Monaco et la piste aux étoiles

Place du casino © GP
Après Metz, Tours, Strasbourg, Cognac – cités dans l’ordre de dernière apparition en scène – quelle ville allait remporter la timbale et accueillir le Guide Michelin France et sa piste aux étoiles 2026 ? C’est, contre toute attente (on parlait de Nice et aussi de Lille – mais la région des Hauts de France avait refusé de débourser la somme demandée il y a deux ans), que Monaco l’a emporté. La ville-principauté, enclavée dans les Alpes-Maritimes et à deux pas de la Ligurie, rassemble 38600 habitants, mais surtout de nombreux palaces et une foule d’étoiles gourmandes : trois pour le Louis XV Alain Ducasse, 2 pour le Blue Bay de Marcel Ravin, l’Abysse à l’Hermitage supervisé par Yannick Alléno et les Ambassadeurs de Christophe Cussac au Métropole, 1 pour le Pavyllon de Yannick Alléno à l’Hermitage, Elsa par Marcel Ravin au Monte-Carlo Beach (situé sur la commune proche Roquebrune-Cap-Martin, mais dépendant de la SBM (la Société des Bains de Mer appartenant à la Principauté et partie prenante de la manifestation Michelin, la Table d’Antonio Salvatore chez Rampoldi et enfin le Grill signé Dominique Lory au sommet de l’hôtel de Paris). La cérémonie aura lieu au Grimaldi Forum. Généralement, l’annonce est faite en direct par les organisateurs dont le patron du Michelin, Gwendal Poullennec, qui se déplace pour l’occasion. Cette fois-ci, un simple communiqué de presse envoyé vendredi à 14h a servi d’annonce officielle. Comme si la discrétion et la sobriété était la nouvelle règle du genre. « En organisant pour la première fois la cérémonie du Guide Michelin France & Monaco à Monaco, nous mettons à l’honneur une destination historique du Guide, dont la scène gastronomique incarne l’excellence, la créativité et le rayonnement international. Après avoir convié les invités de notre cérémonie la plus emblématique à l’Ouest, à l’Est et dans la Val de Loire, nous nous réjouissons de faire converger les plus grands talents gastronomiques du pays dans ce généreux quart Sud-Est, riche d’un patrimoine culinaire vivant que nous souhaitons valoriser », s’est contenté d’indiquer l’ineffable GP qui n’en loupe jamais une … En effet, on note que, pour l’occasion, le « Guide Michelin France » a été rebaptisé « Guide Michelin France & Monaco« . Nous n’inventons rien. Confirmation ici-même.

L’édition 2025 du Michelin France
Le Bistrot des Générations à la Côte Saint-Jacques

Alexandre Bondoux et Jean-Michel Lorain © DR
La légende continue de s’écrire à Joigny où la Côte Saint-Jacques se réinvente, sans perdre de vue l’excellence de son héritage. Dans ce qui fut de tout temps le théâtre d’une belle histoire de transmission, Jean-Michel Lorain, artiste bourguignon qui avait succédé à son père Michel, a passé depuis 2023 le flambeau à son neveu Alexandre Bondoux qui incarne ici la quatrième génération. A 34 ans, cet enfant de la balle qui a fait ses armes par séquence dans le Relais & Châteaux familial, pris part à l’aventure thaïlandaise de Jean-Michel, avant de passer chez Christophe Roure au 9e art à Lyon sans oublier de se hisser en 2022 en finale du concours de MOF fait honneur à sa lignée. La nouveauté ? Oncle et neveu, désireux d’ouvrir la maison à un plus large public, complèteront leur offre avec « le Bistrot des Générations » qui partagera, dès le 17 septembre prochain, l’affiche avec leur table doublement étoilée. Au programme ? Des plats de mémoire, le terroir bourguignon à l’honneur et la tradition revisitée avec goût au fil de menus commençant à 32 € le midi et 60 € le soir. L’œuf parfait à la crème de cèpes et livèche précédera ainsi la joue de bœuf confite à la moutarde à l’ancienne, avant le soufflé au chocolat et la poire confite, ajoutant une jolie corde, à prix plus cléments, à l’arc de cette glorieuse maison.
Nina Haradji, nouvelle reine du Mandarin Oriental

Nina Haradji © DR
Elle avait
brièvement pris les rênes du Sur-Mesure en 2023 avant que, dans le sillon du départ de Thierry Marx et du clap de fin de sa table doublement étoilée, les ambitions gastronomiques du Mandarin Oriental se recentrent sur le Camélia.
Nina Haradji, ancienne de Ferrandi, ayant affiné son art à l’Arpège d’Alain Passard avant d’être ici-même la disciple du maestro Marx pendant une décennie, continue de faire éclore son talent et de se tailler une place de choix rue Saint-Honoré. Fraichement nommée cheffe de cuisine du palace, elle aura désormais à charge de superviser l’intégralité de l’offre culinaire maison en insufflant sa touche personnelle au Camélia, la brasserie contemporaine à la belle terrasse arborée, sans oublier de veiller sur la carte du Bar 8 et le room-service. Côté Camélia, cette cheffe pleine d’idées et usant volontiers des aromates glanés sur le toit de l’hôtel, dévoile des mets associant tradition, audace et goût du végétal hérité de son passage à l’Arpège. Exemples avec les poireaux mimosa en aigre doux avec huile de géranium, le homard bleu entier ou le confit de canard du Sud-Ouest avec échalote confite au xeres et pommes pailles, petit souvenir d’enfance pour cette parisienne aux racines lorgnant vers le Sud-Ouest. A suivre de près.
Andrea Capasso, coming-man du Clarence

