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Le Monde d’avant de Roland Jaccard

Article du 10 mai 2021

Jaccard par Jaccard : voilà un sujet dont on ne se lasse guère. L’homme s’aime, c’est sûr. Mais ne rechigne pas à se  moquer de lui même, se caricaturant en « vieux mâle blanc ayant tenté de jouer les pygmalions« , se raconte toujours avec brio, évoquant le monde qui tourne autour de lui avec une minutie quasi-maniaque. Natif de Lausanne (il nous a livré sa version caustique de la fin du mythique journal d’Amiel), journaliste et spécialiste de psychanalyse à Paris, il nous livre ici ses pages intimes sur une période datant d’il y a quelque trente cinq ans. Il signale  ainsi- nous sommes alors en 1984 – le triomphe de Cioran à Tübingen et, en même temps, l’attaque cérébrale de Michel Foucault, notant, non sans malice : « il vaut mieux être vagabond que professeur au Collège de France« . Roland Jaccard est alors jeune chroniqueur au Monde, se défie de ses confrères, il fréquente la piscine  Deligny, comme le bar du Pont Royal où Sartre, Beauvoir, mais aussi les hussards chers à la Table Ronde eurent leurs habitudes, félicite BHL pour son prix Médicis (nous sommes toujours en 1984 pour « le Diable en Tête », que Jacqueline Piatier apparente à Anouilh, rappelle qu’en 1985, Gabriel Matzneff était banni du Monde, tandis que François George s’en prenait à Bernard Pivot qui mettait le beaujolais et le football au niveau de la littérature, en notant « Pivot est une gourde« . Autant dire qu’on ne s’ennuie guère. Jaccard, qui publie « ‘l’âme est un vaste pays« , passe avec brio à Apostrophes, sait être disert sur sa vie de séducteur, même s’il semble fidèle à la jeune L. qui partage ses nuits, est abondant, mais jamais redondant, sur la vie littéraire de l’époque. Ces 835 pages qui peuvent se lire page à page, sinon d’une traite, ou en zig zag, recèle des pépites. comme cette aphorisme : « le plus difficile dans l’existence n’est pas d’obtenir ce que l’on désire, mais de s’en satisfaire« . Ou encore cette rencontre, visionnaire:

« Ce samedi 26.4.1986
Passé l’après-midi au bar du Lutetia avec un jeune professeur de philosophie, 27 ans, Michel Onfray, qui promène mélancoliquement avec lui un manuscrit refusé par tous les éditeurs parisiens. Il se réclame de Cioran, Matzneff, Bott et moi – et se refuse à tout compromis et ajoute qu’il a suffisamment souffert dans son enfance des humiliations vécues par son père, simple ouvrier agricole. »

Un seul mot d’ordre: lisez Jaccard!

Journal 1983-1988 de Roland Jaccard (Serge Safran, 835 pages, 27,90 €).

A propos de cet article

Publié le 10 mai 2021 par
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  • abitbol

    Cet aphorisme cher pudlo

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