Les chuchotis du lundi : Philippe Etchebest joue « Le Classique » à Bordeaux, Gilles Goujon échappe aux flammes, Breizh Café s’installe à Dinard, Franck Lapôtre fait son retour vosgien en pizzaiolo chic, Esteban Salazar lance Finka à Paris, la nouvelle donne des Sources de Cheverny, Laurent de Gourcuff ouvre Pompon au Palais Brogniart, l’envol du Bar des Artistes à Monaco, la Coupe du Monde des Chefs à Domicile

Article du 18 août 2025

Philippe Etchebest joue « Le Classique » à Bordeaux 

Philippe Etchebest © GP

 

Sa Maison Nouvelle brille désormais de deux étoiles tandis qu’entre brasserie (très) gourmande et table d’hôtes intimiste, son Quatrième Mur fait le plein au sein du majestueux Opéra National. Sans compter ses créations flirtant avec street food et terroir et proposées depuis un an sous la bannière Signature en « dur » (allées de Tourny) comme en ligne. Pas de doute, Philippe Etchebest s’affirme comme un infatigable artisan du renouveau de la scène gastronomique bordelaise. Voilà le chef le plus médiatique de France, star du jury de Top Chef et de Cauchemar en Cuisine qui mijote un retour aux sources aux jolies effluves de tradition. Son dernier projet ? Béret vissé sur la tête, il l’a annoncé sur Instagram  à ses quelques 1,3 millions de followers. Dans le quartier de la Bourse avec ses ruelles pittoresques, il ouvrira dès cet automne « le Classique ». Un nom sans équivoque et annonçant le programme du MOF basque qui souhaite ici remettre à l’honneur beaux gestes, services au guéridon, goût d’antan et grands classiques de la gastronomie française. Près de la Place du Parlement dans ce qui fût jadis l’Embarcadère avec cadres aux murs, plateaux de fruits de mer et banquettes de cuir vert, soupes en croûte, gratin de macaroni, canard à l’orange découpé en salle mais aussi crêpes Suzette et soufflé au Grand Marnier auront tous le droit de cité. Une belle corde supplémentaire à l’arc du maestro Etchebest qui promet ici un véritable retour dans le temps !

Gilles Goujon échappe aux flammes

Gilles Goujon © DR

 

Miracle à Fontjoncouse ! En son auberge du Vieux-Puits, Gilles Goujon était aux premières loges du dramatique incendie qui a ravagé le pays audois, brulant 17 000 hectares et déjà considéré comme l’un des pires du siècle. Alors que le MOF séjournait sur la côte avec son épouse Marie-Christine, il suivait pas à pas à distance la progression inexorable de la catastrophe vers le fruit du labeur de trois décennies et la glorieuse maison fraichement transmise à ses fils Axel et Hugo. Comme un coup de la Providence et avec l’aide des pompiers, le feu s’est arrêté « in extremis » à seulement quelques mètres des portes de son auberge trois étoiles, balayant tout de même potagers, jardins et tous les bâtiments environnants. De retour au pied levé dans son village sinistré, toujours privé d’eau et d’électricité après une évacuation en urgence, le MOF ne s’est pas laissé abattre, préparant d’arrache pieds une kyrielle de plats de lasagnes pour entretenir le courage des soldats du feu et saluant le « travail remarquable des secours« . Montrant l’exemple avec un courage sans faille, concédant ses pleurs sans pudeur aux plateaux et journalistes, il a réouvert sans tarder sa glorieuse auberge pour être au rendez-vous du 15 août , déclarant qu’il fallait désormais « s’unir pour reconstruire ce beau pays ». Chapeau Monsieur Goujon et pensées à toutes les victimes et les professionnels touchés par ce terrible incendie.

Breizh Café s’installe à Dinard 

Breizh Café à Dinard © DR

On vous parlait il y a peu de sa dernière ouverture parisienne au coeur du village d’Auteuil. Apôtre du sarrasin, docteur ès galettes et crêpes, Bertrand Larcher a brillamment conquis le Japon et essaimé plus vite que son ombre dans tout Paris, d’Odéon à Passy. Mais ce serial entrepreneur ne compte pas s’arrêter là. Alors qu’il organise une exposition dédiée aux céramiques et arts nippo-bretons dans sa galerie malouine de la rue de l’Orme (abritant déjà son restaurant et son épicerie), que sa ferme de Saint-Coulomb se met à l’heure d’été entre apéros et animations au milieu des plants de sarrasin et qu’il s’apprête à publier un ouvrage dédié au cidre aux éditions de la Martinière (ce sera pour septembre), voilà cet artiste de son registre qui continue de consolider son implantation bretonne autour de son fief de Cancale où tout a débuté. En lieu et place de la pizzeria Santa-Lucia, il ouvrira dès cet automne un nouveau Breizh Café à Dinard se prévalant d’une belle terrasse et d’un emplacement de premier choix face au Casino Barrière. Galette à la langoustine, roll à l’araignée de mer de Saint-Malo ou huîtres Saint Kerber feront le bonheur des vacanciers comme des résidents. Un clin d’oeil au parcours de cet enfant du pays formé au lycée hôtelier local, mais aussi un pas stratégique dans cette station balnéaire phare de la Côte d’Emeraude qui portera le voilage de l’empire Larcher à 22 unités entre Paris, Cancale et Tokyo.

