Le vaste monde d’Olivier Rolin

Article du 8 octobre 2019

Son monde, c’est le nôtre en miettes. Ce sont ses souvenirs, ses voyages, ses aventures, ses reportages, les femmes qu’il aurait pu aimer, comme le Baudelaire d‘A une  passante, qu’il cite avec abondance et délectation, les ports, les villes, les cités sinon imaginaires du moins imaginées, revisitées, revues, à travers le prisme de ses expériences, de ses itinéraires, de ses errances au fil de ses carnets relus, ceux d’un voyageur toujours insatisfait. Achgabat (capitale du turkmenistan), Tachkent, Moscou, Lima ou Port-Soudan (qui lui inspira son roman couronné par le Fémina), Sarajevo, Constantine, Kaliningrad (l’ex Königsberg, celle de Kant, où il relit le méconnu Keyserling), Copenhague, Shanghai ou Lisbonne : les villes qui résonnent comme un vers de Larbaud (« j’ai des souvenirs de villes comme on a des souvenirs d’amour« , écrivait l’auteur de Fermina Marquez et de Barnabooth) figurent des balises au fil des pages, des paragraphes – lâches ou étirés.  Olivier Rolin évoque les poèmes de Blaise Cendrars, la Prose du Transsibérien, certes, mais aussi le Panama ou les aventures de mes sept oncles. Rolin, qui a de bonnes lectures et lit beaucoup – ce qui n’est pas forcément la même chose – pastiche volontiers « Zone » d’Apollinaire, dont le « Soleil cou coupé » devient « Soleil plomb fondu« , évoque Prague et le Hradchin, comme la bibliothèque de Borges, ou celle de Céline en enquêtant sur ses traces de réfugié danois, loue Svevo, sans négliger de se placer dans la lignée de Victor Hugo et de ses « Choses Vues ». Il s’apitoie volontiers sur lui-même, s’appesantit sur son insuccès, se moque de ses ratages, évoque son livre en train de s’écrire, égrène ses vieux titres, donne à choisir, marque ses préférences. Les fidèles qui n’ont pas oublié « Bar des Flots Noirs« , « 7 villes » ou « Mon galurin gris » retrouveront avec plaisir ce solitaire bavard, qui pratique la digression comme un bel art. Ce fou de littérature, cet amoureux perpétuel, qui rêve sur une serveuse de bar, disserte sur une jeune Russe qui le tance sur son âge, ce bourlingueur des cinq continents, qui souffre d’une « tourista » à cause d’un céviche avarié et ne nous épargne rien de ses aigreurs, nous touche et nous émeut car il met son coeur à nu. Il est des livres à lire en voyage, d’autres qui font voyager. Celui appartient sans hésitation à la seconde catégorie.

Extérieur monde, d’Olivier Rolin (Gallimard, 292 pages, 20 €).

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Publié le 8 octobre 2019 par
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