Les chuchotis du lundi : Saint-Anne-d’Auray ou Larvoir City, Mosconi la table italienne magique qui vaut le voyage à Luxembourg, le retour des Defever à Malestroit, Benjamin Patou rachète l’Auberge Bressane et le Lucas Carton, Gourcuff, Capton et Niel s’offrent Lily Wang, Fabrice Moizan nouveau directeur du Bristol, Zia prend ses quartiers à la Sivolière de Courchevel, les malices de Valentin Biseul à l’Epi 1959, Casa Amor s’agrandit avec Casita
Saint-Anne-d’Auray ou Larvoir City
Il y a papa Jean-Luc et maman Françoise, bretons de Vannes et de Lorient, qui se rencontrèrent à Carnac, lors d’une saison estivale. Ils créeront l’Auberge à Sainte-Anne-d’Auray en 1983. Ils recevront le pape dans la voisine basilique en 1996. Puis étendront leur empire dans cette cité morbihannaise fameuse pour son miracle et son pardon. Les deux filles, Sandrine et Claire, reviendront à la maison, avec leurs fiancés. Ils créeront, tour à tour, leurs univers. Il y a aujourd’hui les maisons Glenn Anna : l’Auberge, table gastronomique de haut niveau – même si le Michelin tarde encore à la couronner d’une étoile – , dirigée par Claire et son mari auvergnat Julien Doupeux – ils se sont rencontrés tous deux chez les Marcon à Saint-Bonnet-le-Froid –, l’Auberg’ine, bistronomique et un brin canaille avec ses clins d’œil aux maximes gourmandes et aux abats, sous la houlette de Sandrine et Nicolas Legrand – lui, natif des Ardennes, élevé dans l’Hérault, et ils se sont tous deux croisés et plus entre vallée de l’Orb et Minervois –, enfin les Tokés du 20, cave à manger, bar à vin et bistrot tradi, sous la gouverne de papa Jean-Luc, tandis que maman Françoise veille toujours sur l’hôtel de l’Auberge. On n’oublie pas le fiston Alexandre qui fait carrière à Paris, dirigeant la salle du trois étoiles d’Arnaud Donckele, Plénitude au Cheval Blanc. La sainte famille ! Il faut voir cette petite ville de pèlerinage comme une sorte de « Larvoir City » bretonne, comme un clin d’œil aux Troisgros de Roanne et d’Ouches. Ici, le nom des Larvoir est partout. Il est devenu une enseigne, une signature, presque une institution locale. Les uns règnent sur les fourneaux, les autres sur la cave, la salle ou l’hôtellerie, chacun avec son caractère, sa spécialité, son domaine réservé, mais tous avec le même esprit de famille et le même goût de recevoir. Les anciens ont transmis plus qu’une maison : une façon de vivre, une passion du métier, une idée du partage. Les gendres sont devenus disciples éclairés. Entre la basilique, les pèlerins, les habitués et les gastronomes venus de loin, Sainte-Anne-d’Auray s’est transformée en un étonnant royaume familial où l’on passe naturellement d’une table gastronomique à un bistrot de copains, d’une cave bien fournie à un hôtel douillet. Les dynasties existent encore en Bretagne. Celle des Larvoir en apporte la preuve éclatante. Et l’on se dit, en souriant, qu’à Sainte-Anne-d’Auray, les miracles ne sont décidément pas tous du passé…
Mosconi la table italienne magique qui vaut le voyage à Luxembourg
Ils tiennent, on le sait, « la » grande table italienne hors d’Italie et valent, à eux seuls, le voyage à Luxembourg. Ilario et Simonetta Mosconi règnent depuis plus de trente ans sur leur élégante demeure du Grund, au pied de la Pétrusse, dans ce quartier historique aux allures de village. On y vient pour l’accueil chaleureux, le raffinement tranquille du lieu et cette manière très personnelle de célébrer l’Italie avec panache. Le décorum maison , bien sûr, a du chic, avec sa mise de table hors norme, sa belle verrerie, ses nappes en lin. Mais la cuisine suit et la précède ! Le Michelin a joué souvent au yo-yo avec cette maison unique – lui accordant une étoile (depuis 1997, à l’époque de Domus, à Esch-sur-Alzette), puis une seconde en 2007 jusque 2014, avant de la remettre en 2017 puis de l’enlever à