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La vérité sur le Dauphin (Paris 11e)

Article du 21 janvier 2011

Fred Péneau et Inaki Aizpitarte © GP

Voilà le type de lieu qui bluffe son monde, d’abord par le buzz, le bruit, l’esbroufe, choisissez le mot qui vous convient, distillé autour de lui. Je ne suis pas sûr que les propriétaires, Fred Péneau, l’homme de salle, et Inaki Aïzpitarte, le chef,  y soient pour quelque chose. Mais comme ils sont jeunes, beaux, sympas, drôles, talentueux, on est prêt à tout leur pardonner. Et tout le monde, qui craint de n’être pas tendance, s’y est mis à en rajouter dans l’éloge irraisonné.

Une gentille serveuse © GP

Bien sûr, le Fooding, qui n’est plus à ça près, s’est fichu de nous en leur décernant leur trophée (on dit « Fooding » et non trophée, je sais) du « plus beau décor » alors que lieu était loin d’être ouvert. Résultat: on est forcément déçu par la vilaine façade sur l’avenue, les portes vitrées latérales, l’entrée labyrinthique bizarroïde, qui donnent le sentiment de pénétrer par effraction dans le couloir dans lieu hagard. Même si le bar en U, vite bondé, rassure.

Velouté de champignons de Paris © GP

Mais il y a ce marbre blanc obsédant, du sol au plafond, additionné de miroirs, qui évoque les toilettes d’un grand hôtel beyrouthin, style St Georges années 1960. Ou ces table en bois assez quelconques, pour ne pas dire moins, ces sièges de récup’, dont a vu cent fois le modèle en plus drôle ailleurs (exemple: à l’hôtel Amour). Et le côté étriqué de la salle unique, avec ce couloir tout en reflets/miroirs qui semble aboutir à une autre pièce, alors qu’il n’y a là, juste au bout, qu’une mini cuisine et des toilettes, ne charme que modérément. On parlerait même là du ratage de l’année. Ou de la montagne (architecturale) qui accouche d’une souris, s’il n’était signé d’une pointure du genre (Rem Koolhaas), et que l’on avait peur de passer pour ringard en disant simplement qu’on n’aime pas. Concédons alors qu’il s’agit là d’un « non décor » et que le lieu possède sa singularité…

Tapioca d'huître © GP

Bref, on est là, bien présent, parmi la foule du midi, tout heureux d’avoir trouvé place, alors que les gourmands de partout en causent. Et on n’aura pas mauvaise grâce de se plaindre de l’absence de vestiaire, du service plus gentil que pro, de l’inexistence de la carte des tapas, annoncée cependant partout (les tapas, c’est le soir ici, pas le midi, qu’on se rassure). Reste que, côté rapport qualité/prix, la maison assure. Inaki, basque surdoué, formé jadis au Rosetta à Tel Aviv et que l’on découvrit jadis à la Famille rue des Trois Frères dans le 18e, donne toute sa mesure à travers un bien joli menu à 27 €.

Lieu jaune, navets, oranges sanguines © GP

Pour prix, ce midi, on offrait, c’est le mot, velouté de champignons de Paris avec oeuf poché et topinambours ou tapioca d’huître à la faisselle et granny smith, lieu jaune aux navets et oranges sanguines ou cannette avec purée de potimarron, enfin fromage du jour (on ne l’a pas eu, mais on nous l’a compté) ou encore (délicieuse et fort digeste) glace au lait ribot avec ses bouts de betteraves et de framboises séchées. Bref, voilà de la cuisine vive, drôle, amusante, intuitive, mi-moderne, mi-ménagère, qui craque et croque, se révélant simplement savoureuse, légère, sapide, bien faite, sans bavure d’aucune sorte.

Cannette, purée de potimarron © GP

On ajoute y les vins au verre malicieux comme l’anjou blanc de Mosse (à 6 €), le rouge ligérien séveux du domaine de la Mule (à 5 €), sachant tout de même – et c’est le seul bémol -, qu’il n’y pas de flacon à moins de 30 € (et que le brouilly de Descombes est là, par exemple, à 40 €). Mais on ne va pas râler sur le liquide, alors que la Chateldon en vraie demie de 50 cl est fraîche et que le café servi serré de l’Arbre à Café est délicieux…

Glace au lait ribot, betteraves et framboises © GP

Le Dauphin
131, avenue Parmentier
Paris 11e
M°: Goncourt. Fermé sam. midi, dim., lundi
Tél. 01 55 28 78 88
Menus: 27 (déj.) €. Dîn. tapas de 5 (mozzarella fumée) à 14 (terrine de colvert) €



12 commentaire(s) pour “La vérité sur le Dauphin (Paris 11e)”

  1. Loic dit :

    habitant a 100 metres et etant un habitué des petits rads et restos du 11 eme.. je passe devant presque tous les soirs.. au grand jamais je n’ai eu ‘envie d’aller y boire un verre.. trop de lumieres, trop de vitres, trop de blanc.. blindé de mondes les uns sur les autres.. j’ai deja froid avant d’y entrer.. quand je passe , je m’attarde souvent pour regarder les gens de plus pres.. et cela me donne encore moins envie d’y aller.. mais sachant que je suis souvent etonné par les endroits que je pensais detester, je vais me forcer à y passer.. nous verrons bien. ciao la compagnie.

