Boulogne-Billancourt : razzia sur le Grisbi
À Boulogne, voilà une adresse qui annonce la couleur dès l’enseigne. Et l’on s’attend à des éclats de rire, une atmosphère canaille, un joyeux foutoir de comptoir. La réalité est plus sage, mais l’intention est là, sincère, portée par deux copains gourmands, Constantin Hunault et Antoine Detroyes, qui ont travaillé jadis en Guadeloupe. À eux deux, ils ont 63 ans et l’envie évidente de créer un repaire de bons vivants dans un ancien café d’angle sans âme, transformé avec entrain.
L’enseigne rend hommage au classique du roman noir « Touchez pas au Grisbi » d’Albert Simonin, popularisé au cinéma sous le même titre par Jacques Becker à la mise en scène et Jean Gabin alias « Max le menteur » en malfrat de grande classe, plus René Dary en looser maudit et Paul Frankeur en patron de boîte – une référence qui fleure bon les dialogues à l’ancienne et les trognes de comptoir, plus l’immortelle musique de Jean Wiener. Sur le papier, tout y est : l’esprit bistrotier, la camaraderie, et une carte qui coche les cases du genre avec application.
Dans l’assiette, ça déroule sans accroc. L’œuf mayo aux herbes, twisté de crème et d’un croustillant de petits pois, ouvre le bal avec fraîcheur. Les asperges vertes façon mimosa jouent la saison sans chichi. Les escargots de Bourgogne arrivent bien beurrés comme il faut, tandis que le pâté en croûte – signé d’un atelier reconnu – s’accompagne de perles de légumes, histoire d’alléger la conscience.
Les classiques tiennent la route : tartare de bœuf bien taillé et assaisonné (même si on a omis de vous demander si vous le vouliez « relevé » ou non), frites maison honnêtes, suprême de volaille jaune des Landes nappé d’une sauce aux morilles ou à l’estragon, faux-filet sauce moutarde et pomme purée sans mauvaise surprise.
C’est bon, net, sans folie, mais proposé avec sérieux. Côté douceurs, la mousse au chocolat aux noisettes torréfiées, présentée en fines quenelles (trois, et non en terrine comme on s’y attendrait) fait le job avec gourmandise. L’île flottante reste dans les clous, et la tarte(lette) citron meringuée apporte la touche acidulée attendue.
Côté boissons, la sélection joue la carte du plaisir accessible : un chardonnay du Sud-Ouest côté cahors signé Lagrezette et dit « petite merveille » (mais qui usurpe un peu son appellation), un brouilly « facile » de Richard Rottiers à Romaneche-Thorins ou un fleurie signé Jean-Paul Brun, sans omettre, in fine, une collection de « digeos » de qualité : vieille prune de Souillac, liqueurs signées De Michellot de notre copain Yoann Collot alias « Dose de France », sans omettre un whisky français qui intrigue, griffé Benjamin Kuentz à Paris 7e, rue de Bellechasse, plus une liqueur de sapin, la belle Gnôle, élaborée avec la distillerie Guy de Pontarlier qui plaira aux amateurs de notes alpines.
Alors, rigolo ? Pas tant que ça. Sympathique, oui. Accueillant, assurément. On sent une envie de bien faire, de créer un lieu où l’on se retrouve entre amis, sans prétention. Il manque sans doute encore ce petit grain de folie, ce supplément d’âme qui ferait vraiment décoller l’ambiance au niveau de la promesse de l’enseigne, du décor pierres (au mur) et bois(tables) plus banquettes, sans omettre affiche du film inspirateur.
Mais pour un bistrot de copains qui démarre, l’essentiel est là : de la générosité, une carte lisible, et l’envie de faire plaisir. Le reste viendra peut-être… avec le temps et quelques verres en plus.
Le Grisbi
29 Av. Jean Baptiste Clement
92100 Boulogne-Billancourt
Tél. : 01 86 04 79 12
Fermeture hebdo. : dim. soir, lundi.
Carte : 40-60 €.
Métro (proche) : Boulogne-Jean-Jaurès.
Site : www.legrisbi-boulogne.fr

