Franck Lapôtre fait son retour vosgien en pizzaiolo chic

Franck Lapôtre et sa « caprese » © GP

Et si la meilleure pizza de France était proposée à Saulxures-sur-Moselotte, au coeur des Vosges et à deux pas de la station du Ventron, chez Franck Lapôtre et Linda Moreira. Le lieu est simple, accueillant sans histoire, avec sa belle terrasse d’été non loin des ruines du château local – d’où le nom du lieu. Les produits sont d’exception, servis généreusement et avec minutie par un pro du genre, rallié à la cuisine italienne après moult péripéties dans la « grande restauration ». Franck Lapôtre, que nous suivons depuis belle lurette, n’est pas n’importe qui. Formé au Chambard à Kaysersberg au temps de Pierrot Irrmann, natif de Strasbourg, dont la maman Maïe tenait le Collet à la Schlucht – maison que tient désormais son frère Olivier qui l’a agrandie et revue en hôtel de luxe. On l’a connu dans les années 1980 – eh oui ! – alors qu’il jouait les Régis Marcon ou les Marc Veyrat de bord de lac au Belbriette de Xonrupt-Longemer. On l’a retrouvé au Quai des Pêcheurs à Strasbourg sur les quais de l’Ill, après qu’il ait tenu puis fermé le glorieux et classique Valentin Sorg toujours à Strasbourg, enfin à la Station des Sens d’Epinal, où il avait transformé l’ex Taverne de Maître Kanter d’Epinal en bistrot tendance et gourmand. Il sera ensuite au Citizen, genre brasserie mode, toujours à Epinal. Le voilà, après un long détour par la Suisse à Bulle et à Lausanne, bluffant son monde avec une cuisine italienne de bon aloi. La pizza Caprese avec sa pâte à maturation lente, sa tomate cerise, sa sauce tomate, son pesto, sa mozzarella di buffala DOC, sa roquette plus une huile d’Espagne dénichée par le savant Alexis Munoz est d’exception. Et le reste est à l’avenant, comme ces linguine alle vongole de compétition !

Esteban Salazar lance Finka à Paris 

Esteban Salazar © DR

 

Il fût l’un des candidats remarqués de cette nouvelle saison de Top Chef, se hissant avec brio à la porte des quart de finale avec ses créations et mariages inspirés sur fond de saveurs latines. Natif de Manizales en Colombie, Esteban Salazar, qui a bourlingué aux Etats-Unis et en Martinique et que l’on connut jadis chez Carmona quai de New-York se dédouble et s’enracine dans la capitale. En marge de l’émission, le chef du Château de Theil à Ussel en Corrèze animait depuis mars dernier un restaurant éphémère (Datsha) dans le 3e arrondissement parisien. Il posera pour de bon ses valises rue des Gravilliers dans le Marais où dès le 3 septembre, « Datsha » se muera en « Finka » pour laisser libre cours à une partition franco-latine auréolée du conseil vineux de Gabriel Bétoule, ex sommelier du Ritz et de David Toutain. Au programme, des petites assiettes bien balancées et à partager dont par exemple une poitrine de cochon au caramel café avec texture de maïs du sud-ouest ou des crevettes mi-cuites avec sauce cocktail colombienne, banane plantain croustillante et vieux comté. Avec un don d’ubiquité, le dynamique Esteban conservera néanmoins sa première place de chef au Château de Theil où il a obtenu un BIB gourmand et où il se rendra plusieurs fois par mois.

La nouvelle donne des Sources de Cheverny

Pierre Frindel © DR

Changement de casting aux Sources de Cheverny, ce cinq étoiles solognot où Jérôme et Alice Tourbier ont transporté le bel esprit de leurs Sources de Caudalie en le déclinant ici à la mode ligérienne et champêtre dans l’ancien château de Breuil. En cuisine, Pierre Frindel, qui a succédé à Frédéric Calmels, tient désormais les rênes des fourneaux, veillant tant sur la partition étoilée du Favori, que sur celle de l’Auberge,  avec son répertoire de tradition et sa cuisine au feu de cheminée. Alsacien trentenaire natif de Saverne, ce jeune ancien de Joël Robuchon à l’Atelier et de Yannick Alléno au Pavyllon est un familier du groupe Cathiard-Tourbier puisqu’il a longuement officié à la Table du Lavoir de Martillac sous la houlette de Nicolas Masse avant de mettre le cap ici-même. Lisible, enracinée, ponctuée de touches végétales et florales, la pièce jouée au Favori prend sous la houlette un sens neuf. Ainsi le mariage de la tomate ananas et de la fleur de sureau, la variation autour du Saint-Pierre rencontrant artichauts et capucine ou en issue, les framboises de Madame Hardy convolant avec ortie et gavotte. A suivre de près.

