Les chuchotis du lundi : la nouvelle donne du Plaza Athénée, Julien Serri fête l’Italie à Neuilly, Eric Ling bistrotier magnifique, changement de « team » chez Martine, Anne-Sophie Pic redémarre à Paris à la Fondation Cartier, Romain Asselin disciple de Vigato à Troyes, « Gamin » nouvelle perle gastro de Saint-Nazaire, le championnat du monde 2026 de l’oeuf mayo, Norbert Tarayre à Versailles et à Lyon, Axel Morand chef d’orchestre du Carlton Cannes, Stéphane Dartois hôtelier gourmand à l’Intercontinal Marseille
La nouvelle donne du Plaza Athénée
Au Plaza Athénée, la grande table change de nom et de partition. Après l’épisode « Jean Imbert au Plaza Athénée », voici « La Grande Table du Plaza Athénée », avec Jocelyn Herland et Anthony Di Prospero aux commandes. Le décor, signé Rémi Tessier, demeure, entre patrimoine et modernité, mais la maison entend désormais revenir à une certaine idée de la grande cuisine française, celle qui va de Carême à Escoffier et assume sans complexe le service, le cérémonial et le grand spectacle. Le menu en six actes donne le ton. La langoustine, de belle taille, arrive pochée dans sa nage puis marinée, avec bisque, tartare, mayonnaise chaude et consommé corsé : tout l’art de décliner un produit sans lui faire perdre son identité. La brioche « Marie-Antoinette » au caviar Kasparian, jaune d’œuf coulant, condiment fenouil et crème d’oursin, joue ensuite les grands airs versaillais, avant que le turbot à la dieppoise, moules, crevettes et mousse au plancton, rappelle que la tradition française aime décidément les choses généreuses. Au Plaza, après quelques années placées sous le signe du chef-star, la maison veut donc remettre au centre non plus seulement un cuisinier, mais une grande table. Une nouvelle page s’ouvre, avec Carême et Escoffier dans les coulisses et, manifestement, quelques belles assiettes pour leur donner la réplique. Le moment des dessert avec la « part des anges » qui joue la partition de la vanille, sous une coque de sucre soufflé façon cannelé, avec riz au lait vanillé, riz soufflé, glace et gel à l’armagnac, puis une crêpe soufflée à la vanille, ou encore la variation sur le thème de la figue, -avec fontainebleau, tarte Ragueneau, glace à l’amande, sorbet à la figue rôtie et aumônière en gavotte, valent, à eux seuls, le voyage…
Julien Serri fête l’Italie à Neuilly
L’Italie, la vraie, celle qui chante dans l’assiette et ne se contente pas d’aligner trois tomates sur une burrata, ressuscite à Neuilly sous la houlette de Julien Serri. Star d’Instagram, champion du monde de la pizza, passé notamment chez Denny Imbroisi, formé à l’école hôtelière de Chamalières, le garçon n’a rien oublié de ses racines italiennes. Et les fait chanter chez Casa Cardito à Neuilly, à l’angle de la gourmande et commerçante rue Madeleine-Michelis. On avait déjà repéré le phénomène pendant le confinement, lorsqu’il nous bluffait avec ses pizzas de Magna à domicile : une pâte aérienne, savoureuse, précise, qui faisait presque oublier que le monde extérieur était alors prié de rester chez lui. Les magiques pizzas de Magna à domicile. Chez Casa Cardito, une chic trattoria moderne imaginée par le fondateur de la maison, Maxence Verrecchia, en hommage à son grand-père Riccardo, originaire de Cardito dans le Vallerotonda, village où il puise aussi ses racines, Julien Serri élargit le terrain de jeu. La pinsa Margherita, garnie de sauce tomate San Marzano DOP, mozzarella fior di latte, basilic frais et poivre de Kampot, arrive légère, croustillante, généreuse, avec cette élégance sans chichi qui fait les grandes choses italiennes. Puis vient un vitello tonnato tout en finesse, avant un mariage haricots verts craquants, fraises et burrata plus un filet d’huile d’olive qui pourrait sembler aventureux sur le papier et se révèle délicieusement évident dans l’assiette. On en reparle. Mais notez l’adresse qui ouvre tous les jours!
