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Les chuchotis du lundi : Yazid Ichemrahen chez lui, le futur du Restaurant du Palais Royal, Thibault Sombardier remplace Mathieu Pacaud chez Anne, Simon Havage nouvel homme fort du Shangri-La, les malices du duo du Frame au Pullman Eiffel, le Gault & Millau en Arabie Saoudite, Elie Fischmann au restaurant de la Fantaisie, les joyeux Tontons de Neuilly

Article du 6 octobre 2025

Yazid Ichemrahen chez lui

Yazid Ichemrahen (at Home) © GP

De lui, on vous a presque tout dit : son parcours chaotique, celui d’un natif d’Epernay d’origine marocaine balloté entre familles d’accueil, sa passion pour la pâtisserie, son travail acharné, la palme de champion du monde des desserts remportée à 23 ans, ses voyages à travers le monde, bref ce parcours de « winner » parti de rien pour conquérir le monde, devenu presque deux fois millionnaire sur instagram. Il l’a raconté en livre puis dans un film (A la Belle Etoile) retraçant sa vie et sa passion. Orfèvre du sucré, ayant fourbi ses armes chez Bourguignon à Metz, avec le MOF Pascal Caffet à Troyes, aux côtés du MOF Angelo Musa et de Philippe Conticini à la Pâtisserie des Rêves sans oublier l’école Robuchon à Monaco avant l’aventure à travers le monde, depuis  sa boutique d’Avignon où nous le découvrîmes jadis. Il est aujourd’hui à la tête d’une douzaine d’enseignes et boutiques au Bahrein, à Doha, à Gstaad, sans oublier le Royal Monceau à Paris. Globe trotter sucré, Yazid Ichemrahen prouve aujourd’hui qu’il est aussi doué pour le salé que pour le sucré. La maison, qu’il vient d’ouvrir rue Croix des Petits Champs, non loin de la Place des Victoires, du Palais Royal, du Musée du Louvre et des anciennes Halles, est un lieu de vie habillé tout en blanc, sobre et scintillant, sur deux étages (entre sous sol et rez-de-chaussée), avec boutique et terrasse, cuisine ouverte et comptoir de bouche, tables individuelles ou personnelle. Le lieu, qui se nomme « Yazid Ichemrahen at home », lui ressemble. Comme il rassemble ses plats souvenirs, ceux de ses voyages. Avec une équipe partiellement italienne, il bluffe son monde à coups de « finger César », « escapade romaine » végétale, sushi comme à Kyoto, paccheri all’arrabbiata, tartare de boeuf au vieux parmesan. Sans oublier une partition sucrée d’exception entre affogato aux noisettes et flan vanille aux pistaches avec son feuilletage croustillant. Chapeau Yazid ! On revient vite.

Le futur du Restaurant du Palais Royal 

Ahmad Hamouni & Philip Chronopoulos © GP

Le mystère s’épaissit sous les arcades du Palais Royal où les portes de la table doublement étoilée chapeautée par le groupe Evok et menée jusque là avec maestria par l’artiste grec Philip Chronopoulos demeurent désespérément fermées depuis le 25 juillet dernier. Alors que le groupe, collectionneur de belles adresses entre Paris, Venise et Madrid, évoque un communiqué de presse imminent, la rumeur bruisse et enfle : Philip, virtuose natif d’Athènes formé dans la grande restauration parisienne, chez Alain Passard à l’Arpège, chez Joël Robuchon à son Atelier de l’Etoile et qui signait également les cartes du Nolinski, serait sur le départ ou déjà parti pour un projet plus personnel. Une hypothèse corroborée par le récent transfert du directeur de salle Ahmad Houmani qui a quitté le navire début septembre pour rejoindre les rangs de Stéphanie Le Quellec à la Scène. Selon nos informations – encore au conditionnel – après sa courte escapade dans les Pouilles du côté de Polignano a Mare, le prodige italien et vainqueur du Bocuse d’Or transalpin, Martino Ruggieri serait pressenti pour reprendre le flambeau et ainsi signer un retour flamboyant à Paris, le plaçant directement au niveau des deux étoiles qu’il détenait il y a peu dans la maison à son nom rue Treilhard (devenue aujourd’hui Héritages sous la houlette d’Emilie Couturier puis de Clément Leroy). A moins qu’Evok ne souhaite rompre avec la course aux étoiles et le jeu de la haute gastronomie difficile à tenir dans cet emplacement de prestige. Affaire à suivre.

