Les chuchotis du lundi : Alexandre Gauthier roi de la Mer, Moïse Pïquet le bon « Vivant » du Touquet, Sébastien Renard le « chef top » de Béthune, Café Court le dernier bon coût des Dumant, Alexandre Couillon au Puy du Fou, Alexis Auzépy ouvre la Petite Lune et l’Écailler du Chardon, « Auprès d’Angèle » une maison gourmande signée Bras à Marcillac, la nouvelle donne des Fenêtres à Marseille 

Article du 4 mai 2026

Alexandre Gauthier roi de la Mer

Alexandre Gauthier © GP

Sur la côte d’Opale, du côté du Montreuil, le soleil ne se couche jamais sur l’empire Gauthier. Il y a la Grenouillère, à la fois créative et enracinée en terre du Nord, sur les rives de la Canche, près des marais de la Madeleine, à laquelle tout le monde promet, pour bientôt, l’onction des trois étoiles, puis l’Anecdote dédiée à la cuisine classique, la Froggy’s Tavern, gastro-pub gourmand et volontiers carnassier au coeur de Montreuil, le « popu chic » Grand Place Café, sur la grand place du bourg historique cher à Jean Valjean et à Hugo, enfin les chambres d’hôtes dites « Pieux », non loin. Et puis il y a « Sur Mer », qui ajoute à cela une sacrée dose de talent et de malice. Posée à Merlimont-Plage comme une évidence marine, cette table signée par le feu follet inspiré Alexandre Gauthier, réussit ce petit miracle : proposer sans chichi ce qui se fait sans doute de mieux aujourd’hui en France autour du poisson et des fruits de mer. Ici, pas de raideur gastronomique, pas de cérémonial compassé. Juste une élégance relâchée, une atmosphère de maison de plage chic où l’on vient pour se régaler sérieusement sans jamais se prendre au sérieux. Le lieu a ce supplément d’âme propre à Alexandre : une apparente simplicité qui masque un sens aigu du détail.  Le grand plateau de fruits de mer donne le ton : produits magistraux et sourcés avec précision, fraîcheur éclatante, composition pensée avec intelligence. On poursuit avec des entrées froides d’une netteté exemplaire : carpaccio de dorade taillé au cordeau, ceviche de bar à la rhubarbe qui joue la vivacité acidulée avec justesse, et ce superbe foie de morue signé de lui, rare et délicat. Les coquillages chauds tutoient la perfection : coques minutes aux xerès, palourdes au calva, couteaux rôtis au pistou et chapelure d’ail, terriblement gourmands. Les condiments — navet, radis, courgette, rouille — apportent fraîcheur, croquant et relief. Puis viennent un bar grillé ou un cabillaud snacké cuits avec cette précision désarmante qui fait les grands cuisiniers. Le plus beau ? Ce sentiment d’évidence. Comme si le meilleur restaurant marin de France avait décidé de s’installer, tranquillement, à Merlimont, sans tambour ni trompette. Avec, à deux pas de la plage, ce luxe rare : l’impression d’être ailleurs, très loin, alors qu’on est « simplement » sur la Côte d’Opale.

Moïse Pïquet le bon « Vivant » du Touquet

Moïse Piquet © GP

Le Touquet-Paris-Plage est la station présidentielle, on le sait. Une armada policière surveille d’ailleurs en front de mer, la neuve maison des Macron en reconstruction, alors qu’ils ont vendu leur ancienne demeure située au coeur du village. Seule table étoilée de la station désormais, le « Pavillon » du Westminster, avec la cuisine signée William Elliot qui oeuvre là depuis trois décennies, et que double la « Table du Westminster », brasserie chic de l’hôtel où oeuvre son second Sébastien Mortier, dont on vous reparlera très vite. Mais la nouvelle table drôle et savoureuse du coeur de la station se nomme « Vivant », qui se veut « pertinent et impertinent », avec sa cuisine de comptoir et le portrait des « Tontons Flingueurs » à fond de salle, comme celui de Jacques Chirac escamotant le portique du métro en liminaire. Drôle, sympa, savoureuse, canaille : c’est la table de Moïse Piquet, natif d’Auchel, formé jadis chez Ledoyen au temps de Jacques Maximin, Philippe Dorange et du MOF Jean-François Lemercier, passé notamment au Touquet chez Flavio. Sa table-comptoir attire du monde pour son ambiance conviviale, ses vins de soif, ses plats de partage vifs et alertes. Œufs mimosa au crabe, friture d’encornets et curry breton, filets d’anchois de Cantabrie et sardines millésimées de chez JC David s’arrosent plaisamment de picpoul de pinet. Le crabe roll et sa salace iceberg, les croquettes de chèvre au ou miel et cumin comme la carpaccio de betteraves rouges aux framboises et burrata à la truffe ont fière mine. On ajoute le poulpe à la plancha aux aubergines, l’épaule de cochon aux scampi et le filet de lieu de ligne avec sa purée d’asperges. Assez pour se dire que le neuf coeur gourmand du Touquet bat de ce côté ci.

