Amsterdam: nostalgie du présent

Article du 21 octobre 2010

La gare © DR

« J’ai appelé deux fois Amsterdam pour les frêts

Amsterdam avec les mouettes dans sa gare

Et le nom de Java chantant sur ses tramways« 

Ce sont, bien sûr, les vers de Marcel Thiry, le poète belge au long cours, qui fut une sorte de Cendrars chic et éveillé, l’auteur de « Toi qui pâlis au nom de Vancouver », que je me répète, sortant de la gare si belle, si mythique, qu’elle fut recopiée telle quelle, avec sa façade en briques rouges et pignons, par les Japonais, pour leur gare centrale de Tokyo.

Keizergracht, la nuit © Maurice Rougemont

Amsterdam? Elle fut moderne de tout temps, régna sur l’Europe au Siècle d’Or, imposa son style, ses façades, ses redans, ses pignons, sa tolérance, sa folie douce, sa sagesse raisonnée. Elle s’affirme à la fois bûcheuse et ludique, aimant prendre ses aises à toute heure, ayant placé la flânerie à la hauteur d’un bel art.

L’île de Java au nord du Zeeburg © Maurice Rougemont

Amsterdam ? Une belle en pleine maturité qui n’en finit pas de vouloir rajeunir. On venait jadis la visiter pour les femmes dans les vitrines et la vente de l’herbe en liberté. On vient désormais pour une balade architecturale qui fait un clin d’œil à tous les styles et un shopping nostalgique. Pour une visite de ses bâtiments les plus fous, il ne faut pas hésiter à sortir du centre. On prend un bateau, depuis le quai proche de la gare centrale, pour l’île de Java. Au Nord du Zeeburg, cette île effilée a fait l’objet de constructions amusantes depuis les années 1980 depuis qu’il a été décidé d’y construire des bâtiments à loyers modérés. L’atelier PRO et ses  architectes inspirés s’y sont amusés à imaginer une cité du futur aux chromatismes joyeux ou à pasticher Venise dans ses maisonnettes ondulantes, ses canaux ou ses ponts ouvragés livrant des clins modernistes à la Sérénissime. Tout cela manque parfois de vie dans la journée, comme de magasins ou de lieu de rendez-vous. Mais l’île voisine de KNSM (du nom de la compagnie royale de navigation néerlandaise) se gagne à pied et le café De Zuid, avec sa déco mi-maritime mi-citadine et ses expressos comme à Milan, permet de se réchauffer.

Un pont sur Keizergracht, à la tombée du jour © Maurice Rougemont

Un pont sur Keizergracht, à la tombée du jour © Maurice Rougemont

On reviendra vers le centre en tram, en passant par l’important quartier juif. On sera saisi ainsi par la vaste synagogue portugaise de 1675 dont le modernisme de briques et de verre façon cube semble devancer de deux siècles et demi les canons de l’Art déco. On admirera encore le grand musée voué à la communauté d’Amsterdam installé dans quatre anciennes synagogues ashkénazes, avant d’aller découvrir, au Plantage, l’étonnant immeuble dit « burg » (ou forteresse) du Vaksbondmuseum dédié au syndicat des ouvriers du diamant avec ses fresques suggestives et son bel escalier 1900.

Brasserie Herengracht sur le quai héponyme © Maurice Rougemont

Belle dame toujours en mouvement, fière de son passé et nostalgique du présent, Amsterdam ne se livre jamais mieux qu’en son centre. La promenade des canaux aristocratiques (Singel, Keizergracht, Herengracht, Prinsengracht) se double d’une déambulation dans les venelles qui relient les quais (« gracht ») les uns aux autres, flirtant avec le Dam, sa grand place La promenade architecturale (le nez en l’air, on admire les plus beaux pignons de styles variés, mais aussi les coupoles, comme celle du grand magasin Metz & Co signé Rietweld) se double d’une incitation permanente au shopping.

Cyclistes sur les quais © Maurice Rougemont

Sur Wolvenstraat, Razzmatazz, au n°19, vend les vêtements « décalés » de Vivienne Westwood, expose vestes néo-tyroliennes, robes gitanes ou colliers à chiens. A deux pas (6 & 7), Laura Dols, sur deux échoppes en vis-à-vis, exhibe fausses ou vraies fourrures, costumes blancs pour enfant, chemisier bariolés, jouant le style années 60-80 en « revival » permanent. Amsterdam se donne ici un air british décalé de Notting Hill. Mais le proche salon de thé Pompadour, avec ses boiseries ouvragées et ses chocolats délicieux, fait davantage le clin d’œil gourmand à Paris. Tandis qu’Up To Date, en angle sur Herengracht et Wolvengracht, propose des objets design suisses ou milanais en tout genre. Ou que Van Ravenstein, au 359 de Keizergracht, expose les voisins anversois Dirk Van Saen, Dries Van Noten ou Ann Demelemeester.

