Les chuchotis du lundi : Freddy Piveteau fait renaître le Beauséjour à Calvinet, le Café Mary voit grand à Aurillac, « Chez la Denise » bistrot star du Cantal, Tony Delsouc à la Grange de Tournemire, Pailherols et le grand air des montagnes selon les Combourieu, Hugo Bourny à Béziers chez LJ Hôtels, Mathieu Croze champion 2026 du Lièvre à la Royale Thomas Menut et Maison Louis à la conquête de Boulogne, les plaisirs d’Astair, Soda Thiam redémarre chez Eunoé, la Maison Dieppe championne de la choucroute
Freddy Piveteau fait renaître le Beauséjour à Calvinet
À Calvinet, au cœur de la Châtaigneraie cantalienne, une page se tourne au Beauséjour, mais l’histoire continue. Après les années étoilées de Louis-Bernard Puech, l’hôtel-restaurant a changé de mains en juin 2026. Et, bonne nouvelle, le goût demeure ! Le nouveau maître des lieux, Freddy Piveteau, est vendéen, natif de La Roche-sur-Yon, mais son CV parle le langage des grandes maisons : les Cussac à l’abbaye Saint-Michel à Tonnerre au temps des deux étoiles, Francis Cardaillac à la Bastide de Saint-Tropez, puis Gérard Bonnefoy à à la Terrasse et l’Assiette à Honfleur. Que des tables étoilées, de quoi avoir appris le métier à bonne école avant de poser ses valises dans le Cantal. Ici, pas question pourtant de singer le passé. Le registre se fait plus simple, plus direct, les prix plus doux, avec des menus à 26 et 36 €. La transmission se joue aussi ainsi : conserver l’esprit d’une maison, son exigence et son goût du produit, tout en lui donnant un nouveau tempo. Le déjeuner peut commencer par un velouté de courgettes au lard fumé et chèvre frais, se poursuivre avec une aile de raie aux câpres et s’achever sur une tarte aux pommes aux éclats de pralin. Et le vendredi, la mer débarque en Châtaigneraie avec une royale bouillabaisse au bouillon safrané et à la rouille, escortée de congre, grondin perlon, lotte et saint-pierre. Avant cela, un croustillant aux champignons ouvre l’appétit ; après, les perles du Japon au lait de coco, coulis de mangue et crumble apportent leur douceur exotique. Pour accompagner le tout, le blanc du domaine du Mousset en aoc entraygues-le-fel joue les compagnons naturels de cette cuisine sans façons mais bien pensée. Louis-Bernard Puech a marqué le Beauséjour et Calvinet. Freddy Piveteau n’efface rien : il reprend le flambeau, avec son expérience des maisons étoilées, mais dans un registre plus accessible. Une enseigne change de main, une cuisine évolue, les souvenirs restent. C’est aussi cela, la transmission : ne pas refaire hier, mais savoir ce qui mérite de demeurer.
Le Café Mary voit grand à Aurillac
Le Grand Café Mary renaît joliment à Aurillac. Reprise en juillet dernier par Grégory Cazal qui possède également la brasserie l’Escudier, cette institution fondée à la fin du XIXe – ce fut jadis le Grand Café Bazet-, retrouve l’esprit des grandes brasseries parisiennes : du chic sans raideur, un service distingué, une salle qui a de l’allure avec son grand comptoir où l’on vient prendre son café à toute heure et cette atmosphère de café où l’on peut aussi bien s’attabler pour déjeuner que prolonger le moment autour d’un verre. Dans l’assiette, le terroir auvergnat n’est jamais bien loin. La planche de charcuteries de la maison Laborie, maison familiale aurillacoise, et de la Fromagerie des Carmes aligne rillettes de cochon fermier, pâté de campagne, saucisse sèche et jambon sec d’Auvergne : du local, du généreux, du franchement réjouissant. Mais l’œuf mayonnaise label rouge avec sa tuile de parmesan, le sauté de porc au cidre à la mousseline de butternet ou l’effiloché de bœuf, servi avec une purée maison et des carottes fondantes ou encore le chou craquelin à la pistache signent une cuisine de brasserie sans poudre aux yeux, qui va droit au but et fait plaisir. Le Grand Café Mary retrouve ainsi une vraie vocation de brasserie : une cuisine familière et soignée, des produits du pays, une atmosphère élégante et cette convivialité un peu parisienne qui manquait sans doute à Aurillac. Bref, voilà une renaissance qui ne manque ni de charme ni d’esprit.