Thibault Sombardier remplace Mathieu Pacaud chez Anne

Thibault Sombardier et Matthieu Pirola © DR

Anne au Pavillon de la Reine ? C’était une des tables étoilées (avec Apicius, Divellec et le restaurant de la Ferme à Murtoli en Corse) que gérait Mathieu Pacaud. La maison, élégante et discrète dans son bel écrin XVIIe, était toute voisine de celle de ses parents, Bernard et Danièle, qui tenaient l’Ambroisie, juste de l’autre côté de la place des Vosges, et qui a été reprise par le groupe Butler Industries, avec, à la manoeuvre, le chef  Shintaro Awa. Une page se tourne donc de la gastronomie française dans cette partie de Paris. Le remplaçant de Mathieu Pacaud chez « Anne » n’est pas un inconnu, loin de là, puisqu’il s’agit de Thibault Sombardier. Cela fait d’ailleurs belle lurette que nous suivons ce jeune lyonnais devenu très parisien, formé jadis chez Larivoire à Rilleux-la-Pape, avant le Meurice à Paris puis au Carré des Feuillants, avant de devenir le chef du Trou Gascon d’Alain Dutournier dans le 12e, et qui a multiplié les belles adresses dans la capitale, comme Antoine, où il détint une étoile avenue de New York, Mensae dans le 19e, Sellae dans le 13e, et Mojju dans le 7e. On notera qu’il signe également, depuis trois ans, la carte du restaurant « les Parisiens », au sein de l’hôtel Pavillon Faubourg-Saint-Germain, propriété de la famille Chevalier, comme d’ailleurs le Pavillon de la Reine de place des Vosges de la place des Vosges. Avec son complice Matthieu Pirola, il proposera chez « Anne »,  « une cuisine sincère, précise et généreuse, qui célèbrera l’instant présent et les produits du marché« . Affaire à suivre de près…

Simon Havage, nouvel homme fort du Shangri-La

Simon Havage au Shangri-La © GP

Après le départ de Quentin Testart pour le Château de la Messardière suivi en avril par son alter ego pâtissier Maxence Barbot, une place était vacante dans l’ex hôtel particulier de Roland Bonaparte qui cherchait la perle rare. C’est chose faite avec l’adoubement avenue d’Iena de Simon Havage, nouveau chef exécutif du Shangri-La, familier de l’hôtellerie de prestige qui a cultivé son talent au Park Hyatt Vendôme, puis peaufiné son art au Domaine des Crayères à Reims et au Park Hyatt Madeleine. Ce lorrain fortiche est déjà à pied d’oeuvre et s’applique à re-dynamiser l’offre gourmande des lieux, insufflant et son lot belles idées à la Bauhinia, la brasserie chic de l’hôtel qui conjugue avec allant mets d’obédience chinoise et créations de saison (dim-sum, « tigre qui pleure », variation automnale autour du cèpe rôti avec topinambours ou jolie tatin à la betterave et crème montée au raifort). Mais les efforts du capitaine Havage se concentrent aussi en direction du Shang-Palace, qui constitua pendant quelques treize ans la seule table chinoise étoilée de France, victime d’une sanction difficilement compréhensible de Bibendum lors de de son dernier millésime alors qu’elle brille plus que jamais bons tours de l’alerte Tony Xu, natif de Cheng Du, ayant tenu une table étoilée végétarienne dans sa ville natale. Ce dernier y pratique une partition de haut vol, associant la noblesse des produits hexagonaux à son expertise de toutes les cuisines chinoises. Beignet de foie gras à la sauce aigre-douce, turbot de Bretagne cuit à la vapeur avec gingembre et cebettes ou encore la signature de la maison, le fameux canard laqué façon pékinoise valent toujours l’applaudissement.