Eric Ling, bistrotier magnifique
Un moment de folie version bistrot, ou de bistrot version folie ? Chez Éric Ling au Gallia, dans le 11e. Éric, c’est le genre de garçon qui vous sert une tête de veau, une saucisse de Morteau, des frites maison et un Gevrey-Chambertin 1er cru sans avoir l’air de trouver la chose le moins du monde incongrue. Et il a raison : pourquoi faudrait-il choisir entre le petit salé et les grands crus ? La vie est trop courte pour les accords raisonnables. Ses parents sont originaires de Wenzhou et tenaient un restaurant chinois en banlieue, mais Éric Ling, passé au Train Bleu et qui tint jadis son premier bistrot à Aubervilliers, a visiblement passé assez de temps à fréquenter les comptoirs, les caves et les tables françaises pour en remontrer quelques spécialistes patentés du vignoble. Lauréat de la Bouteille d’Or 2025, il ne fait pas semblant : il aime les vins, les vrais, ceux qui ont du jus, du caractère, une histoire, et surtout ceux qu’on a envie de boire. Au Gallia, la cave n’est pas là pour décorer le mur derrière le zinc. La saucisse sèche de chez Conquet à Laguiole, la cecina de boeuf, l’œuf mayo relevé d’oignons rouges, les harengs pommes à l’huile, la terrine de campagne, la tapenade d’olives et le houmous sont de l’or en barre. Le genre de défilé qui ferait passer une table de régime pour une réunion de copropriété. Puis arrivent l’onglet sauce poivre, le petit salé aux lentilles avec poitrine fumée et Morteau, la tête de veau et la langue, avec frites maison, plus sa vive (et culottée) sauce tomatée. Sans oublier l’aligot de rigueur, comme dans un rade aveyonnais ! Un maestro du genre bistrot.
Changement de « team » chez Martine
On vous a déjà parlé de Chez Martine, rue de Longchamp. Ce modèle de bistrot 2026 revu à l’ancienne change de génération sans changer de décor. Banquettes rouges, comptoir de zinc, allure de bistrot de toujours : rien de révolutionnaire côté salle, mais la jeune équipe qui vient de reprendre les commandes entend bien réveiller le quartier. L’adresse appartient aux propriétaires du Petit Canon, dans le 17e, et affiche désormais une ambition simple : devenir le rendez-vous des copains qui aiment manger, boire et ne pas compter les coups de fourchette. Aux commandes, Vincent Ghyselen, 33 ans, passé par le groupe Moma et Les Marches chez les Dumant, anime la salle avec entrain. En cuisine, Théo Chedeau, 24 ans, ancien de Guy Savoy, joue une partition de bistrot gourmand qui ne mégote pas sur les classiques : fricassée de girolles à l’œuf poché, œuf mayo à l’huile fumée, pâté en croûte, raviolis du Royan au basilic et parmesan, filet de bœuf au poivre et frites croquantes, pintade au vin jaune et morilles, bouchée à la reine ou carré d’agneau persillé avec pommes Anna. Du solide, du généreux, du réconfortant, sans chercher midi à quatorze heures. On vous en reparle vite. A réserver ou à découvrir : les fameux cannelés maison revus façon profiteroles. Une tuerie véritable…
Anne-Sophie Pic redémarre à Paris à la Fondation Cartier
Romain Asselin, disciple de Vigato à Troyes
A Troyes, le Valentino, belle maisons à pans de bois avec son patio, change de mains et retrouve de l’ambition. À sa tête, Romain Asselin, qui a passé quinze ans auprès de Jean-Pierre Vigato et chez Disciples à Paris, redonne du relief à cette table troyenne de charme à fond de cour. À ses côtés, Rémi Gobinet, adjoint et sommelier en chef, veille sur la salle comme sur les flacons. En cuisine, le chef troyen Pascal Mananjara, originaire de Madagascar, apporte un parcours singulier, passé par l’Octave et l’Illustré à Troyes avant une expérience en Angleterre. Et l’on adresse un coup de chapeau à la jeune pâtissière Faima Ridjali, 22 ans, troyenne originaire de Mayotte, qui signe des douceurs pleines d’allant. Le tourteau se glisse dans une émulsion au lait de coco, poivre de Timut et œufs de truite, tandis que les couteaux de mer prennent des accents thaïlandais avec gingembre, citronnelle, curry et lait d’amande. Côté poissons, le turbot, poché puis grillé au curcuma, découpé au guéridon, arrive avec sa jolie et piquante sauce vierge, ses tomates cerises, pignons, herbes fraîches, échalotes confites et fleurs de câpres. La splendide cervelle de veau façon grenobloise joue, elle, la carte de la gourmandise canaille de haut niveau avec sa belle purée de pommes de terre, ses câpres, citron et croûtons. Et le homard se décline superbement en deux textures, corps nacré et pinces en tempura, avec panko, patate douce, chou pak choï et bisque. Pour finir, le soufflé au chocolat sans farine et sa chantilly non sucrée rend hommage à celui – iconique – de Jean-Pierre Vigato époque Apicius. En prime, un formidable service au guéridon sous la houlette du maestro Asselin…
