Jacky de Geneviève Damas

Article du 6 mai 2021

 

Une amitié impossible : celle d’un jeune juif d’Uccle, quartier chic de Bruxelles ,(Jacky) avec un jeune musulman radicalisé (Ibrahim) de Schaerbeek, sous surveillance, fiché S, originaire de Tanger, qui se rencontrent grâce à leurs lycées, se heurtent, se défient, se lient, grâce à leur mutuelle attitude rebelle, leur amour de la course ou du vélo, du street-art aussi. Ils vont devenir les meilleurs amis du monde, malgré leurs milieux, leurs parents, leurs religions, leurs proches, leurs angoisses. Vont croiser leur destin, vivre ensemble de drôles de randonnées entre une ville abandonnée, un gazon de banlieue, des murs à « graffer ». Dans ce bref roman, riche, dense, passionnant, bouleversant, à l’écriture vive, dense, cursive, qui évoque le récent Apeirogon de Colum MCCann, mais en version européenne, c’est Ibrahim qui parle. Il doit s’imposer à ceux qui le jugent, choisir un sujet de fin d’études secondaires, un thème à quoi se raccrocher, une thèse, un modèle. Son sujet? Ce sera Jacky, tout bonnement. Et c’est son rapport que l’on lit sans pouvoir reprendre haleine. Geneviève Damas a réussi à emprunter le langage d’un gamin vite grandi de 18 ans, qui a déjà fait son jihad, s’est nourri de vidéos meurtrières sur youtube, est désormais interdit d’internet, se réfugie dans l’écriture, n’hésite pas à se couper des siens. Ibrahim sera « Muslim Monster », Jacky « Jewish Rebel ». Ensemble, ils formeront un improbable duo artiste. Ce livre sans happy end, comme Apeirogon, déjà cité, qui s’achève sur l’inconnu, l’interrogation ou sur l’espoir, se croque avec une flambante avidité. Une cinglante réussite.

Jacky, de Geneviève Damas (Gallimard, 160 pages, 14,50 €).

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Publié le 6 mai 2021 par
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