Les malices du duo du Frame au Pullman Eiffel 

Harouna Konaté & Alexandre Willaume © GP

 

Le Frame ? La bonne surprise du Pullman Eiffel au pied de la Dame de Fer qui combine esprit de brasserie moderne, décor aux touches végétales et partition séductrice mêlant sens du produit et jolies idées créatives. Les auteurs du renouveau de ce lieu qui joua jadis la carte du restaurant californien ? Ils sont deux. Débarqué ici-même il y a un an, Alexandre Willaume, chef aguerri passé, entre autres, par les fourneaux du Château de la Messardière, du Grand Hôtel de Biarritz, du Bristol ou du Relais Louis XIII avec Manuel Martinez, tint table à Bidart à l’enseigne d’Etika et impose ici avec succès son savoir-faire avec la complicité du fortiche Harouna Konaté, que l’on vit il y a peu chez Lojo dans le 8e , ex du Laurent avenue Gabriel et avec lequel Alexandre collabora à intervalles réguliers à l’Hôtel du Louvre comme au Pullman Roissy CDG. Main dans la main, ils renouvellent le répertoire maison avec goût et audace, jouant la fusion bien vue et mettant à l’honneur le produit tricolore en le teintant d’influences diverses, notamment côté l’Italie. La preuve avec le homard breton décliné en fritto misto avec patates douces, la fondante (qui l’est vraiment)  poitrine de cochon noir de Bigorre escortée de sa mousseline de brocolis au raifort ou encore sur un mode veggie, l’élégante aubergine à la milanaise avec pesto et condiment mêlant tomates et miso. A noter enfin un très sérieux charriot de douceurs ciselées par le pâtissier Cyril Alban où chou praliné, craquant millefeuille vanille ou forêt noire se révèlent tous au petit point. On vous en reparle vite. L’adresse : Frame, 22 Rue Jean Rey, Paris 15e

Le Gault & Millau en Arabie Saoudite 

Annonce du Gault & Millau Arabie Saoudite © DR

On vous avait parlé du débarquement en catimini de Bibendum et du Michelin en Arabie Saoudite, notamment promu via la photo de son directeur Gwendal Poullennec et de la mascotte maison aux côtés d’une femme en hijab. Un tropisme et une « ruée vers l’est » qui se confirme et semble avoir le vent en poupe puisque c’est le guide jaune qui lui emboite désormais le pas. Le Gault & Millau vient en effet d’annoncer son implantation dans le Royaume avec la sortie d’un nouveau guide faisant l’objet d’une soirée de gala en en janvier 2026 et se concentrant sur cinq destinations clés dont Riyad, Djeddah, Dammam, Alula et Abha. Fruit d’un partenariat avec la commission des arts culinaires d’Arabie Saoudite, un guide papier de 350 pages verra notamment le jour afin de mettre en valeur « la diversité régionale et de célébrer les saveurs, traditions uniques du Royaume ». L’arrivée de GM à Riyad porte ainsi à 21 le nombre de pays couverts par le guide fondé en 1972 par Henri Gault & Christian Millau, précurseur de la nouvelle cuisine et déjà présent depuis 2022 aux Emirats arabes unis. Scène gastronomique émergente et moyens en rapport, le régime de MBS a indéniablement plus d’un atout à faire valoir.