Andrea Capasso © DR
On vous l’annonçait la semaine passée, c’est désormais officiel. Second se muant tête d’affiche, Andrea Capasso passe des coulisses au devant de la scène et s’impose pour de bon comme le choix et le nouvel homme fort du Clarence. Il relève ainsi le pari audacieux de succéder à son mentor Christophe Pelé dans le somptueux hôtel particulier du Prince Robert de Luxembourg griffé Clarence Dillon. Tombé dans la marmite et débutant la cuisine dès l’âge 14 ans, cet italien sorti lauréat de l’ALMA, la grande école italienne de cuisine près de Parme, a fait ses armes chez l’étoilé Lido 84 sur les rives du Lac de Garde avant d’arrimer à Paris via un court passage au Pavillon Ledoyen puis de gravir tous les échelons ici-même pendant six ans sous la houlette de Christophe Pelé. Autant dire que ce petit prodige épris de la cuisine française connait la musique de la demeure doublement étoilée sur le bout des doigts. Non sans évoquer le destin de Giuliano Sperandio, compatriote transalpin faisant merveille chez Taillevent, Andrea, présenté à la fois comme l’homme de la « relève et de la continuité », combinera ici son héritage italien avec la symphonie de la grande la cuisine française. Nul doute cependant que les envolées et le style mis au point une décennie durant par le grand Pelé continueront de marquer les lieux encore quelque temps.
Florian Gravelle chez Galanga

Florian Gravelle © DR
On vous avait parlé cet été
du changement de cap de Thomas Danigo, rendant son tablier chez
Galanga, la table qu’il avait porté aux nues et crée « ex nihilo » pour Monsieur George. Les choses se précisent dans le boutique hôtel de la rue de Washington où Florian Gravelle prend la direction des fourneaux pour le compte de Chapitre Six (Hotel Hana, Monsieur Cadet, la Folie Barbizon ou encore le Chalet Saint-Georges à Megève). Passé aux Pêcheurs du Cap d’Antibes avec le MOF Philippe Jégo, à L’Oasis de Mandelieu-la-Napoule avec Stéphane Raimbault mais aussi au Plaza Athénée avec Romain Meder, ce niçois qui s’illustrait encore il y a peu comme sous-chef de Jérôme Banctel à la Réserve Paris, aura pour mission d’imposer sa propre identité à cette enseigne auréolée d’un macaron depuis 2021 et baptisée en référence à un mélange d’épices thaïlandais. Il reverra la partition de son prédécesseur qui jouait ici les saveurs entre végétal, épices et braise en l’enrichissant d’une tonalité plus méditerranéenne. Thomas Danigo qui officiait aussi (toujours pour Chapitre Six) au mythique Hôtel de La Ponche à Saint-Tropez, murit quant à lui son prochain projet qui pourrait s’esquisser sous une bannière plus personnelle.
Walter Butler rachète l’Alcazar

L’Alcazar © DR
Décidément les appétits de Walter Butler en matière de restauration et de gastronomie semblent…insatiables. Après avoir totalement absorbé
en début d’année le Moma Group de Benjamin Patou et ses quelques quarante établissements entre Paris, Saint-Tropez et Marrakech, le milliardaire discret mais entreprenant, déjà actionnaire majoritaire de la maison Pierre Hermé et propriétaire du Paradis Latin comme de l’Ambroisie, a trouvé son dernier pied à terre gourmand. Rue Mazarine, il vient de mettre le grappin sur
l’Alcazar, célèbre brasserie germanopratine prisée des éditeurs et galeristes voisins et qui fût jadis un cabaret avant que Terence Conran ne lui confère ses lettres de noblesse à la fin des années 90. Le gourmand Walter complète ainsi joliment sa collection avec cette adresse phare de la rive gauche, possédant plus d’un atout sur le terrain événementiel, entièrement rénovée en 2016 par Laura Gonzalez et charmant à tous coups avec son cadre alignant jardin d’hiver, mezzanine, verrière de douze mètres de haut sans oublier bar adjacent et salon privé. Suite à ce rachat, la demeure a provisoirement fermé ses portes, laissant présager rénovation et concept revivifié. Affaire à suivre !
Le nouveau départ d’Olivier Streiff

