Les chuchotis du lundi : le Grand Est maltraité par le Michelin, Raoux le maestro champenois, Dubois dont on fait les chefs, les bons conseils étoilés de Vlad Stupurak, Popina le branché de Clermont-Ferrand, Nouvelle Garde à Lyon, le bon coût de Fana, Alice Tuyet triple la mise avec Daimant Saint-Honoré,  les vins de Gaillac au Sully 

Article du 10 mars 2025

Le Grand Est maltraité par le Michelin

Les Caillard de la Popote à Metz © GP

Le Michelin, on le sait depuis la chute – incompréhensible –  de la troisième étoile de l’Auberge de l’Ill, qui la détenait depuis 52 ans, confirmée par la perte de la seconde étoile du Cheval Blanc à Lembach et la disparition de l’unique étoile du Buerehiesel à Strasbourg, n’aime guère l’Alsace. On ajoute que la voisine Lorraine n’est guère mieux traitée, même si la toute prochaine cérémonie de sortie du guide France a lieu à Metz, en Moselle, donc en Lorraine, le 31 mars prochain. On notera que c’est d’ailleurs la seconde fois – sur seulement quatre sorties en province – que le guide rouge organise son grand « raout » dans le Grand Est, après celle de Strasbourg il y a deux ans, où l’Alsace avait été réduite à la portion congrue. On note que le Michelin est coutumier du fait : il avait organisé, il y a trois ans, une sortie de guide à Mons en Belgique wallonne, alors que la quasi-totalité des promotions se trouvait en Flandre, provoquant pour l’occasion un cataclysme de force 10 en Belgique, en enlevant sa deuxième étoile à l’institution Comme chez Soi, déchaînant la colère de toute la presse belge. Concernant Metz, la Moselle et le Grand Est, qui verra la sortie du prochain guide France, le Michelin a envoyé, en tout cas, un très mauvais signe avec l’absence de sa nouvelle terre d’accueil annuelle dans sa nouvelle liste de bibs gourmands dévoilée la semaine passée. En tout et pour tout, seule la Mirabelle de Laurent Petit à Langres (Haute Marne) sauve l’honneur du Grand Est. Ce ne sont pourtant pas les bonnes petites tables, authentiquement gourmandes, proposant des formules sages et des tarifs raisonnables, qui manquent en Moselle. On pense ainsi au Bout des Canards à Lorquin, à l’Argousier à Volmunster, la Douze à Delme, les Trois Capitaines à Malroy, le Manoir du Soldat à Phalsbourg, l’Ascension à Volstroff, et, bien sûr, à la Popote et la Brasserie 11 à Metz, qu’auront à coeur de visiter les chefs en visite en Moselle fin mars…  Toutes ces tables, présentes dans ce blog, sur lesquelles on pourrait disserter longuement, méritent largement le fameux bib. On conseille aux inspecteurs Michelin de les visiter et de jeter un oeil ici même.

Les Forst du Bout des Canards © GP

Raoux, maestro champenois

Christophe Raoux © GP

On avait connu Christophe Raoux au Café de la Paix, en tant que chef exécutif de l’Hôtel Intercontinental puis au Péninsula Paris, avenue Kléber, remplaçant Jean-Edern Hurstel et précédant David Bizet. Il était devenu professeur en chef à l’école Ducasse, avant de passer en Suisse, côté Genève, au groupe M3, puis de reprendre en main les brasseries et restaurants du groupe Bocuse avec le titre à nouveau de chef exécutif.  Autant dire qu’on est heureux de retrouver ce MOF voyageur, millésime 2015, formé dans le groupe Ducasse, au mieux de sa forme et de son sujet à l’hôtel Royal Champagne, de Champillon-Bellevue, près d’Epernay, où il a remplacé Paolo Boscaro qui lui-même avait remplacé l’ex deux étoiles du Négresco et MOF Jean-Denis Rieubland. La réputation de Christophe Raoux, on le sait, est celle de « grand nettoyeur » : la remise au net des classiques de la cuisine française avec brio, avec ses talents d’organisateur et de pédagogue. Et c’est très exactement ce qu’il propose dans une région où les étoiles et les maisons de prestige sont nombreuses. Il a fait de la grande brasserie panoramique maison (« le Bellevue ») un temple du classicisme rajeuni, avec une raviole de grenouilles et escargots persillés ou une volaille aux morilles et à la crème de haute volée, et de la table gastronomique maison et étoilée, ouverte le soir seulement (« le Royal ») un labo de recherche créative mais sans s’éloigner de la tradition – ses versions de la langoustine en Thermidor pimenté et du tournedos Rossini valent le voyage. Et on n’oublie pas les bouleversants desserts vanillés de la pâtissière Claire Santos Lopes. Les deux étoiles ne sont guère loin.

