Les chuchotis du lundi : la famille Arnault rachète le Cap d’Estel, Jason Gouzy installe Pantagruel dans l’ex-Pierre au Palais Royal, à Lyon le Cazenove devient une winstub, Yannick Crépaux fait « street food » au Mont-Blanc de Crans-Montana, le duo d’Itinérance ouvre Mantra à Paris, la 8e édition du Championnat d’Europe des Produits Tripiers, l’envol de Rodolphe Loury au Mas de Pierre, à New-York Daniel Humm abandonne le vegan, le guide des Maîtres Restaurateurs est arrivé 

Article du 25 août 2025

La famille Arnault rachète le Cap d’Estel 

Cap d’Estel © DR

Une révolution se confirme au Cap d’Estel. Côté cuisine, on vous avait parlé à l’orée de la saison de l’arrivée de Kevin Garcia, succédant par là même au maestro Patrick Raingeard, qui, après une décennie de bons et loyaux services, est parti lancer sa nouvelle aventure avec son fils Edouard sur les hauteurs de Nice. Natif de Wattwiller, ex lieutenant de Frédéric Anton au Jules Verne ayant notamment accompagné l’ascension vers les 2 étoiles, Kevin Garcia pourra désormais compter sur le soutien de propriétaires disposant des moyens de leurs ambitions. Voilà en effet cet iconique cinq étoiles, logé sur sa presqu’île privée avec sa plage à l’identique, ses vingt chambres et suites intimes, son parc de deux hectares et ses deux tables complémentaires (le Ficus & la Table) qui change de main. Il vient de passer dans le giron de la financière Agache, le fonds d’investissement de la famille Arnault pour un montant confidentiel (mais qui avoisinerait selon les estimations les 200 millions d’euros). Nouvelle direction, cuisinier fortiche, tout est réuni pour redonner son premier rôle à cette perle de la Riviera.

Jason Gouzy installe Pantagruel dans l’ex-Pierre au Palais Royal

Jason Gouzy dans son nouveau Pantagruel © DR

C’est la sensation gourmande de l’été à Paris. Insatiable et conquérant, Jason Gouzy se sentait à l’étroit dans son fief de la rue du Sentier ne comptant que cent mètres carrés pour moins d’une vingtaine de couverts. Ce rémois de 35 ans, jeune ancien de l’Assiette Champenoise à Tinqueux, du Bristol avec Eric Frechon ou encore du Galopin Rue Saint-Marthe a vu les choses en grand et signe une arrivée tonitruante dans l’ex « Pierre au Palais Royal » de la Rue de Richelieu où il triple sa capacité d’accueil et transpose le bel esprit de son Pantagruel étoilé depuis 2021. Dans ce qui fût successivement le repaire de Jean-Paul Arabian, le Zebulon et l’Aube de Thibaut Nizard, il peaufine son style singulier et son art des assiettes satellites, séduisant à coups d’intitulés rabelaisiens de l’oeuf « pantagruélique » avec riz et poireau, à la déclinaison autour du pigeon de Vendée marié à la mûre et aux fruits noirs sans oublier le melon fricotant avec fromage blanc et piment. En parallèle, au 24 rue du Sentier, Panurge, sa seconde maison, a également décollé sur un registre bourgeois décomplexé faisant valser croquettes d’escargots, vitello tonnato de langue de veau, filet de boeuf au poivre avec algues et millefeuille de pomme de terre ou encore riz au lait au caramel au beurre salé. On vous en dit plus très vite.

A Lyon, le Cazenove devient une winstub 

Le Cazenove © DR

Disciple et compagnon de Paul Bocuse, MOF 1972 dans la même promotion d’Alain Chapel et Roger Vergé, Pierre Orsi était l’artiste bourgeois et l’éternel vieux sage du Lyon gourmand. A 86 ans et au terme de soixante dix ans de carrière entre les USA et la capitale des gones, il a définitivement rendu son tablier en février dernier et se consacre désormais à une retraite bien méritée. Mais alors que les rumeurs allaient bon train, son historique Cazenove de l’avenue Kléber s’offre une nouvelle vie. Repris par Jacky Gallmann, ex directeur de la mythique de Brasserie Georges près de la gare Perrache, ici associé à Frédéric Lafay, avocat de métier, la maison s’apprête à se métamorphoser en… winstub pour régaler les gourmets lyonnais à coups de choucroute, baeckeofe et autres mets de belle tradition alsacienne. Ouverture prévue en septembre.