Sébastien Renard le « chef top » de Béthune

Sébastien Renard

La maison, genre vaste palais Art déco de briques rouges avec ses salles en verrière, on l’a connue à l’époque de Marc Meurin qui signait ici naguère sa première adresse glorieuse et ses deux étoiles. Voilà  une adresse qui porte en elle une forme de filiation gastronomique. Elle revit aujourd’hui sous l’impulsion du jeune et doué Sébastien Renard, 31 ans, formé à l’école hôtelière du Touquet, passé à Paris par la brigade du Meurice conduite par Christophe Saintagne auprès d’Alain Ducasse, et chez Papillon du même Saintagne. Revenu dans les Hauts de France à Busnes au château de Beaulieu avec Marc Meurin, il suivra là l’aventure de Top Chef comme demi-finaliste de l’édition 13 en 2021. Puis il reprendra à son compte la demeure du grand Marc où il est bien décidé à écrire ici sa propre histoire gourmande. Le  garçon a du métier, du tempérament, une précision évidente, mais surtout cette intelligence rare qui consiste à ne pas surjouer. Sa cuisine avance nette, lisible, ancrée dans le terroir nordiste sans folklore, nourrie de technique sans démonstration. On sent déjà une signature. Parmi ses réussites, on citera la superbe entrée autour des asperges de la ferme du Pont d’Achelles, escortées de caillé de brebis, noisettes du Piémont, jus d’abattis et trait d’alcool d’ail des ours de la distillerie des Enfants de Vauban. Ou encore le couteau en marinière façon gravelax,  avec son émulsion de livèche, qui joue la fraîcheur marine et iodée avec élégance. Plus son couplet magistral sur l’agneau du Boulonnais en double cuisson. Les desserts valent également l’applaudissement (dont la glace fromage blanc avec rhubarbe et magnolia ou le riz au lait extra fin avec cigare et chocolat). Et il ne faut pas louper l’épisode des fromages du Nord commentés par l’extraordinaire Hakim : un grand moment ! Question au Michelin : à quand l’étoile ?

Café Court, le dernier bon coût des Dumant

Félix Dumant © GP

C’est la dernière terrasse dont tout Paris parle côté seizième face à la porte Dauphine : une table italienne façon club house reprise par la jeune génération des Dumant, avec notamment Félix, Margot, Achille et Stanislas dont on connaît l’empire bistrotier créé par les frères Jérôme et Stéphane (du Paris Seize aux Marches, en passant par le Royal Bar, les Chardonnay, les Crus de Bourgogne, les Bons Crus, la Kontxa, le Mouton Blanc, aux Lyonnais, sans omettre l’emblématique Auberge Bressanne en voie de rachat par Benjamin Patou et Antoine Arnault). Cela s’appelle le Café Court, comme la cantine chic et gourmande des courts de tennis voisin, cela vient à peine d’ouvrir et la maison affichait déjà complet avec leur tribu d’amis, la jeunesse dorée du 16e et de Versailles, sortant d’ailleurs de ses limites (on y croisait d’ailleurs le chef MOF Pierre Rigothier et le pâtissier star Yann Couvreur… en partance pour Saint-Tropez). Il faut dire que le lieu a tout pour plaire : un beau décor de club house années 1950, une carte de trattoria italienne qui rappelle que les Dumant furent jadis experts du genre à la Villa des Ternes dans le 17e, à la Pizzeria d’Auteuil et même au Paris Seize ancienne manière), de jolis vins transalpins (même si les tablées de copains voisins avaient tendance à se rabattra sur le sempiternel rosé de Minuty) et des prix raisonnables. Parmi les morceaux de bravoure de la maison, on citera la pizza buffalina, le vitello tonnato, la burrata, asperges avec son pesto au persil, les artichauts frits à la giudja, le culatello di Zibello, les linguine alle vongole ou les tagliolini cacio e pepe (savoureuses, même un peu trop cuites à la française), sans oublier la panna cotta aux fruits rouge. Et aussi le rosato de Ruffino et Toscane et le Nero d’Avola de Sicile « Usulea » de la cantina Cellaro. Et la maison ouvre tous les jours, midi et soir. Qu’on se le dise !