nouveau deux ans plus tard. Incompréhensible ? Peu importe. Dans nos cœurs, le festival vaut trois étoiles. Car rares sont les tables capables de décliner les saveurs de la Botte en général et celles des pâtes en particulier avec autant de grâce, d’intelligence de justesse et de gourmandise. On rappelle, pour la petite histoire, qu’Ilario est originaire de Lombardie et Simonetta des Marches, mais qu’en voyageurs intrépides, ayant tout vu et tout étudié ailleurs, ils savent emprunter à toute l’Italie, de Calabre en Piémont, en passant par la Toscane et la Sicile, le sens des saveurs justes, de ses inspirations maritimes ou végétales, légères et rustiques-chics, avec des produits cherchés en direct ici et là. Les mises en bouche, exceptionnelles, résument, en deux temps, l’esprit de la maison : sandwich glacé au parmesan et citron confit, cannoncino garni de foie de volaille, crème de truffe blanche et câpre caramélisée, cracker beurre-anchois, exquise polpettina de cabillaud façon brandade présentée en tempura à la ricotta fumée et mayonnaise au basilic, coussin de pappa al pomodoro à la mozzarella et gel de basilic, brioche aux champignons et parmesan, grissino au lard de Colonnata. Que du bonheur ! Comme la variation autour de la tomate avec ricotta di bufala, petits pois et sorbet tomate. Avant le festival de pâtes : la salade tiède de spaghetti au caviar, hommage au grand Gualtiero Marchesi, comme un clin d’oeil à l’artiste futuriste Marinetti, les linguine aux sardines marinées et huile d’olive citronnée, les ravioli à la ricotta, pecorino et parmesan les fusilloni aux asperges, morilles, lard de Colonnata et vinaigrette à la truffe noire, les cappelletti au ragoût de chevreau relevés d’une crème de menthe, si gourmands, avant les superbes spaghetti à la guitare à la tomate de Corbara et mozzarella di bufala qui rappellent que la simplicité est souvent la plus grande des élégances. Les desserts se montrent aussi inventifs que savoureux : glace aux câpres, caviar et pistaches concassées, fraises aux olives confites, huile de vanille, roquette et glace basilic, avant un beau travail autour du chocolat, du crémeux et de la noisette du Piémont. Bref, voilà une adresse d’exception, intemporelle et généreuse. Le meilleur italien du monde hors d’Italie ? Si vous en connaissez un autre on arrive…
Le retour des Defever à Malestroit
C’est une halte comme on les aime au cœur du Morbihan rural. À Malestroit, classée parmi « les petites cités de caractère », le Corps de Garde, superbe auberge du XVe siècle, a retrouvé une âme grâce à Emmanuel et Jacqueline Defever, que l’on connus jadis à Vannes, chez Terroirs, dans le quartier de Saint-Patern. Ancien sommelier du Fat Duck, le trois étoiles d’Heston Blumenthal à Bray-on-Thames, Emmanuel Defever a gardé de ses années anglaises le goût du vin juste et de la bouteille choisie. Il a composé une carte éclectique que complète l’ardoise du jour, riche et pleine de bonnes surprises, avec des tarifs particulièrement sages et un joli choix au verre. Pendant ce temps, son épouse Jacqueline, longtemps maîtresse de salle et de l’accueil, s’est mise avec conviction derrière les fourneaux. Autodidacte passionnée, cette Vannetaise revendique son terroir avec sincérité et propose une cuisine franche, précise et généreuse. Les menus, qui débutent à 23,50 €, constituent de véritables aubaines. On succombe vite au charme pittoresque de cette demeure ancienne, avec ses pierres apparentes, son premier étage, sa terrasse sur l’arrière, sa salle douillette, son comptoir accueillant, sa cheminée qui donne des allures de maison de campagne d’autrefois. Bref, un cadre qui respire la Bretagne authentique et sans chichi. Salade d’andouille, terrine de campagne, féta et concombre, saumon aux nouilles soba ou dorade au safran ne donnent que du bonheur à prix doux.