  2. ALLONSIUS dit :

    Diner hier soir, excellent !
    Malheureusement il faisait 16 degrés dans la salle, un dîner sans pouvoir quitter sa doudoune n’est pas particulièrement un grand moment de gastronomie.
    Des tabourets inconfortables !
    C’est bien de faire le buzz et de faire de la bonne cuisine mais un peu de respect pour les clients c’est aussi ça la restauration !
    Y retourner éventuellement en période de canicule !
    Décor bocal en marbre, pas vraiment chaleureux, bref la qualité de l’assiette ne justifie pas le reste.
    Je ne le recommanderait pas !
    Passez votre chemin.
    Aucune excuses de la part de la direction pour les températures supportées !
    On se fout du client, on a trop de succès

  3. janrej dit :

    cuisine excellente, simple et surprenante, archi intérieure de talent, toute en finesse et en détails, un dauphin comme une expérience. Des partis pris qui fonctionnent.
    J’y retourne bientot.

  4. Soughayar dit :

    J’ai adore, c’est tres Bon, un peu Cher et deco tres cool….j’y retourne mardi

  5. labarre dit :

    Un décor franchement pas convivial, trop au « carré » et « asceptisé », où chaque conversation peut être reprise par tous les convives, tant la moindre parole fait écho. Allez-y pour discuter… avec vos voisins de table si la personne avec qui vous partagez votre repas manque de conversation. Côté gustatif, rien à redire : saveurs étonnantes voire détonnantes, pleines d’imagination, de surprises. J’ai été bluffée, c’est simple et à la fois complexe. Une recherche qui ne peut vous laisser indifférent. Il fallait oser, et ils l’ont fait… Une cuisine qui sort des habituels sentiers culinaires. Bravo! Et n’oubliez pas que l’on va au resto d’abord pour changer du quotidien… Alors n’hésitez pas !

  6. Claire dit :

    Restaurant surprenant et qui sort vraiment de l’ordinaire. On y va pour quelque chose de différent tant au niveau de la décoration que, surtout, de la cuisine. J’y vais régulièrement et suis toujours surprise grâce à une carte qui change très régulièrement.
    Alors oui la carte n’est pas traditionnelle entrée – plat – dessert, c’est un peu fouillis, mais c’est aussi pour cela qu’on y va.
    Et puis le Dauphin c’est comme une femme, ou un basque plutôt, il faut savoir l’apprivoiser et y retourner.
    Donc oui, oui et encore oui si vous êtes prêt à quelque chose de différent et aimer être surpris.
    @ Aurel : j’y étais hier soir et en effet c’était particulièrement bruyant. Ne tenez pas rigueur au restaurant de l’attitude de certains de ses clients. Allez-y plutôt le mardi ou le mercredi soir c’est plus calme.
    @ M. Pudlowski : la gentille serveuse s’appelle Camille.

  7. Aurel dit :

    Quelle blague, ou plutôt, quelle imposture !!

    Pas du tout à la hauteur du buzzz créé autour de ce resto: accueil pas sympa, personnel se contre-disant sur les informations nécessaires à la compréhension de la carte; très mauvais conseils sur le vin; endroit froid et ultra-bruyant (surtout quand Sébastien Demorand est votre voisin de salle et qu’il se croit obligé de s’extasier très fort sur le génie du Chef qui a eu l’idée sublime de râper du fromage de chèvre sur une salade croquante à souhait…….quel acteur !!!).

    Lorsque la note arrive, c’est le coup de fusil et vous avez encore faim en sortant.

    Le talent des 2 propriétaires est un excellent plan de com mais quelle blague !!

    N’y allez pas, fuyez !

  8. allal dit :

    je n’y ai pas diné, j’ai reperé le lieu (suite à un article elogieux du figaroscope, le lieu m’a peu inspiré par sa froideur architecturale, et je ne peux concevoir un restaurant ou le premier prix pour une bouteille de vin est de .. 30 euros caremment choquant . dommage car la cuisine a l’air inventive, suis retourné à caves st gilles ou les tapas sont meilleurs qu’en espagne et l’addition au prix de la bouteille de vin de  » base  » du dauphin

  9. papillon dit :

    Fiasco! mais comme vous ditez ils sont jeunes beaux et sympas
    tant que il y a des bobos cava
    mais que se passe t il a la disparition de bobos ce genre de restos?
    thats the question

  10. Yawye dit :

    Mais je suis gentil !! :)
    Et ma comparaison avec un « bocal » n’est pas très flatteuse…
    Y

  11. Merci de votre commentaire. Même si, en vous lisant, je vous trouve plutôt gentil pour ce non-décor réfrigérant…

  12. Yawye dit :

    Entièrement d’accord avec votre commentaire: le détail de notre repas sur : http://www.yawye.fr/oui-chef/restaurant-le-dauphin-paris/



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