Dols @ Co © Maurice Rougemont

La nostalgie du moment ou la préhension forte de l’instant, qu’on ne veut surtout pas laisser passer, le clin d’œil aux autres, le style d’ailleurs revu avec encore plus d’authenticité, voilà ce qu’on trouve encore chez Dols & Co, le plus british des magasins de déco qui cumule les tissus Colefax et Folwer, mieux qu’à Bath ou qu’à Hampstead, au 502 du Keizergracht. Ou encore chez Jorge Cohen, le joailler-orfèvre spécialités dans l’Art Déco en des réalisations très Mitteleuropa, au 414 du Singel. On n’en finira pas d’égrener ainsi les charmes des vitrines amstellodamoises qui donnent envie de tout « lécher », tout acheter, tout désirer.

Au Wyn © GP

Au Wyn © GP

On achèvera l’éloge d’un séjour ici même, qui ne peut se comprendre sans visite étudiée de quelques uns des principaux musées (Rijks, Van Gogh ou Stedelijk), en soulignant que la capitale hollandaise est devenue gourmande, ajoutant à ses traditionnels cafés bruns des bistrots à vins d’un genre neuf, où l’on collectionne les flacons comme des trophées. Au Wyn, sur Prinsengracht 411 (020-3446404), on ne boit plus guère de genièvre, mais du riesling du Rheingau, un rioja nouvelle mode ou de grands médocs. Capitale des plaisirs, Amsterdam, qui fait tout avec sérieux, s’affirme ici en experte raffinée des derniers crus en vogue. Un comble dans cette capitale de la bière que l’on affirma longtemps rigoureuse, austère, protestante.

Carnet de route

Y aller

Jusqu’à 9 liaisons quotidiennes entre Paris-Nord et les villes de Rotterdam, Schiphol et Amsterdam (dès décembre, jusqu’à 10 liaisons quotidiennes). 3h18 pour rejoindre Amsterdam au départ de Paris Nord, 3h02 pour Schiphol-Aéroport et 2h36 pour Rotterdam.

Un aller simple Paris-Amsterdam à partir de 35 € en Comfort 2 (tarif Smoove) et 79 € en Comfort 1 (tarif Smoove). www.thalys.com

Dormir

The Dylan, Keizergracht 384. Tél. 530 20 10. Fax 20 530 20 30. Ch. 300-450 € . L’ex-Blake’s, avec sa déco design, ses chambres contemporaines, sa cour-jardin figure au « top » du charme local.

The College Hotel, Roelof Hartstraat 1, Amsterdam. Tél. 571 15 11. 571 15 12. Ch. 250-350 €. Le dernier né des hôtels de charme, à côté du Rijksmuseum, dans un ancien collège. www.thecollegehotel.com

Sofitel The Grand, Oudezijds Voorburgwal 197, Tél. 555 31 11. Fax. 555 32 22. Ch : 345-475 €. Ancien hôtel de ville d’Amsterdam, au coeur des canaux les plus charmeurs, revu en palace cosy. Salons feutrés, ancienne salle des mariages Art déco et Café Roux.

Pulitzer, Prinsengracht 323. Tél: 523 52 35. Fax: 627 67 53. Ch. 250-450€. 27 maisons rassemblées entre deux canaux et des chambres récemment rénovées.

Ambassade, Herengracht 341. Tél: 626 23 33. Fax 624 53 21. Ch. 220 € .  Chic et sobre, avec sa cinquantaine de chambres sous façades anciennes.

Canal House, Keizergracht 148. Tél. 622 51 82. Fax 624 13 17. Ch. 150-190 €. Garni de meubles anciens et objets précieux, un hôtel d’habitués.

Wiechmann, Prinsengracht 328. Tél. 626 33 21. Fax 626 89 62. Ch. 120-140 €. Vieillot avec meubles anciens et jolie vue.

Seven Bridges, Reguliergracht 31. Tél. 623 13 29. Ch. 110-200 €. Deux antiquaires ont meublé ce petit hôtel de bord de canal avec un soin jaloux.

Ne pas manquer

 

Rijksmuseum (Rembrandt, Hals, Vermeer), Stedelijk (art moderne), musée Van Gogh, maison d’Anne Frank, musée maritime, maison-musée Amstelkring (“ le bon dieu au grenier ”), musée du judaïsme dans quatre anciennes synagogues, musée du syndicat du diamant (Vakbondsmuseum), bateau-logement (face au 296 Prinsengracht), Waag, Hollandse Manège (140 Wondelstraat),. Marché aux fleurs sur le Singel.

Lire

Parmi les nombreux guides sur Amsterdam: le Michelin Vert, le Routard, Hachette-Voir, « Un grand Week-end à Amsterdam » (Hachette), Guides Gallimard, Coup de Cœur Arthaud.

Littérature :  « La Chute » d’Albert Camus (Folio), « Toi qui pâlis au nom de Vancouver » de Marcel Thiry (Seghers), « Amsterdam à ma guise » d’Elisabeth Barillé (éd. du Rocher).

Et aussi « l’Art de Vivre à Amsterdam » de Brigitte Forgeur et Christian Sarramon (Flammarion).

Utile

Office Néerlandais du Tourisme, 26, rue du Quatre Septembre, 75002 Paris . Tél. 01 43 12 34 20. Fax 01 43 12 34 21. www.holland.com

Office du Tourisme d’Amsterdam, Stationplein. Amsterdam. Tél. 0 900 400 40 40. Fax 020/551 25 25.

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Publié le 21 octobre 2010 par

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