Benjamin Patou rachète l’Auberge Bressane et le Lucas Carton
On a cru un temps qu’il lâchait du lest avec la cession de son Moma Group et de ses 36 restaurants à Walter Butler conclue l’été dernier. Serial entrepreneur et pionnier de la restauration festive en France, Benjamin Patou, qui vient de publier son émouvant « Itinéraire d’un enfant raté » chez Fayard se révèle en réalité plus conquérant que jamais. Avisé, l’homme d’affaires avait alors pris soin de conserver dans son escarcelle deux maisons de coeur regroupées sous la bannière « Lapérouse Holding » : Lafayette, théâtre des envolées chics et créatives de Mory Sacko rue d’Anjou et bien sûr Lapérouse et ses salons historiques sis face à la Seine. Un socle annonciateur d’une collection et d’une ligne plus patrimoniales où l’entreprenant Benjamin montre qu’il n’a en rien perdu le sens des affaires. Depuis un an, le voilà qui place méthodiquement ses pions dans les adresses les plus mythiques de la capitale. Après la renaissance de Prunier orchestrée avenue Victor Hugo avec son ami et associé Antoine Arnault et l’acquisition imminente du Relais Louis XIII, fief du truculent Manuel Martinez qui ne devrait pas tarder, le fortiche Benjamin réalise deux coups de maitre coup sur coup. Il vient d’abord de finaliser le rachat de l’Auberge Bressane à la famille Dumant qui était en négociation depuis le début d’année. Et double la mise place de la Madeleine où il fait passer dans escarcelle le légendaire Lucas Carton racheté à la famille Vranken qui veillait sur cette perle Art Nouveau avec ses boiseries signées Louis Majorelle depuis presque trois décennies. Une demeure qui résonne bien sûr à l’unisson de la légende du maestro Alain Senderens qui y laissa son empreinte et réinventa l’art des accords mets/vins. Ayant succédé à Julien Dumas, le jeune Hugo Bourny s’illustrait dernièrement avec brio pour le compte des Vranken avec une partition précise, tant végétale que marine auréolée d’une étoile. En faisant sienne cette table qui attirait de longue date les convoitises (on sait notamment qu’Alain Ducasse avait tenté à plusieurs reprises de se positionner pour un rachat), Benjamin Patou montre que ses ambitions en matière de belle restauration sont plus que jamais intactes.
Gourcuff, Capton et Niel s’offrent Lily Wang
Alors que son éternel rival Benjamin Patou se remet brillamment en selle avec une série d’acquisitions de premier ordre (Relais Louis XIII, Lucas Carton), Laurent de Gourcuff ne perd pas le nord. Dans la foulée de son dernier coup d’éclat en date, le rachat et la mue du Grand Véfour réinventé sur un mode plus bistronomique et brasserie chic sous l’égide de Bruno Doucet, le fondateur et PDG de Paris Society s’associe avec Xavier Niel et Pierre-Antoine Capton pour mettre la main sur une institution chic et discrète du 7e. A deux pas des Invalides, le trio de businessmen vient en effet de faire l’acquisition de Lily Wang, temple très glamour de la cuisine chinoise à Paris, fameux pour ses dim-sum en folie, son ambiance feutrée au parfum d’ex Indochine, son service policé et gracieux et sa décoration signée Jacques Garcia. Un QG déjà prisé du show-bizz et des célébrités qui offre en prime l’avantage d’être situé pile sous les fenêtres du siège de Mediawan, groupe audiovisuel de Pierre-Antoine Capton qui achève ainsi d’en faire une bien jolie cantine pour ses équipes. Assortiments de nems vietnamiens, festival de dim-sums, bar vapeur à la Cantonnaise ou porc laqué au caramel tiennent toujours le haut du pavé tandis que le nouveau trio aux commandes impose déjà sa vision en matière de décor et d’ambiance suivant les préceptes éprouvés de Paris Society. La terrasse agrandie s’est ainsi doublé d’un chic bar de nuit promis, on s’en doute, à vite devenir le RDV à la mode des producteurs comme de la belle société du coin.
Fabrice Moizan, nouveau directeur du Bristol
Zia prend ses quartiers à la Sivolière de Courchevel
Les malices de Valentin Biseul à l’Epi 1959
Casa Amor s’agrandit avec Casita



















