Les chuchotis du lundi : le Gabriel ferme à Bordeaux, Nicolas Seibold le neuf maestro du Vaucluse, la Roue gourmande de l’Isle-sur-Sorgue, Benjamin Patou « l’enfant raté » qui a réussi sa vie, Lotta la table joueuse de Charlotte Béreau, le palmarès 2026 des palaces, la nouvelle donne du Donjon Saint-Clair à Etretat, la Cheese & Bordeaux Wine Week arrive en novembre, Xavier Burelle à l’Hôtel des Roches Rouges
Le Gabriel ferme à Bordeaux
Coup de théâtre sur la scène gastronomique bordelaise subitement amputée de l’un de ses acteurs les plus flamboyants. Au Gabriel, cette perle néo-classique majestueusement logée sur la place de la Bourse et dont « l’Observatoire » est toujours auréolée de deux macarons, tous les voyants semblaient au vert. Mais la demeure où l’on connut jadis le Bocuse d’Or et MOF François Adamski, reprise, patinée et pilotée depuis sept ans par la famille de Boüard, propriétaire d’Angelus a contre toute attente annoncé sa fermeture, la recherche d’un repreneur et la fin d’une ère. Le départ de Bertrand Noeureuil, artisan des deux étoiles obtenues en 2025, qui avait succédé à Alexandre Beaumard et a depuis pris ses quartiers au George V, aura sonné le premier signal d’alarme. Un vide aux fourneaux contraignant les de Boüard à la tâche difficile de lui trouver un remplaçant du même pedigree au pied levé. Mais ce brusque séisme résulte aussi de plusieurs facteurs tenant tant à la baisse momentanée du tourisme à Bordeaux qu’à la difficulté d’atteindre la rentabilité dans cet emplacement de prestige. Les importants investissements entrepris à l’ouverture pour la rénovation de la table gastronomique, du bar et du bistrot, triptyque structurant l’offre des lieux, auront notamment pesé lourd sur les comptes avec une dette et des emprunts évalués à plusieurs millions d’euros par nos confrères de Sud-Ouest. Alors que la crise qui secoue actuellement le vignoble bordelais affecte également ses acteurs les plus prestigieux, cette cession revêt, bien sûr, une dimension stratégique pour les propriétaires d’Angelus qui privilégient ainsi un recentrage en direction de leur fief historique et fleuron viticole de Saint-Emilion mais aussi du Logis de la Cadène, cette auberge de charme millésimée 1848 où le jeune Thibaut Gamba, vosgien de Neufchâteau ex étoilé à Lille au Clarance et qui a transposé ici ses belles idées comme son savoir-faire, démontre un talent certain lui ayant valu l’onction d’une étoile très méritée l’an passé.
Nicolas Seibold le neuf maestro du Vaucluse
Garrigue ? La perle gourmande d’Ansouis et l’une des jolies découvertes du moment dans le Vaucluse côté sud Luberon. À Ansouis, dans ce qui fut jadis la demeure d’Olivier Alémany (la Closerie), un jeune couple tendance qui n’a pas 65 ans eux a créé un cadre élégant et apaisé. Leur « Garrigue » joue la carte d’une Provence contemporaine, inspirée et subtile. À l’accueil, la souriante Clémence Bellemin veille avec grâce au bien-être des convives. En cuisine, Nicolas Seibold impose déjà une signature personnelle particulièrement séduisante. Ce Niçois trentenaire, qui a fait ses classes auprès dans des quelques maisons prestigieuses – au Négresco avec le MOF Jean-Denis Rieubland, chez Flaveur avec les frères Tourteaux, tous deux dans sa ville natale, puis chez Christian Têtedoie à Lyon – , a tiré de ces expériences prestigieuses le goût du produit juste, de la technique maîtrisée et de la créativité sans démonstration. Le principe ? Des menus surprise qui racontent la Provence d’aujourd’hui. Parmi ses mises en bouche aussi ludiques que savoureuses, on saluera le très remarquable croque de truite de l’Isle-sur-la-Sorgue au condiment d’ail noir, qui réinterprète avec talent le fameux biscuit de brochet d’Emmanuel Renaut. Mais sa tartelette aux oignons doux des Cévennes et truffe d’été du Var, sa socca croustillante au crémeux de pois chiche de Mallemort et olives du Castellet, comme sa variation sur le thème des tomates qui se déclinent en gaspacho, sorbet à la menthe et version nature avec concombre givré valent tous et toutes le voyage gourmand à Ansouis.