Dubois dont on fait les chefs

Arthur Dubois devant sa maison © GP

La Maison Dubois ? Ce fut le Sarladais, vieille maison régionalisante avec son fer forgé, ses airs années 1950, puis la demeure de Mickael Gagnon, dit le Gaigne, ancien de Gagnaire. Voilà, par le coup de baguette magique administré par les Viallet (qui possèdent aussi l’ex Maison Ruggieri rue Treilhard), la Maison Dubois dédiée également à la cuisine de haute voltige du jeune (33 ans) et discret Arthur Dubois. Ce vrai chef, plein de talent, d’idées et savoir-faire, est également un ancien élève de Pierre Gagnaire, chez qui il demeura huit ans rue Balzac, après avoir oeuvré chez Jacques Maximin à Cagnes-sur-Mer, mais aussi aux côtés de Christophe Raoux au Peninsula et d’Eric Frechon au Bristol. Ce classique qui ne s’ignore pas se montre créatif avec mesure. Le service est pondéré dans une salle sobre qui ne comporte que cinq tables. Il est vrai que les tarifs volent haut et que le ticket d’entrée n’est pas donné (avec des menus à 200 et 300 €). Mais la maison qui a obtenu une étoile après quelques mois d’existence vise l’excellence sous l’œil bienveillant de Patrice Jeanne, maestro de salle qu’on connut au Plaza-Athénée, au George V et au Bristol côté 114 Faubourg, qui joue ici le rôle de conseiller pédagogue et bienveillant. On y ajoute les savants desserts réalisés par Yu Tanaka, qui fut le maestro pâtissier du Bristol et on comprend de quel bon bois se chauffe cette grande maison à deux pas de la plaque dédiée à Curnonsky, prince élu des gastronomes. Comme plus haut, avec le maestro Raoux, les deux étoiles ne sont pas loin…

Les bons conseils étoilés de Vlad Stupurak

De Vlad Stupurak, qui porte un nom d’espion tchèque, même s’il est né à Bucarest, on vous a déjà tout dit. Que ce diplômé de l’école hôtelière de Saint-Quentin-en-Yvelines, titulaire d’un BTS Hôtellerie Restauration, a travaillé dans la restauration et l’hôtellerie de haut niveau en France et à l’étranger, avant de devenir, cinq ans durant, inspecteur Michelin. Depuis plus que quinze ans, au sein de son groupe Mondôme International, il est devenu « le » coach culinaire que les chefs s’arrachent. Sa spécialité: l’audit, l’accompagnement, la supervision. S’il est réservé voire taiseux sur son métier, c’est que Vlad-Paul Stupurak a gardé la discrétion jadis acquise au sein du guide rouge. La veille de la parution de l’édition française, il subit la fièvre de la profession qui l’interroge sur ses bons tuyaux… qui s’avèrent souvent justes. Aucune photo de lui n’existe sur Google. On sait juste que ses interventions onéreuses (« je suis cher, dit-il, même si mon but n’est pas de m’acheter un yacht ou une Ferrari; je ne prend en charge que 6 à 8 chefs par an, et je choisis toujours un jeune pour le plaisir et à faible coût« ). Ce James Bond de la cuisine michelinée aurait aidé trois trois étoiles à obtenir le titre suprême et beaucoup de chefs à obtenir une ou deux étoiles. Voilà que, juste avant la sortie du Michelin 2025, il publie son premier « livre », en fait une brochure de 70 pages, vendue sur un site en ligne, pour la modique somme de… 49,50 €, soit le prix d’un menu d’appel dans une bonne table. Cela s’appelle « Découvrez vos étoiles » et le mystérieux M. Stupurak  y dévoile des conseils qui ressemble souvent à l’évidence. Coaching, suivi, conseils pour déconnecter en vacances, savoir aller à l’essentiel, suivre sa propre voie et, pourquoi pas, contre le vent majeur. Un mini-livre destiné aux chefs ambitieux…

Popina le branché de Clermont-Ferrand

Yannick et Yann © GP

On connaissait « Popina », dans le quartier de Neve Tsedek et près du boulevard Rothschild à Tel Aviv. Voilà Popina version clermontoise, face à la halle saint Pierre. Rien à voir en apparence. Pourtant, le lieu, jeune et branché, un brin bobo, offre une exquise cuisine telavivienne, drôle et dans le vent de l’époque sous la houlette de Yann Jaffrès et Yannick Petit-Selmane qui ont travaillé tous deux à Paris, le premier en salle rue de Capri, chez « les Voisins », le second en cuisine chez Bonne Mine dans le 5e. Le décor de rade contemporain avec comptoir d’accueil, tables en marbre, lattes de bois et pierres de lave, plus enseigne au néon à le chic bohème. Et l’on s’y délecte de choses simples et bonnes avec des vins bio de bonne facture sélectionnés au fil des jours. Le houmous avec sa roquette, le tarama maison, le pounti également maison qui revisite la bonne vieille recette auvergnate, aux blettes et pruneaux, sous forme de terrine légère, ne manquent pas de tonus.

