Franck Maubert à la poursuite des côtes perdues

Article du 26 mars 2020

Franck Maubert? Le lecteur de ce blog connaît par coeur ce critique d’art, essayiste au long cours, mémorialiste de lui-même qui a le don de nous entrainer avec chaleur dans toutes ses aventures. On l’avait laissé avec Bacon. Le voici avec Pierre Le Tan (prénommé simplement Pierre dans son livre, mais dont un bien joli dessin illustre la couverture). Il dialogue, difficilement, avec son vieil ami qui se meurt, et entreprend un voyage en zigzag le long des côtes de l’Ouest français, de Bray-Dunes, à la frontière belge, à l’île des Faisans, sur la Bidassoa, en lisière de l’Espagne. Le voyage, évidemment, car Franck ne fait rien comme tout le monde, s’accomplit durant l' »arrière-saison« . La solitude étant propice à la réflexion, les paysages variés étant rendus à eux-mêmes. Le Nord, jusqu’à Saint-Valéry-sur-Somme, mais surtout le Crotoy, après Wissant, Wimereux, Boulogne-sur-Mer et la Côte d’Opale en janvier, la Normandie, des Roches Noires trouvillaises à Honfleur, en février, la Gironde et les Landes – sans doute le meilleur chapitre après ses accents chardonniens et un bien joli passage à Royan, plus quelques escales sereines et fécondes dans le Médoc – le même mois. Puis, l’île d’Yeu et Noirmoutier en mars, la côte Basque avec de bien jolies digressions sur Biarritz, Bayonne, Saint Jean de Luz et Urt (avec le souvenir de Christian Parra grattant sa guitare) en avril. Et puis la Bretagne côté Sud (un amusant détour vers Riec-sur-Belon, où le restaurant curnonskien et mythique de Mélanie a été transformé en médiathèque) en mai et côté Nord (Saint-Malo, Saint-Briac, Dinard) en  juin, avant l’apothéose des grandes eaux en solitaire du côté de Cotentin, la Hague, Saint-Germain-des-Vaux, Port-Racine, « le plus petit port de France« , Cherbourg et Saint-Vaast-la-Hougue. Promenade iodée, fugue solitaire, rêveries d’un promeneur rendu à lui-même, émaillées de bien jolies rencontrées, dans un comptoir à la Simenon, avec un ami venu à la rescousse, avec une descendante de Paul Claudel et un maire dans le vent breton nouvelle vague. Franck Maubert conduit sa Peugeot avec précision, écoute les conversations des tables voisines dans les tables où il dîne seul, essaime les notations furtives, laissant percer l’expert en art. Des vagues, un caillou, une danse sur une colline face à l’océan évoquent une toile de Tal Coat, une sculpture de Hans-Jean Arp, une réminiscence de Winslow Homer. Le but de la quête – prêter l’attention au bruit de la mer, qui ne révèle rien d’autre que l’infini, que l’inutile, que l’ailleurs. Sisyphe roulant son rocher, d’une côte l’autre, s’éloignant et se rapprochant de son ami Pierre, aujourd’hui disparu, Franck Maubert nous offre un bien joli parcours à suivre, reprendre, emprunter à son tour. Voilà un livre précieux, à lire avec lenteur, à méditer avec sûreté, surtout en période de confinement.

Le Bruit de la mer, de Franck Maubert (Flammarion, 20 €, 246 pages).

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Publié le 26 mars 2020 par
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