La Roue gourmande de l’Isle-sur-la-Sorgue
Au cœur du bel hôtel Isle de Leos, géré par MGallery Collection, la table gastronomique dite « La Roue » s’impose comme l’une des belles surprises gourmandes de la Provence actuelle. Aux commandes des cuisines, Yon Masurel, basque trentenaire, passé notamment en Angleterre au Walton Hall de Warwick, dans sa région natale au domaine Ostapé de Bidarray sous le sceau d’Alain Ducasse, enfin au Vieux Logis à Trémolat en Périgord Noir, auprès du MOF Vincent Arnould, avant de devenir chef privé sur des bateaux de luxe à Cannes, signe ici une partition élégante, haute en goût, précise et inspirée, bâtie sur des produits choisis avec soin et traités avec une remarquable finesse. Ses morceaux de bravoure ? L’ajo blanco relevé d’un gel de Picon et d’un pesto à l’ail des ours annonce une cuisine créative et piquante, sans esbroufe mais marquée avec audace. Les tomates de Provence en gelée, escortées d’un caramel acidulé de tomate, d’un gel basilic et d’un sorbet tomate verte à l’estragon du Mexique, constituent un petit modèle d’équilibre estival. Côté mer et Méditerranée, le bien joli denti nacré, accompagné de fleurs de courgettes et d’une fine farce d’herbes dans un velours de salicornes, impressionne par sa délicatesse. Quant au canard de Barbarie cuit sur le coffre, servi avec navet violet au foin, cerises rôties et jus acidulé, sa brillante rôtie au foie gras, il révèle une maîtrise technique de premier ordre. On en reparle vite !
Benjamin Patou « l’enfant raté » qui a réussi sa vie
On connaissait Benjamin Patou en entrepreneur de la nuit, patron du Moma Group, restaurateur avisé et homme d’événements. On le découvre écrivain sincère et conteur sensible avec Itinéraire d’un enfant raté, des mémoires en forme de clin d’œil appuyé à Claude Lelouch, qui signe la préface et dont les films inspirent tous les titres des chapitres. Les Uns et les Autres, Attention Bandits !, Un homme et une femme : toute une bande-son cinématographique accompagne ce récit à la première personne. Le livre raconte le parcours d’un homme de 48 ans marqué très tôt par la disparition de sa mère, mauvais élève revendiqué, qui préfère les platines aux salles de classe et devient DJ pour faire danser les copains. Peu à peu, l’amuseur se transforme en entrepreneur, bâtissant pierre après pierre un empire festif et gastronomique. Mais le cœur du récit n’est pas celui d’une réussite sociale : c’est celui d’une métamorphose humaine. Sa rencontre avec Émilie bouleverse son existence. Par amour, il change de vie, trouve un autre équilibre et poursuit son chemin avec une maturité nouvelle. Parmi les pages les plus savoureuses figurent celles consacrées à ses démêlés avec son « meilleur ennemi », Laurent de Gourcuff. Rivalités, coups bas, réconciliations et rebondissements composent un véritable thriller mondain, raconté avec franchise et humour. Puis vient le temps de l’introspection. Les voyages en Inde, les marches sur les chemins de Saint-Jacques-de-Compostelle, la quête intérieure prennent le relais des nuits parisiennes. On découvre alors un autre Benjamin Patou : moins homme d’affaires que voyageur de l’âme, chaleureux, généreux, parfois blessé, toujours sincère. Ce récit vif, sans pose ni fausse modestie, se lit comme un roman d’apprentissage contemporain. Il révèle derrière le businessman médiatique un aventurier sensible, capable de se raconter avec tendresse et autodérision. Une belle surprise, et un portrait d’homme plus complexe et attachant qu’on ne l’imaginait.
Lotta, la table joueuse de Charlotte Béreau
Lotta ? La toute neuve maison, proche du Palais Royal, au coeur de Paris, signée de Charlotte Béreau, 32 ans, ex-directrice du Cristal Room Baccarat période Olivier Maurey et de Prunier à l’époque Yannick Alléno, héritière d’une lignée d’aubergistes d’Olivet dans le Loiret. Dans ce lieu chic et chaleureux aux tons rouges et bruns, inspiré du design italien et déployé sur plusieurs niveaux, elle a créé un restaurant à son image : vivant, élégant, convivial. En cuisine, le jeune Thomas Rigolot, formé à l’école Ducasse de Meudon et passé par l’univers Vivant/Deviant, alias @monsieureustache sur insta, orchestre avec une belle sûreté technique une partition réjouissante où les traditions françaises et italiennes se donnent la réplique avec entrain. On démarre ainsi avec une fine tartine à la tomate datterino et stracciatella aux airs de pizzette, toute en fraîcheur, avant de succomber aux délicates fleurs de courgettes farcies à la ricotta. Les pâtes, cuites al dente, eh oui (comme les trofie à la joue de bœuf qui jouent la carte du réconfort gourmand avec une belle profondeur de saveurs, tandis que les spaghetti à l’encre et calamars relevés d’harissa apportent un souffle méditerranéen plus épicé) forment un bien joli chapitre. Et les plats à partager donnent envie ici de venir entre copains ou en famille. Coup de chapeau à la volaille normande rôtie escortée de petits pois à la française et de lardons. On en reparle vite !