« Chez la Denise » bistrot star du Cantal
Avec « Chez la Denise« , le Cantal retrouve le plus gourmand des bistrots de village. À Pers, près du Rouget, la maison qui se nomma » la Cantine » durant trente ans, puis demeura, cinq ans durant, portes closes, reprend vie. Aux commandes, deux trentenaires dynamiques : Lilian Cannella et Éline La Bruyère, lui Savoyard, elle Cantalienne, se sont rencontrés en Polynésie avant de revenir poser leurs valises dans le village de l’arrière-grand-mère d’Éline, Denise, ancienne aubergiste du lieu. Le prénom était tout trouvé, le décor aussi : il ne restait plus qu’à remettre les fourneaux en route. En cuisine, Lilian n’arrive sans bagages. Ce technicien aguerri est passé chez Yoan Conte à Veyrier-du-Lac sur les bords du lac d’Annecy, au 33 Cité à Lyon, puis au Comptoir du Lac et chez Oxo en Haute-Savoie. De quoi donner du répondant à une cuisine de bistrot qui ne cherche pas midi à quatorze heures, mais entend faire plaisir avec de bons produits, des plats francs, un sacré coup de main plus quelques clins d’œil bien sentis, le tout à prix modiques (le poulet à 10 €!). Harengs pommes à l’huile avec des délicieux pickles maison, soupe à l’oignon gratinée, pâté en croûte, carbonnade flamande parfumée au pain d’épices (toujours maison) ou poulet de Papy Jean moelleux sur son toast : les classiques ont du cœur et les intitulés content une histoire. Les douceurs ont du coffre, comme la pomme au four de Mamita, avec crème de châtaigne et cannelle, ou la superbe crêpe « Denisette », où la classique Suzette se virilise avec cognac et Birlou (liqueur pommes et châtaigne). À l’apéritif, un vertueux Byrrh Tradition, à table, un fringant pinot noir l’Ours Auvergnat et, pour finir, une Bénédictine à se faire moine : ici, même les boissons ont de l’esprit et de la mémoire. Bref, on retrouve là tout ce que l’on aime dans les vrais bistrots – de village et d’ailleurs : une histoire de famille, une cuisine généreuse, des plats qui ont de la conversation et une salle où l’on vient autant pour manger que pour retrouver un peu de vie locale avec son grand comptoir pour l’apéro plus sa vaste salle sur l’arrière pour les fêtes de famille.
Tony Delsouc à la Grange de Tournemire
La Petite Grange a changé de chef et un brin de partition. À Tournemire, la jolie table des Boyer, ouverte en 2021 et distinguée d’un Bib Gourmand en 2023 avec Olivier Cloteau, entre dans une nouvelle étape. Le chef est désormais parti vers La Borie d’Hélipse pour y conquérir l’étoile. Aux fourneaux, Tony Delsouc, originaire d’Aurillac, prend la suite avec un joli pedigree : Faugeron, le Plaza Athénée auprès d’Alain Ducasse, puis l’Épicurien à Aurillac à son propre compte. Le voilà, en chef d’une équipe jeune et dynamique, avec l’envie manifeste de jouer sa propre partition. L’auberge elle-même ? Une vingtaine de couverts seulement dans cette petite grange devenue table de caractère, et une cuisine qui ne cherche pas à faire savant. Tony Delsouc travaille le produit avec précision, mêle les clins d’œil d’ici et les envies d’ailleurs, mais sait surtout où il est : dans le Cantal, à Tournemire, face à l’un des plus beaux de villages de France et du département, avec ses demeures anciennes, son château. Dès l’apéritif, les cromesquis de Salers aux épices et le chou farci donnent le ton. L’œuf parfait, fumé au foin, avec son velouté de potimarron au lard paysan, met joliment le terroir au centre, même si le roué Tony ne s’interdit pas quelques escapades. La raviole de tourteau, agrumes et vermouth de la Distillerie des Hautes Terres, comme les saint-jacques snackées, topinambours torréfiés, lait de coco et gingembre, élargissent le propos. Mais l’essentiel est dans cette manière de faire dialoguer le pays et les influences extérieures sans transformer le Cantal en décor folklorique. L’escabèche de truite fario au yaourt grec, kumquat et piquillos, apporte fraîcheur et vivacité. La côte de cochon rôtie de la maison Laborie, butternut confit et sauce charcutière, joue, elle, franchement la carte cantalienne. Comme l’onglet de veau avec sa truffade. Et les desserts ont du ressort. Bref, voilà un « bon coût » qui a bien bon goût.
