans sa banlieue, car la proximité de la grand ville où tout se passe, se brouille, se déroule, s’invente, s’agite, se révolte, est une donnée fondamentale du livre. Chacun des protagonistes, à un moment ou un autre, voudra y aller en voiture, bus, taxi. Et la ville est à vingt minutes. Tout l’Israël d’aujourd’hui là se raconte avec une verve constante, un sens du drame mâtiné d’humour, avec des monologues verveux, des dialogues percutants, des scénettes homériques, des situations cornéliennes ou raciniennes.

Au premier étage, on croise Arnon, ex soldat en devenir, son épouse avocate Ayelet et leur fille Ofri, leurs voisins retraités Ruth et Herman,  qui les relayent pour leur garde d’enfant, la petite française provocatrice et allumeuse, Carine. Au second, voilà Hani, que l’on surnomme « la veuve » à l’école où sont ses enfants, car son mari, Assaf, sans cesse en voyage d’affaires à l’étranger, est constamment absent, mais aussi son beau-frère Eviatar, escroc forcément séducteur, pourchassé par ses créanciers et la police. Au troisième et dernier étage, se trouve Deborah, ex juge d’instruction, veuve, dont le fils a disparu et qui veut absolument rejoindre la manifestation des insoumis, qui lutte contre la vie chère, à Tel Aviv.

On se prend vite au jeu de ces personnages colorés, bigarrés, formidablement vivants, de ce roman foisonnant, qui se racontent tout à tour, se livrent avec franchise et désespoir, livrant une image bigarrée et tremblante de leur petite nation en proie au doute. D’Eshkol Nevo, on avait lu et aimé Jour de Miel. Ces « Trois Etages » sont une sorte de cadeau de rentrée, une myriade de portraits en creux, un leçon de style, un formidable cours de narration à plusieurs voix. On ne lâche pas le livre après les premières pages. Et si tôt la dernière achevée, on en redemande. Un bijou ou un chef d’oeuvre !

Trois Etages d’Eshkol Nevo, (excellente) traduction de l’hébreu de Jean-Luc Allouche (Gallimard, 313 pages, 22 €).

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Publié le 2 octobre 2018 par

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