Yannick Crépaux fait « street food » au Mont-Blanc de Crans-Montana

Yannick Crépeaux © GP

On le suit depuis quinze ans au Crans, le palace de charme de Crans-Montana, où il joue le chef étoilé discret mais conquérant sur les hauteurs de Plan-Mayens. Il a succédé avec succès à son presque homonyme Pierre Crépaud, est devenu le chef à redécouvrir dans ses métamorphoses. Yannick Crépeaux, a physiquement changé. Plus mince, plus jeune, toujours espiègle, ce natif de Melun, formé jadis à Paris chez Guy Martin au Grand Véfour et Christian Constant au Violon d’Ingres, désormais enraciné dans ses montagnes suisses, compose une cuisine drôle, vive, pimpante, dite « bistronomique » le midi, avec ses clins d’oeil aux mets de street-food comme à la tradition. S’il fait toujours gastronomique le soir, revisitant la cuisine valaisanne à sa manière ludique, avec un menu en sept ou dix séquences (de la perche de Loë à la pêche à l’abricot du Valais en kadaïf, en passant par la chanterelle à la livèche), il s’amuse le midi à jouer le cuisinier bondissant, qui s’exerce à l’art du siphon, pratique la cuisine de rue comme les clins d’oeil à la tradition. En vedette, joli à voir, exquis à dévorer comme un plaisir coupable : le kebab d’épaule d’agneau au curry Madras, avec yaourt de brebis, pickles d’oignon rouge, mayo au basilic et ketchup ! Exquis et provocateur dans ce beau cadre soigné avec sa vue sur les cimes voisines son service policé. On en reparle vite !

Le duo d’Itinérance ouvre Mantra à Paris 

Jonathan Caron et Manogeran Shasitharan © DR

A l’enseigne d’Itinérance, sur les rivages de Mers-les-Bains dans la Somme, ils tirent depuis 2023 un audacieux trait d’union entre la Malaisie et l’Hexagone. Aux fourneaux, Manogeran Shasitharan, dit « Jack », ambassadeur des saveurs de son pays d’origine, formé à l’Espérance de Marc Meneau à la Vezelay, à la Côte Saint-Jacques de Joigny chez les Lorain mais aussi au Saint-James à Paris, et son associé et acolyte de salle, l’entreprenant Jonathan Caron, qui ouvrit jadis Innocence rue de la Tour d’Auvergne, se dédoublent entre la Cote d’Opale et la capitale. Alors qu’un nouveau chef  s’apprête à prendre le relais dans la Somme, les deux complices investiront dès le 17 octobre prochain le 17 de la rue Rodier dans le 9e, qui abrita tour à tour l’Atelier Rodier puis la première adresse de la Condesa d’Indra Carrillo. Dans une ambiance intimiste, leur nouvelle maison baptisée « Mantra » proposera une cuisine gastronomique, inventive et toujours à mi-chemin entre Kuala Lumpur et Paris. Bar légèrement fumé avec feuilles de pandan, graines de basilic et huile aux herbes ou mariage de l’orphie et du laurier servis dans un croustillant pan puri formeront un voyage subtil, délivré le soir seulement pour une quinzaine de convives. Voilà l’un des événements élitistes de la rentrée parisienne.

La 8e édition du Championnat d’Europe des Produits Tripiers 

Avis aux orfèvres des abats, bistrotiers, chefs, bouchers et autres amoureux du cinquième quartier… le Championnat d’Europe des Produits Tripiers est de retour pour une 8ème édition qui se tiendra le 25 novembre prochain à Rungis. Alors que le millésime précédent avait confirmé le triomphe d’Ollie Clarke, roi du genre chez Quedubon dans le 19e, bluffant son monde avec son pastrami de langue de boeuf et réalisant par là même le doublé avec le titre décerné aux Pudlo Bistrots, cette nouvelle édition promet encore plus d’une bonne surprise. Parrainée par Alain Fontaine, chef du Mesturet et président des Maitres Restaurateurs, votre serviteur et Nicolas Sale à la présidence du jury, l’objectif de cette compétition pas comme les autres demeure le même : mettre en valeur le formidable terrain de jeu offert par les tripes et ce pan de notre gastronomie tour à tour savoureux, écologique et économique. Cette année, au fil d’une épreuve de 4h ou toute préparation préalable sera prohibée, les candidats seront invités à démontrer leur finesse et créativité autour du thème du boeuf, en se frottant notamment au coeur, foie, rognon ou autre panse. Fin des inscription le 1er novembre alors peaufinez votre meilleur plat canaille sans tarder et contactez  coralie.binet@tripiers.fr