Pailherols et le grand air des montagnes selon les Combourieu
Pailherols ? Un Saint-Tropez des montagnes, évidemment modeste, où l’été se retrouvent et se croisent les rois des brasseries parisiennes, les Bertrand (Olivier est né ici même), Joulie, Tafanel, Bras aux racines proches. Nous sommes ici au sud du Cantal, dans le Carladès, au coeur du parc des volcans d’Auvergne et à fleur d’Auvergne. Les aubergistes stars du lieu ? Les Combourieu, qui, avec Denise et André, plus leur fille Coralie revendiquent six générations d’accueil. André a passé le relais des fourneaux à son gendre Stéphane Dubois, Picard de Saint-Quentin, qui a promené ses casseroles du côté de la Grenouillère à Madeleine-sous-Montreuil, du temps de Roland Gauthier, de chez Régis Marcon à Saint-Bonnet-le-Froid ou encore du Jarrousset à Murat. Il signe ici une cuisine auvergnate qui ne s’enferme pas dans la tradition : elle la regarde avec gourmandise, l’allège, la détourne parfois, mais ne lui fait jamais perdre son accent du pays. Il fait merveille avec les croustillants de tête de veau au chutney cardinal et houmous de lentilles blondes, la raviole ouverte d’escargots au fenouil et sabayon citronné, le suprême de volaille, sauce crémée aux morilles, avec son exquise truffade ou encore l’exquis vacherin glacé vanille et caramel. Les tarifs sont sages comme des images et la maison détient le bib rouge chez Michel. On ajoute que le décor est celui d’une auberge de montagne. Et que les vins, comme le vif chardonnay « Terre et Lave » des côtes-d’Auvergne de Desprats Saint Verny ou le gamay vieilles vignes « Les Amandiers » de Pierre Goigoux à Châteaugay, permettent de demeurer fidèle, comme la verveine du Velay en issue, au vertueux vignoble d’Auvergne. Bref, on revient chez les Combourieu pour retrouver une maison qui a su changer sans se renier. La cuisine a évolué, la génération suivante est aux commandes, mais l’essentiel demeure : cette façon de recevoir avec naturel, de faire vivre le pays dans l’assiette et de donner envie de revenir. Chez Denise et André, l’hospitalité n’est décidément pas une affaire de mode : c’est une affaire de famille.
Hugo Bourny à Béziers chez LJ Hôtels
Pendant cinq ans, il a ré-enchanté le mythique Lucas Carton, y imposant son style singulier, développant une écriture à la fois végétale, sensible, fine et iodée, conservant l’étoile de la demeure indissociable de la légende du maestro Senderens. Après la cession de la table historique de la place de la Madeleine par la famille Vranken et sa nouvelle donne signée Benjamin Patou, Hugo Bourny cherchait la bonne manière de rebondir. A son compte, toujours à Paris ou hors de la capitale ? Voilà ce technicien hors-pair, brillant élève d’Anne-Sophie Pic, d’Arnaud Donckèle à la Vague d’Or et d’Hélène Darroze dont il fut le chef exécutif, qui a pris sa décision et met le cap sur l’Hérault pour rejoindre le pavillon du groupe LJ Hôtels & co en qualité de chef exécutif. Rappelons que le groupe s’impose depuis quelques années comme un acteur phare de la gastronomie et de l’hôtellerie à Béziers où il possède quatre hôtels (In Situ, le XIX, Imperator, Hôtel Particulier) et trois tables gourmandes (Pica Pica, Calice, Cocci). En cuisine, une série de chefs expérimentés ont déjà accompagné l’aventure, se succédant à un rythme soutenu : on pense au MOF Fabien Lefebvre qui a supervisé les tables du groupe à leurs débuts, brièvement suivi par Lionel Levy (ayant depuis levé l’ancre vers l’ile de Bendor) ou après lui Stephan Paroche également demeuré très succinctement dans le giron du groupe. Outre la reprise en main et la supervision des différents concepts gourmands existants, l’arrivée du talentueux Hugo, débarquée avec Maxime Amiel, son ex second du Lucas Carton, fait également écho à l’ouverture fin 2027 du Château de Lignan, futur 5 étoiles à 7km de Béziers, avec spa, piscine et des ambitions gastronomiques en rapport. Nul doute que LJ Hôtels compte bien mettre à profit le talent de sa nouvelle recrue pour aller briguer une étoile au guide rouge.
Mathieu Croze, champion 2026 du Lièvre à la Royale
Thomas Menut et Maison Louis à la conquête de Boulogne
Les plaisirs d’Astair
Soda Thiam redémarre chez Eunoé




