Le palmarès 2026 des palaces
La nouvelle donne du Donjon Saint-Clair à Etretat
Près des falaises escarpées d’Etretat, le Donjon Saint-Clair continue de se réinventer sous la houlette d’Omar Abodid. Après une période tourmentée ayant vu une série de chefs se succéder (dont Gabin Bouguet et Rodolphe Pottier) la demeure qui garde son âme artiste avec ses chambres toutes singulières en hommage aux personnalités, artistes et écrivains, fait évoluer son casting aux fourneaux en se payant le luxe de deux chefs pour le prix d’un. Déjà présent depuis l’été dernier, le jeune Killian Allain, qui a fait ses armes avec Rodolphe Pottier à Rouen, partagera désormais l’affiche et les pianos avec Yannic Stockhausen, natif d’Hambourg qui décrocha une étoile chez CRODO à Berlin avant d’enchaîner les pop-ups pour finalement s’arrimer ) la station chère à Maurice Leblanc. Avec l’ambition de faire briller à nouveau l’étoile que la demeure détint pendant quatre ans, ils composeront un récital complice à quatre mains puisant dans le terroir normand et les malices de la saison. Illustration avec la langoustine mariée à l’oseille et au petit pois, l’agneau normand en deux cuissons et encanaillé d’artichaut ou la gourmande issue imaginée autour du chocolat Guanaja associée à la liqueur Bénédictine. Autant de signaux de la renaissance gourmande de cette halte phare de la station.
La Cheese & Bordeaux Wine Week arrive en novembre
Avis aux mordus de vins et fromages, la Cheese & Wine Week, créée et affinée avec soin par le RP épicurien Jean-François Hesse, signe son grand retour du 1er au 15 novembre prochain. Deux semaines gourmandes et festives qui agiteront de nouveau tout l’Hexagone pour fêter ces deux emblèmes de notre gastronomie et tous leurs mariages. Cette 9ème édition se paye à nouveau le luxe d’un quatuor de parrains d’exception parmi lesquels Thomas Boullault chef étoilé de l’Arôme (Paris 8e), Paolo Basso meilleur sommelier du monde 2013, les frères Marchand, stars fromagères de Nancy, le truculent Pierre Arditi sans oublier le soutien des Maitres Restaurateurs qui mijoteront plats signatures et accords de choix partout en France. Côté liquides, les Vins de Bordeaux et leurs 37 appellations tiendront cette année le haut du pavé prêtant le nom de la cité de Montaigne et du plus fameux vignoble du monde à la manifestation qui devient la « Cheese & Bordeaux Wine Week ». Mais le comté Juraflore et l’AOP Bleu d’Auvergne seront également aux premières loges d’une kyrielle d’animations et de dégustations prenant place dans les bistrots, brasseries, hôtels et cavistes partenaires. Et comme l’entreprenant Jean-François Hesse a a coeur de faire rayonner ces deux icônes tricolores hors de nos frontières, la manifestation poursuit une tournée internationale engagée l’an passé avec, du 5 au 17 octobre, une édition bruxelloise parrainée par Eric Boschman et le chef Christophe Hardiquest suivie d’un retour outre-Atlantique à New-York et Philadelphie du 9 au 22 novembre. Pour en savoir plus, cliquez là.
Xavier Burelle à l’Hôtel des Roches Rouges
Posé face à la Méditerranée sur le relief escarpé de l’Estérel, l’hôtel des Roches Rouges joue les haltes de charme à Saint-Raphaël. Perle du groupe Beaumier, ce cinq étoiles avec son architecture minimaliste, ses jardins et sa piscine intérieure creusée dans la roche vient de s’offrir une recrue de choix aux fourneaux avec l’arrivée de Xavier Burelle. Ce briscard aguerri a notamment fait ses classes à Hôtel du Cap-Eden-Roc, au Four Seasons Hotel George V puis au Plaza Athénée avant de remettre le cap au Sud d’abord au Castellet avec Christophe Bacquié, avant de pérenniser l’étoile du Mas des Herbes Blanches et de s’illustrer au Mas Candille. Cet auvergnat discret et fortiche que l’on vit encore il y a peu à l’Hôtel Amour de Nice mène désormais la danse dans les trois tables de l’hôtel, veillant tant sur les plaisirs chics et ensoleillés de la Piscine, la formule plus intimiste du Ponton, où le dîner évolue selon les envies du chef et les retours de marché sans oublier les malices méditerranéennes de l’Estello, où la terrasse séductrice se fait le théâtre d’une cuisine marine voguant sans oeillères vers une Grand’ Bleue à perte de vue. Le vif Xavier y délivre une partition iodée, solaire et bien dans le ton, régalant son monde à coups de crudo de loup avec straciatella et poutargue râpée, de poulpe à la braise avec purée de fava, de belles sardines grillées à la gremolata, escortées de courgettes violons à l’ail avant la douceur d’une Tropézienne maison ou du parfait glacé aux fraises du pays avec rhubarbe confite au sureau. A suivre de près !




















Surprise et tristesse pour la disparition du Gabriel…