Le devoir d’espagnol de Pierre Assouline

Article du 13 mars 2018

Et si c’était son meilleur livre ? Et si c’était son chef d’oeuvre? Voilà le biographe d’Hergé, de Cartier-Bresson, de Durand-Ruel, du dernier des Camondo, de Dassault, de Gallimard, de Kahnweiler, de Jean Jardin, de Simenon et d’Albert Londres, le romancier énigmatique du Lutétia, de Sigmaringen, de Golem et de la Cliente revenant à lui-même, à ses sources, à ses racines, se mettant en scène, dans un faux roman aux airs d’enquête fouillée et de récit historique mêlé.

Alliant humour et érudition, Pierre Assouline nous raconte comment il va réclamer la nationalité espagnole après que le roi Felipe VI d’Espagne ait demandé au Juifs séférades de revenir chez eux (« vous nous avez manqué« ). De Séville à Tolède, de Madrid à Barcelone, Assouline mène l’enquête, joue les Maigret façon ladino, s’interroge sur le devenir des siens, lui le juif de Casablanca devenu académicien Goncourt, qu’on a connu à Lire, jadis, qu’on suit désormais à la République des Livres.

Il arpente les salons, participe aux dîners mondains, remplit des questionnaires, fait la queue à l’ambassade d’Espagne, se prépare à passer le plus absurde des examens. Six siècles après qu’Isabelle la Catholique ait chassé les Juifs de son royaume, qu’elle et l’inquisition aident donné aux citoyens israélites de son pays le choix entre la conversion, le départ ou la mort, il s’interroge sur les Marannes, les « conversos », les vrais et faux citoyens fidèles à leur foi comme à l’Ibérie de leurs amours. C’est à la fois riche, touffu, et la bibliographie citée, in fine, en référence, dit assez combien que cette quête fut longue -, drôle – mille histoires ashkénazes et séfarades parsèment le récit, dont la question rituelle:: « comment ça va mal? » -, et insolite – avec cet aveu incessant pour l’auteur de la haine du cochon donc du jambon – , passionnant, finalement révélateur et émouvant. Il y a aussi pas mal de confession troublante et vraie dans ce splendide récit qui est comme un tribut – juif – payé à la cause espagnole. Un grand livre!

Retour à Sefarad de Pierre Assouline (Gallimard, 441 pages, 22 €).

A propos de cet article

Publié le 13 mars 2018 par

Et vous, qu'en avez-vous pensé ? Donnez-nous votre avis !