L’envol de Rodolphe Loury au Mas de Pierre 

Rodolphe Loury © FA

Le domaine du Mas de Pierre ? Un bijou cinq étoiles niché sur dans la verdure au pied de Saint-Paul-de-Vence, affilié aux Relais & Châteaux et entièrement rénové en 2021 avec ses neuf bastides provençales, son spa de luxe et son jardin arboré de 4 ha. Depuis mai dernier, son chef d’orchestre gourmand se nomme Rodolphe Loury. Ce parisien qui débuta au Taillevent et au Royal Monceau avant de passer au Shangri-La avec Christophe Moret, au Meurice avec Jocelyn Herland, à l’Hôtel de Paris avec Alain Ducasse et enfin à Marseille avec Gérald Passédat et à la Chèvre d’Or avec Arnaud Faye connait la musique. Il veille ici sur trois tables offrant l’embarras du choix. Il y a d’abord la gastronomique Table de Pierre où l’audacieux Rodolphe conjugue infusions, lactofermentations, herbes et aromates du potager en des mets soignées. Mais aussi le plus relax Lagon avec sa terrasse ensoleillée le midi et sa partition naviguant le soir à travers les saveurs de la Méditerranée entre Maroc, Grèce et Liban. Et, « last but not least »,  la Dolce Provenza qui ré-interpréte en finesse les classiques du Sud à coups de poichichade croquante et iodée avec fougasse au basilic, de suprême de volaille contisée au romarin en passant par une suave pannacotta de saison. On vous en dit plus très vite.

A New-York, Daniel Humm abandonne le vegan

Daniel Humm © DR

Alors qu’à Paris, Alain Passard poursuit sa révolution en passant au 100% végétal, avec en ligne de mire le titre de premier trois étoiles vegan de France, le précurseur du genre, Daniel Humm fait un pas de côté à New-York. Toujours triplement étoilé, le chef d’origine suisse, natif de Strengelbach en Argovie, formé au Baur au Lac à Zurich, passé au Pont de Brent à Montreux, émigré aux USA d’abord sur la côte Ouest au Compton de San Francisco, puis placé au Eleven Madison Park par le malicieux Danny Meyer de l’Union Square Café et chef-patron de la demeure depuis deux décennies, vient d’annoncer que son restaurant allait progressivement réintroduire poissons, viandes et produits d’origine animale qui avaient été exclus du menu au sortir de la pandémie due au Covid en 2021. Barrières à la créativité du chef, exclusion d’une partie de la clientèle, difficulté du modèle économique : les raisons invoquées sont nombreuses pour justifier une décision pouvant apparaître comme un renoncement. Aux côtés de ses créations végétales, Daniel Humm souhaite notamment remettre à l’honneur l’un de ses plats signatures : le canard glacé au miel et à la lavande. Il se pourrait donc bien qu’à compter du 14 octobre prochain, Alain Passard et l’Arpège concourent seuls dans leur catégorie…

Le guide des Maîtres Restaurateurs est arrivé ! 

Le guide 2025/26 © DR

Un guide indispensable faisant la part belle aux cuisiniers talentueux et méritants, au fait-maison comme au goût de nos régions ? Celui des Maitres Restaurateurs, association présidée par notre ami Alain Fontaine du Mesturet, qui vient de paraitre avec un format repensé et qui rassemble plus de 1000 adresses à travers l’Hexagone et l’Outre-Mer. Seul label délivré par l’Etat, rappelons que cette certification exigeante, distinguant bistrots, restaurants, tables gastronomiques françaises comme étrangères, repose sur une trentaine de critères variés portant tant sur l’accueil que la qualité des mets et offre notamment la garantie d’une cuisine entièrement réalisée sur place avec des produits frais et locaux. Grande nouveauté cette année, ce savoureux fascicule se glane dans tous les kiosques de France et de Navarre au prix de 9€90. Un rapport qualité-prix notable pour faire le plein d’idées lors de vos prochaines pérégrinations gourmandes !

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