Olivier Streiff au Bloom Garden © GP
Olivier Streiff ? Il a bien sûr marqué tous les esprits avec sa participation à Top Chef millésime 2015 où il se hissa en demi-finale, brillant par ses créations culottées et son look gothique d’alors. Mais il y a belle lurette que l’on suit ce Lorrain longtemps en exil sur la Côte d’Azur, à la Chèvre d’Or avec Jean-Marc Delacour, puis chef du Maya Bay à Monaco et du Vistamar de Roquebrune-Cap-Martin, sans omettre la Bastide de Saint-Tropez et à la Raison Gourmande de Beaulieu-sur-Mer. En Bourgogne (dont son épouse est originaire), il avait un temps repris le Relais de Saulx à Beaune avant de signer son retour dans la capitale au Bloom Hôtel, non loin de la Gare de l’Est. A l’enseigne de
Bloom Garden, il multipliait les influences, jouait le végétal et mets ensoleillés, le tout dans un patio charmeur. Mais après trois ans de bons et loyaux service, ce lorrain touche-à-tout a considéré qu’il avait fait le tour du sujet et mené à bien sa mission. Il laisse ici sa place à son second Raphaël Gerby et officiera désormais en qualité de consultant et de chef privé entre Paris et sa Bourgogne de coeur. Bon vent à lui !
Clap de fin pour les Trochain

Laurent & Julie Trochain © DR
Ca y est. Laurent Trochain et son épouse Julie l’ont annoncé sur leurs réseaux. Ils ont décidé de baisser le rideau à la fin de l’année. Depuis 21 ans,
leur Numéro Trois constituait le plus exquis dépaysement proche de Paris, jouant la gastronomie soignée et l’auberge contemporaine dans les Yvelines au Tremblay-sur-Auldre. Eternel promoteur de son terroir, passé entre autres à l’abbaye St Michel à Tonnerre avec Christophe Cussac et chez Pierre Gagnaire à Saint-Etienne, le gars Laurent avait notamment participé à réhabiliter la poule de Houdan, cultivait avec ferveur les légumes de son jardin sans oublier de vanter les fromages du cru auxquels il avait un temps dédié un bar. Mais s’étant juré de ne pas aller plus loin que deux décennies étoilées (l’onction du macaron conservé sans faille depuis était arrivé un an après le lancement de la maison), le couple n’a qu’une parole. La fin d’une aventure marque cependant le début d’une autre. Alors que leur belle table campagnarde se muera en salle de réception et en galerie honorant les collections du marchant d’art local, Ambroise Vollard, le couple troquera dès l’année prochaine sa casquette de restaurateur pour celle de consultant. Sous la bannière Agence Trois, ils mettront ainsi leur savoir-faire et leur engagement en faveur d’une gastronomie plus responsable au service des autres. Dernier acte ce 21 décembre dans les Yvelines.
Le Bocuse d’Or Europe à Marseille

Vibrant legs de Monsieur Paul, c’est toujours la compétition culinaire suprême qui fait agite les foules, réunit délégations, candidats et public de tous les continents et fait de Lyon l’épicentre de la gastronomie mondiale. Après le triomphe de Paul Marcon lors du Bocuse d’Or Monde à Lyon en 2025, les détails du concours et de la sélection européenne, également organisés tous les deux ans par GL Events, viennent d’être révélés. Un volet sur lequel la France se voit pour la première fois auréolée du titre de pays organisateur. Dans la foulée des précédentes éditions qui se sont respectivement déroulées à Turin en 2018, Tallinn en 2020, Budapest en 2022 et Trondheim en 2024, le millésime 2026 aura en effet lieu les 15 et 16 mars prochains à Marseille en marge du SIRHA Méditerranée. Une belle manière pour la cité Phocéenne, déjà parée du titre de capitale européenne de la gastronomie en 2023, d’affirmer son dynamisme gourmand et de continuer de rayonner sur la scène culinaire européenne et mondiale.
Victor Benoit prend la relève chez Itinérance

Jonathan Caron & Victor Benoit © DR
On évoquait il y a peu
les nouveaux horizons parisiens du duo d’Itinérance, composé de Jonathan Caron et de Manogeran Shashitaran, qui inaugureront prochainement « Mantra », table d’élite exaltant les saveurs malaisiennes rue Rodier dans le 9e. Mais cela bouge également sur la Côte d’Opale, au sein d’Itinérance, leur adresse originelle de Mers-les-Bains où le nom du nouveau maitre des fourneaux vient d’être dévoilé. Il s’agit de Victor Benoit, ex de Serge Vieira à Chaude Aigues, d’Alexandre Couilon à la Marine mais aussi de Benoit Carcerat côté Suisse qui rompra ici avec le style et les goûts métissés portés par son prédécesseur, revenant à une partition française s’appuyant volontiers sur les rivages d’ici et de guère loin. Ainsi le maquereau de ligne à la braise flirtant avec haricot vert, fruit rouge et beurre blanc qui côtoiera le homard grillé au bitchotan, navet confit aux algues et jus de carapace. Il entrera en scène le 1er octobre prochain.