Le Général a disparu par Georges-Marc Benamou

Article du 14 août 2019

Il part ou ne part pas, hésite, s’excite, s’indigne, éructe, s’interroge, file finalement vers Baden-Baden, alors qu’il fait croire qu’il rejoint Colombey – impossible aujourd’hui! – De Gaulle disparaît des écrans-radar, joue sa fuite à Varenne, passe par Saint-Dizier, maudit « Pomme-pidou« , se méfie des uns, se défie des autres, se confie à son vieux complice d’Algérie et de la France Libre, ce brave Massu, et son épouse Suzanne dite « Toto ». Tante Yvonne l’accompagne, fulminant, bougonnant. Elle a mis un minimum d’effets dans les helicopters. Elle est sans doute le détonnateur de la fuite du général hors de France, a été verbalement agressée à Paris par un automobiliste en D.S.. Elle craint pour ses enfants, insultés, menaces, dans leur immeuble collectif. D’ailleurs, la situation révolutionnaire qui gronde dans la capitale, grandit dans toute la France, n’est-elle pas une menace pour la vie du libérateur de 44? Georges-Marc Benamou, qui réécrit ici l’histoire dans ce bouillant roman qui comble les trous, crayonne les blancs, répond à sa manière ludique aux interrogations que ces 24 heures de fuite suscitent. Les personnages secondaires – et qui ne le sont pas tant que ça (le rubicond Pompidou, le mystérieux Foccart, l’impavide Jobert, le tonitruant Monnerville, le sibyllin Mitterrand, le rigoriste Mendès-France) – sont crayonnés avec talent, humour, humeur et une certaine jubilation. Bref, et on l’a compris, voilà une franche réussite qui fait se rejoindre fiction et réalité, littérature avec un petit « l » et histoire avec un grand « h ». Brillant. Voilà un Renaudot parfait, succédant au Olivier Guez de l’an passé, en plus joyeux…

Le Général a disparu, de Georges-Marc Benamou (Grasset, 234 pages, 19 €).

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Publié le 14 août 2019 par
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