Nouvelle Garde à Lyon 

Brasserie des Deux Rives © DR

Le succès ne se dément pas pour le groupe Nouvelle Garde et ses deux fondateurs Charles Perez et Victor Dubillot qui modernisent avec brio les codes de la brasserie française via une formule désormais bien rodée et faisant rimer lieux soignés, produits de qualité et tarifs sages. Après avoir essaimé à Paris et sa banlieue (Bellanger, Dubillot, Brasserie des Prés et son bar Grouvie, Martin dans le 11e mais aussi Charlie à Neuilly) le groupe poursuit sa conquête de l’Hexagone dans la continuité des ouvertures de Campion à Lille et tout récemment de Barbotin à Marseille. RDV désormais dans la capitale des gônes avec le lancement de la Brasserie des Deux Rives sise dans le second arrondissement lyonnais en lieu et place de l’Eden Rock et portant à 8 le compteur des « serial-brasseurs ». Un nouvel opus installé au 68 rue Mercière qui dévoilera sur deux niveaux un cadre dont les deux acolytes ont le secret entre clins d’oeil chics aux bouchons lyonnais, cuisine ouverte et bar de charme. Aux commandes, la cheffe Céleste Martin, qui officiait jusque là aux fourneaux de Dubillot, reverra les classiques du genre sans oublier de mettre à l’honneur spécialités et lyonnaiseries de bon ton. Ouverture le 4 avril.

Le bon coût de Fana 

Gabriel Gras Fernandez et Jorice Sardain © DR

Gabriel Gras Fernandez et Jorice Sardain © Emmanuelle Levesque

« Fana » ou la passion farouche de Gabriel Gras Fernandez – cuisinier passé chez Michel Sarran et Christian Le Squer – et de Jorice Sardain, pâtissier fortiche ayant parfait son art chez Nicolas Bernardé et Cédric Grolet. Les deux compères, qui se sont rencontrés au Bristol, font la paire dans leur bistrot moderne du 18e où belles idées et mets soignés défilent à l’ardoise avec de jolis accents basques et l’esthétisme d’une grande table. Fringant tarama cabillaud/anchois avec huile de crustacés, cochon fermier avec panais rôtis, noisettes et vin rouge précédent les addictives conclusions de Gabriel tel un Paris-Brest praliné noisettes de haute-tenue. A un mois de la cérémonie 2025, Gwendal Poullennec et l’équipe Michelin ont jeté leur dévolu sur cette adresse encore méconnue pour y annoncer la liste de  ses bibs gourmands … distinction que la maison vient de rafler grâce à des formules diurnes et nocturnes savamment tenues. On vous en dit plus très vite.

Alice Tuyet triple la mise avec Daimant Saint-Honoré 

Reine du vegan nouvelle vague, révélée rue du Faubourg Poissonnière, Alice Tuyet n’a de cesse d’agiter les radars gourmands en bousculant les codes de la cuisine bourgeoise avec une approche 100% végétale, marquée notamment par des détournements ludiques et un travail autour des jus et des sauces dénués de toute protéine animale. Déjà à la tête de Plan D (sandwicherie rue des Vinaigriers) et de son phénomène Faubourg Daimant, la cuisinière autodidacte poursuit sur sa lancée en mettant le cap sur les beaux quartiers. Direction le 1er et l’animée place du Marché-Saint-Honoré où elle s’apprête à inaugurer un 3e opus, intitulé Daimant Saint-Honoré. Dans un esprit chic et glamour, le lieu se déploiera sur 3 niveaux ponctués de salons concepts et d’oeuvres d’art contemporain. S’y adjoindront une terrasse de charme et une ouverture 7/7 avec service continu l’après-midi. Dans l’assiette, les fameuses croquettes cochonnes et une série d’autres classiques vegans et déjà éprouvés rue du Faubourg Poissonnière voisineront avec une sage formule déjeuner et un bar à mousse à chocolat pour la touche sucrée. Ouverture prévue le 11 avril prochain au 24/26 place Saint-Honoré.

Les vins de Gaillac au Sully

Avis aux chefs, bistrotiers, sommeliers et autres cavistes curieux ! Ce lundi 17 mars de 16h à 19h, avec la bénédiction de nos deux lauréats de la Transmission, Romain & Robert Vidal, les Vins de Gaillac investissent le Sully (Paris 4e) pour un salon intimiste et bon enfant dont nous avons le plaisir d’être partenaire. Un moment de rencontre et de partage pour découvrir ce vignoble singulier et ses nombreux cépages qui gagnent du terrain sur les zincs parisiens avec la bannière des « Comptoirs Gaillacois ». 19 domaines et autant de vignerons seront présents pour faire déguster une flopée de jolis flacons et de belles trouvailles entre loin de l’oeil, mauzac, duras et prunelard. Evénement réservé aux professionnels et inscription obligatoire à l’adresse suivante gaillac.aop@gmail.com

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