Elie Fischmann au restaurant de la Fantaisie 

Elie Fischmann © DR

Ce fut encore il y a peu le « Golden Poppy » sous la houlette de la plus américaine des chefs françaises Dominique Crenn, la trois étoiles de San Francisco, qui en fit son fief parisien jouant le créatif, la fusion californienne, mexicaine, asiatique et le végétal pour une mince année seulement. C’est désormais le « Restaurant de la Fantaisie », au sein du cinq étoiles éponyme, dévoilant spa souterrain, rooftop et 63 chambres signées Martin Brudnizki autour de la thématique jardinière. Le nouveau chef d’orchestre gourmand se nomme Elie Fischmann, fort en thème, passé par les brigades de Paul Bocuse, d’Alain Ducasse au Dorchester de Londres, mais ayant surtout longuement fait ses armes au sein du groupe Alléno, entre le Meurice, Dubaï, puis la mise sur orbite du Terroir Parisien au Palais Brongniart avant un exil au Four Seasons Resort des Seychelles et d’officier comme chef exécutif du groupe Paris Society. Dans cet écrin non sans charme avec jardin intimiste, déco chinée, touches végétales et verrière lumineuse, il revoit le genre table d’hôtel et imagine des assiettes colorées et fraiches faisant rimer carpaccio de thon rouge agrémenté de pamplemousse, d’huile d’olive bergamote, oeuf parfait aux champignons, poulpe grillé ou cote de veau à partager avant un tiramisu ou une pavlova pamplemousse et rose. On vous en reparle vite et on vous (re)glisse l’adresse : la Fantaisie. 24, rue Cadet, Paris 9e.

Les joyeux Tontons de Neuilly

L’équipe © Philippe Schaff

Au départ, deux copains Alexandre Baïzet (ex-Meating dans le 17e, avenue de Villers, où l’on connut Emile Cotte, depuis parti au 110 de Taillevent, chez Drouant puis au Bacav à Boulogne) et Roger Castellani, corse de Balagne, qui fut son voisin au Petit Champerret, tous deux déjà en duo au Pinzutu à Neuilly. Ils ont embarqué leur chef, le talentueux Rachid Djilllali, passé notamment à Baumanière, au George V et à la Cantine du Faubourg, l’ont associé à leur aventure en créant ensemble les « Tontons de Neuilly », sur la gourmande place Parmentier, à l’emplacement de l’ex Orient-Extrême, qui pris lui-même la place de l’étoilé la Truffe Noire. Leur recette pour donner à Neuilly sa belle adresse drôle, joyeuse même, un brin canaille, et surtout gourmande : des produits superbes, des recettes toniques et éprouvées,  des assaisonnements au petit point et des vins fort bien choisis. On adore ici la salade de haricots verts à la mimolette vieille et aux noisettes, le foie gras de canard mi-cuit, avec son confit de figues, son pain aux noisettes et raisins, comme le filet de bar snacké sauce vierge avec ses légumes de saison glacés au fumet ou, en plat star, le tartare de bœuf au couteau avec son jaune d’œuf confit et ses frites maison ou encore le crémeux au citron meringué et son crumble noisettes. On en reparle !

 

Les chuchotis du lundi : Yazid Ichemrahen chez lui, le futur du Restaurant du Palais Royal, Thibault Sombardier remplace Mathieu Pacaud chez Anne, Simon Havage nouvel homme fort du Shangri-La, les malices du duo du Frame au Pullman Eiffel, le Gault & Millau en Arabie Saoudite, Elie Fischmann au restaurant de la Fantaisie, les joyeux Tontons de Neuilly” : 2 avis

  • La phrase citée, concernant le nouveau chef d’Anne, Thibault Sombardier, vient de son compte instagram. Tout le reste de notre cru. Nous n’avons pour habitude de reproduire les communiqués de presse tels quels. Merci, en tout cas, pour votre vigilante remarque et merci de nous lire si bien.

  • jouyenjosas

    Épatants les communiqués pondus par les attachés de presse. Concernant « Anne », il eût été surprenant que le nouveau chef proposât une cuisine hypocrite, évasive et pingre…

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