Laurent de Gourcuff ouvre Pompon au Palais Brogniart 

Laurent de Gourcuff © GP

 

Roi de la restauration festive, entrepreneur insatiable, Laurent de Gourcuff poursuit son expansion et son retour sur le devant de la scène. Alors qu’il vient de faire revenir dans son giron une bonne partie des maisons qu’il avait créées puis vendues en les rachetant au Groupe Accor avec l’appui de Pernod Ricard, le fondateur de Paris Society prépare sa dernière ouverture et s’apprête à tirer « les cordons de la Bourse ». Son nouvel opus encanaillera et chahutera en effet le palais Brogniart où il investira ce qui fût tour à tour le Terroir Parisien sous l’égide de Yannick Alléno puis le Spoon d’Alain Ducasse. Avec Pompon, il prévoit ainsi de mettre à l’honneur un répertoire de bistrot allant de pair avec l’atmosphère survoltée caractérisant chacun de ses lieux. Grande terrasse, lueur des chandelles et banquettes en cuir accueilleront gourmets et oiseaux de nuit pour des agapes propices aux grandes tablées et rythmées par une ambiance musicale allant crescendo jusqu’en fin de soirée. Ouverture en octobre prochain.

L’envol du Bar des Artistes à Monaco 

Etienne Barrier © FA

 

On vous a parlé il y a peu de la belle résurrection du Quai des Artistes, brasserie phare de la Principauté à la mode parisienne. Une renaissance orchestrée avec brio et au terme de longs travaux par Bertrand Le Tartre, monégasque d’adoption, passionné de bons crus (il possède notamment le Domaine de la Rouillère à Gassin) épaulé aux fourneaux par l’expérimenté Etienne Barrier, ex du Crillon, de la Grande Cascade avec Frédéric Robert mais aussi du Borivage en Suisse, qui délivre ici un registre bourgeois juste de ton entre oeufs mimosa, foie de veau persillé à tomber et crêpe Suzette flambée dans les règles de l’art. La nouveauté ? Le lieu voit double et s’est malicieusement agrandi avec le Bar des Artistes jouant les annexes de charme juste à côté. Dévoilant un décor puisant dans le chic Art Déco et années 30, signé par l’agence niçoise Bleu Gris, ce prolongement estival de la brasserie, à la fois lieu de vie, bar et restaurant, a tout pour plaire entre terrasse en front de mer, cuisine sérieuse et vue panoramique sur Monaco. On y vient pour prendre un verre, grignoter ou dîner dans une atmosphère relax autour d’une carte faisant rimer mets sur le pouce, tradition et spécialités méditerranéennes. Typiques barbajuans, arancinis ou craquantes croquettes ibériques se prolongent d’une série de pinsa à partager et d’une gamme de cocktails savamment dosés. On vous en dit plus bientôt.

La Coupe du Monde des Chefs à Domicile

Il revient du 11 au 14 septembre prochains pour quatre jours de découvertes gourmandes au pied de la Tour Eiffel. Parrainé cette année par Hélène Darroze, avec le Cambodge en guise d’invité d’honneur et la présidence du gourmet PDG de Rungis, Stéphane Layani, le Village International de la Gastronomie posera de nouveau valises, stands et fourneaux quai Branly, s’affirmant année après année comme un rendez-vous culinaire incontournable réunissant chefs, gastronomies et délégations de plus de 62 pays. Au sein d’un programme dense et varié où les palais pourront voyager à travers les cultures et les cinq continents à grands renforts de dégustations, cooking-shows, rencontres et spectacles, une nouveauté fera son apparition. La « Private Chef World Cup » ou Coupe du Monde des Chefs à domicile. L’oeuvre de Cyril Rouquet-Prévost, chef, auteur, animateur TV et ex candidat de la première saison de Masterchef qui souhaitait rendre hommage à ce métier trop mal connu et constituant pourtant un précieux vivier de talents. En effet, ces chefs privés cumulent souvent avec habileté et dans l’ombre plusieurs casquettes entre cuisine, service, logistique ou scénographie. Pour cette première édition prolongeant l’été, les participants du monde entier seront invités à concourir autour du thème du barbecue à l’occasion de « battles » prévus les 12 et 13 septembre avant la grande finale qui aura lieu le 14. Avis aux intéressés, pour vous inscrire, cela se passe ici. 

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