Le Clou

« Strasbourg : le Clou nouveau est arrivé »

Article du 22 novembre 2011

La salle à manger © Maurice Rougemont

C’était la maison de M. Nagel (le « clou » en allemand), au 3 de la rue du Chaudron, dans le quartier de la cathédrale. Qui a a vendu à un M. Naegel, pâtissier, établi juste en face. Qui lui-même – ou plutôt sa descendance – a revendu la demeure à la belle Christine Jenny, qui fut la Jayne Mansfield de la winstub dans les années 1970/1980.

Décoration murale © Maurice Rougemont

La maison n’ouvrait que le soir, accueillait les artistes, les stars en goguette à l’Opéra du Rhin, à la salle du Wacken et ailleurs. Johnny Hallyday, Eddie Mitchell, Michel Sardou, Jean-Jacques Goldmann, Sophie Marceau, Patrick Bruel, Jamel Debbouze, France Gall et tant d’autres sont venus ici après leur spectacle, refaire le monde autour d’un consommé aux quenelles de moelle, d’un hareng à la crème, d’un baeckoffe ou d’une choucroute.

Marqueterie de Spindler © Maurice Rougemont

Il y eut aussi les Sengel, Roger et Marie, qui ont gardé dix neuf ans les rênes de la maison. Puis, enfin, Jean-Noël Dron, jeune manager d’origine lorraine, natif de Nancy, qui prend le pli de Jean-Paul Bucher, reprenant des endroits de caractères, leur redonnant du sens et un coup de jeune – il possède notamment le Flo-Metz et le Flo-Strasbourg, le Petit Maxim’s place de l’Homme de Fer, la Chaîne d’Or, l’Ancienne Alsace à Table et, bien sûr, la Kammerzell.

Pots en grès de Betschdorf © Maurice Rougemont

Le Clou, c’est sa perle, son bijou : une demeure qui na guère » changé depuis trente ans avec ses boiseries patinées, ses nappes de Ribeauvillé, ses marqueteries de Spindler, ses gravures d’Hansi, sa belle toile paysanne de Louis-Philippe Kamm. En salle, Donato et Corinne assurent la continuité du lieu. Et en cuisine, un jeune ancien de chez Flo s’affaire à faire plaisir à tous avec des classiques de toujours qui se goûtent sans chichi, ni prise de tête.

Mosaïque de plats © Maurice Rougemont

Soupe à l’oignon, presskopf vinaigrette, pâté en croûte et crudités, salade de museau ou escargots. On pardonne la tarte à l’oignon fondante mai qui pourrait être plus cuite et dont la pâte  plus croustillante (comme d’ailleurs la tarte aux pommes en issue). En revanche, on louange le tendre bœuf de pot au feu, la choucroute avec son chou acide et digeste, sa belle charcuterie, la fraîche tête de veau et la franche saucisse paysanne servie avec ses pommes sautées.

La soupe de pruneaux au pinot noir avec sa glace au pain d’épice, la tarte au fromage blanc maison ou encore la tarte au chocolat avec son sorbet aux poires sont des gourmandises dignes de grand mère d’Alsace. Les vins d’ici, sylvaner de chez Lorentz à Bergheim, edelzwicker de chez Mosbach à Marlenheim, auxerrois de chez Romain Fritsch de la même commune, pinot blanc de chez Materne Haegelin, muscat de chez Sperry à Blienschwiller,  pinot gris de la cave de Cleebourg ou gewurztraminer de chez Ruhlmann à Dambach-la-Ville, chantent l’Alsace en pichet, au verre et en flacon sous toutes les formes.

Toile de Louis-Philippe Kamm © Maurice Rougemont

La maison ne ferme que le dimanche, accueille tous les soirs jusqu’à minuit, poursuivant la tradition de l’après-spectacle, bref continue de faire du « savoir recevoir » sa raison d’être, indiquant qu’à Strasbourg, le mot winstub possède encore son sens, large, plein et entier. L’accueil ici, on l’a compris, n’est pas un vain mot.

Le Clou

3, rue du Chaudron
67000 Strasbourg
Fermé dim
Tél. 03 88 32 11 67
Carte: 30-40 €
Site: www.le-clou.com

A propos de cet article

Publié le 22 novembre 2011 par Gilles Pudlowski
Catégorie : Restaurants
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1 commentaire(s) pour “Strasbourg : le Clou nouveau est arrivé”

  1. SCHOTT dit :

    Si la belle Christine Jenny a régné sur le Clou dans les années 1970/80, ce n’est pas elle qui l’a acheté mais son bien futur mari. En effet, dans les années 1960, c’est Théo Jenny de Kintzheim et boucher de métier qui a acheté l’établissement. C’est avec le cousin de ma mère, Charles, qu’ils l’ont complètement retapé. Je me rappelle encore quand après un dur week end de travaux, ils se sont arrêtés prendre un verre à Duttlenheim chez mes parents, je devais avoir une dizaine d’année. Bien des années plus tard, je me suis présenté à lui avant de sortir du restaurant, naturellement, il ne m’avait plus reconnu mais m’a fait, de suite, reprendre place à une table avec mes deux collègues parisiens. Ce n’est qu’au petit matin que nous avons quitté son établissement après avoir évoqué nos souvenirs. Théo était comme Yvonne ou les patrons du Saint Sépulcre, ses voisins, de vrais patrons de Winstub !



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