Au pays de Lucien Tendret

Article du 18 novembre 2014

Encore une belle oeuvre accomplie et un chef d’oeuvre retrouvé par Laurent Seminel: le tout dans une jolie édition souple et brochée, additionnée d’une judicieuse préface de Pascal Ory, l’historien du Discours Gastronomique Français. Lucien Tendret, qui était le neveu de Brillat-Savarin, discourt, comme son oncle illustre sur le bon usage du bien manger, rappelle quelques truismes (« les hommes d’esprit ne sont pas toujours gastronomes, mais les gastronomes illustres ont toujours été des hommes d’esprit« ), évoque les douces racines et vertueuses traditions du Bugey (le pays de Brillat et  le sien, tous deux furent hommes de droit au Tribunal de Belley autant que savants officiers de bouche),  immortalise des recettes édictées comme des poèmes. La plus célèbre d’entre elles – le fameux gâteau de foies blonds au coulis d’écrevisses, donc à la Nantua – fut repris avec la réussite que l’on sait par Alain Chapel et dédiée par ce dernier à l’auteur de ce livre.

Voilà, en tout cas, un ouvrage à la fois savant et savoureux, sérieux et ludique, ancien et moderne à la fois, drôle et formidablement gourmand, parfois burlesque, souvent pédagogique, à parcourir avec délice, sachant qu’on pourra toujours y revenir sans hâte. Y grappiller quelques préceptes gourmands (comme ces truffes blanches à la crème, cette généreuse timbale de macaronis, ce « gibier-plume » à la broche ou encore ce mystérieux « haresteck » qui est au lièvre ce que le bifsteck est au boeuf) est un pur bonheur. Et savoureux, in fine, cette injonction, en final à une recette de râble de lièvre inspiré de Gil Blas et dédié à une certaine Diane de Châteaumorand: « cette recette vous étonne? Essayez et ne discutez pas!« . Du Mercotte avant Mercotte…

La table au pays de Brillat-Savarin, de Lucien Tendret, préface de Pascal Ory (Menu Fretin, 192 pages, 16,50 €).

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Publié le 18 novembre 2014 par

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