« Gamin », la nouvelle perle gastro de Saint-Nazaire
Un événement gourmand à Saint-Nazaire : « Gamin », face au port, dans l’ancien « Skipper ». Charlotte et Bastien Guillochon, les patrons, affichent un sacré pedigree. Lui, d’origine corse, est passé avec Christophe Bacquié à La Villa de Calvi, chez Lasserre du temps de Jean-Louis Nomicos, avant de rejoindre Alain Passard à l’Arpège, où il reste trois ans. Il file ensuite huit ans chez Dan Barber, au Blue Hill at Stone Barns, dans l’Etat de New York (noté deux étoiles chez Michelin). Charlotte, elle, native de Paris, mais élevée à Saint-Nazaire, a fait ses premières armes chez Éric Guérin à la Mare aux Oiseaux de Saint-Jaochim en Brière, avant de rencontrer Bastien à l’Arpège, et de partir avec lui aux USA. Voilà pour les états de service. Mais le plus intéressant est dans ce qu’ils font aujourd’hui de ce beau bagage. Car à « Gamin », pas question de plaquer New York, Paris ou la Corse sur Saint-Nazaire. Le couple regarde autour de lui, travaille avec les producteurs du coin et compose une cuisine légumière, lumineuse, marine, terrienne, voyageuse, qui sait être sérieuse sans jamais se prendre au sérieux. Dès le petit matin, on peut venir y prendre son café et son petit déjeuner ; puis, au fil de la journée, la maison devient une vraie table, ouverte, vivante, chaleureuse, avec le port en ligne de mire. Et dans l’assiette, quelle fête ! Un pet de nonne au fromage de vache de la ferme du Bois Robert à Donges, une tomate en gaspacho avec pêche et moules, avant un bar escorté de brunoise de poivrons, tomates et concombre, un agneau façon mafé, avec borlotti, tomate, poivron, oignon confit. On passe de la Brière à la Méditerranée, de l’Afrique de l’Ouest à l’Italie, sans que jamais l’assiette ne perde son cap nazairien. Les légumes sont mis en avant sur la carte. Même bonheur au dessert avec la nectarine, meringue, poivron et glace tagète. C’est inventif sans être démonstratif, travaillé sans être maniéré, gourmand surtout. Bref, voilà un lieu qui donne envie d’accomplir le trajet Paris-Saint-Nazaire juste pour lui. A suivre de très près…
Le championnat du monde 2026 de l’oeuf mayo
Norbert Tarayre à Versailles et à Lyon
Septembre se révèle synonyme d’une actualité dense pour le bondissant Norbert Tarayre ! Le cuisinier animateur, star du PAF, longtemps figure des Bistrots Pas Parisiens notamment chez Saperlipopette et auteur prolifique de livres de cuisine et de recettes a, on le sait, su démocratiser avec brio l’offre gourmande du Prince de Galles. Au 1920, avec le culot et la franchise qu’on lui connait, il a relevé le pari d’imposer sa patte bistronomique dans ce chic refuge Art Déco de l’avenue George V, faisant mouche avec une formule sous la barre des 50€ et n’hésitant pas à encanailler son monde à coups de classiques de bistrot, céléri rémoulade, oeuf mayo et autre tête de veau. Voilà le natif du Val d’Oise qui s’apprête à se lancer à son compte en inaugurant sa propre table à Versailles dans l’animée rue Satory à quelques encablures du Château. Cela s’appellera tout simplement « la Table de Norbert » avec une ouverture prévue le 18 octobre prochain. Une adresse plus personnelle pour l’ex candidat de Top Chef 2012 qui promet encore de bousculer les codes et qui sait cultiver l’art de la surprise avec une cuisine annoncée comme « ni bistrot, ni brasserie, ni restaurant ». Deux salles et un bar à cocktail ponctueront ce nouveau fief dans la ville royale. En parallèle, le vif Norbert a également avec succès mis un pied dans la cité des gones, signant sur un mode bistronomique la carte du restaurant Brume à Lyon. Dans le 2e arrondissement, au touche-touche avec la Bourse, il mise ici sur le respect du produit, la créativité bien dosée et les associations réussies, alternant par exemple entre couplet autour du poireau avec algue nori, et oeuf mimosa, l’échine de porc cuite à basse température ou la mousse au chocolat chaud avec glace vanille, le tout à prix sages avec une formule à 29€ le midi et 49€ le soir.






















