L’accident de Jean-Paul Kauffmann
Jean-Paul Kauffmann, nos lecteurs le connaissent bien. Amateur de bordeaux, fin lettré, volontiers voyageur, marcheur remontant la Marne, ayant déjà évoqué Napoléon (« la Chambre noire de Longwood »), la Courlande, ou Eylau (« Outre-Terre), ce natif de Mayenne, fils de boulanger, élevé en Bretagne, dans le bourg au nom saugrenu de Corps Nuds évoque aujourd’hui l’accident tragique qui coûta la vie à dix huit habitants de son village de retour d’un match de football dans une commune voisine – c’était en 1949, Jean-Paul avait quatre ans. Le fils du maire avait embarqué des joueurs et quelques supporters, dans un camion Dodge confié par son père et qu’il conduisait trop vite après avoir bu quelques verres. Cet accident tragique – on retrouvera le camion à verticale, les phares encore allumés dans un étang, juste après un méchant virage, tandis que le fauteur du drame échappe à la mort – hanta le village. Il est l’occasion pour Jean-Paul Kauffmann de revenir sur ses origines, ses racines, son enfance qui fut très chrétienne, celle d’un enfant de choeur « aimant les enterrements« . ll croit d’ailleurs se reconnaître – ou au moins une silhouette frère – sur « Un enterrement à Ornans » de Gustave Courbet. Un cousin curé, mais rétif aux règles et n’hésitant pas à aider les femmes de mauvaise de vie avec le « Nid », un abbé au village qui sera son mystérieux mentor, une enfance choyée, mille autres souvenirs dans une cité d’apparence banale mais que son haut clocher bulbé de son église distingue dans le paysage d’une Bretagne non touristique : voilà quelques uns des éléments qui lui permettront de survivre lors de son autre « accident » qui lui volera sa vie, son enlèvement à Beyrouth et son enfermement dans les geôles du Hezbollah. JPK, si pudique, résultant sans doute de son enfance chrétienne, ne livre que des bribes, se raconte avec parcimonie. Bien sûr, il a livré ailleurs ses émois, ceux du « Bordeaux retrouvé » après son long enfermement, comme dans ce voyage au Kerguelen qui lui servit d’échappée au long cours et de second souffle après la nouvelle partie de sa vie. Et l’on se souvient que sur l’enlèvement lui-même, le combat pour le faire revenir, son fils Grégoire en a dit beaucoup (cf l’Enlèvement). Récit d’enquête sur lui-même et sur les siens proches, où l’auteur conte son obsession à retrouver le responsable et les témoins de l’accident de Corps-Nuds, ce livre ci est surtout une quête de lui-même. « Je suis moi même la matière de mon livre » : impossible ici de ne pas songer à la fameuse formule de Montaigne. Les odeurs du passé, les parfums de l’enfance, le goût du pain de ce fils de boulanger devenu, malgré lui, témoin de son siècle : voilà ce qu’on retiendra d’abord de ce livre dense, touffu, prenant, dressant une stèle à la mémoire enfouie.
L’accident de Jean-Paul Kauffmann (Equateurs, 326 pages, 22 €).









Comme d’habitude avec Kaufmann, beaucoup de pudeur, une élégance dans l’écriture et une vision d’aigle de la vie en général, donnez aux enfants des racines et des ailes , l’exemple même de ce que peut faire cette règle de vie ! a lire absolument !