Alexandre Couillon au Puy du Fou 

Alexandre et Céline Couillon © GP

Génie gourmand de Noirmoutier, régnant en son île comme dans un royaume avec la complicité de sa muse Céline, Alexandre Couillon n’est jamais à court d’idées. Après avoir complété son vaisseau amiral d’un exquis bistrot marin (la Table d’Elise), d’une boulangerie/épicerie pointue au nom témoignant d’un louable sens de l’auto-dérision (le Petit Couillon), le voilà qui s’aventure hors de ses frontières insulaires mais toujours dans sa Vendée de coeur, apportant savoir-faire et enracinement savoureux au célèbre Puy du Fou. En s’adjoignant la signature du cuisinier trois étoiles de la Marine, le parc d’attractions historique fondé en 1989 par Philippe de Villiers et qui a battu un record de fréquentation en 2025 avec plus de 3 millions de visiteurs affirme sa volonté de proposer une offre gastronomique en rapport avec son rayonnement national et international. A deux pas des représentations médiévales et des spectacles de vikings et de gladiateurs, place ainsi à l’Auberge, fraichement inaugurée le 28 avril dernier dans le village de Chasseloup avec son parfum d’antan et sa salle aux poutres apparentes. En misant sur un sourcing faisant la part belle aux producteurs locaux (fromages griffés Beillevaire, Merlet pour la viande charolaise) , l’objectif d’Alexandre le valeureux est ici de proposer une cuisine mi-paysanne mi-bourgeoise, teintée d’inspirations marines et délivrée via deux menus respectivement à 52 et 75€ pour une expérience en cinq actes. Une nouvelle attraction de choix dans ce parc au coeur de son territoire.

Alexis Auzépy ouvre la Petite Lune et l’Écailler du Chardon 

Alexis Auzépy © GP

On connaissait Alexis Auzépy rive droite face au Marché Saint-Martin dans le quartier du Château d’Eau où il anime le Chardon, bistrot créatif mêlant les influences et le goût de la saison mais aussi son annexe de caractère, le Petit Chardon, zinc historique aux airs de p’tit chez soi avec superbe comptoir en fer à cheval, mosaïques aux murs, semainier docile et terrasse avenante. Ce trentenaire dynamique vient de tripler la mise en franchissant la Seine pour revenir dans son quartier de coeur et reprendre ce qui fût jadis le Mézières dans la rue éponyme. A quelques pas de l’Eglise Saint-Sulpice et du jardin du  Luxembourg, il a transformé cet ex rade anodin en bistrot chic et vivant auquel il donne du tonus et pep’s à l’enseigne de « la Petite Lune ». Terrasse prise d’assaut dès les premiers rayons de soleil, comptoir d’époque trônant dans la salle intimiste et assiettes franches mais auréolées d’un petit twist qui fait mouche, le lieu a plus d’un atout à faire valoir. Au programme : l’œuf mayo réveillé par la sriracha et des pickles qui claquent et l’artichaut frit crousti-fondant précèdent un généreux cordon bleu au morbier et pommes grenailles et, sur un mode marin bistronomique, la seiche snackée, avec crème au piment d’Espelette et poireaux fondants. Mais en parallèle, le vif Alexis a soin de consolider son petit empire du 10e auquel il vient tout juste d’adjoindre un écailler dans la rue Lucien Sampaix. Fines du Cap Ferret, bulots et mayo à l’aioli, oeuf mayo revus avec encre de seiche et oeufs de truite ou ceviche de seriole avec leche de tigre régalent les appétits iodés dans une salle sobre avec mosaïques au sol et comptoir filant. On vous glisse les deux adresses : L’Ecailler du Chardon, 1 rue Lucien Sampaix Paris 10e & La Petite Lune, 16 rue de Mezières Paris 6e

« Auprès d’Angèle » : une maison gourmande signée Bras à Marcillac

Audrey Vallon © DR

Le dernier événement qui agite Marcillac-Vallon village pittoresque du centre Aveyron ? La métamorphose de l »ancienne Trésorerie, bâtisse de grès rouge encerclée de verdure et bercée du clapotis du Cruou – petit ruisseau passant par là – en hôtel/restaurant de caractère baptisé « Auprès d’Angèle ». Un hommage adressé par Audrey Vallon à Angèle Bras, sa grand mère cuisinière et fondatrice de la lignée éponyme, par qui tout démarra avec le Lou Mazuc, hôtel/restaurant vite devenu incontournable à Laguiole. A 38 ans et après quelques détours et une expatriation à Londres chez Pierre Gagnaire, Audrey, nièce du grand Michel du Suquet, a décidé de suivre les pas de « Mémé Bras », ralliée à la passion de l’art de vivre et au terroir familial. Mettant le grappin sur ce bâtiment pour lequel la mairie cherchait un projet salvateur, elle a imaginé une halte ouverte, gourmande et champêtre comme une maison de famille avec 6 chambres disséminées dans les étages, un comptoir ouvert, une large terrasse et bien sûr une table prônant goût local et « cuisine de bon sens ». A la manoeuvre, un couple uni à la ville comme en cuisine composé de Guillem, chef originaire de Barcelone et sa complice pâtissière Zoé Prudent, tous deux ex de la Halle aux Grains à Paris. Le duo a bénéficié du coup de pouce de Michel Bras pour mettre en place une carte enracinée entre souvenirs d’enfance d’Audrey et mise à contribution des nombreux bons faiseurs des environs. Les œufs farcis, trônant sur une sauce rosée à la lie de vin ou les coquillettes à la tome et au fromage Grand Vallon, cerclées d’une feuille de brick passée à la plancha multiplient les clins d’oeil aux carnets de recettes d’Angèle alors que le baba se réinvente, troquant le rhum pour un sirop de cassis et de vin rouge. La carte des crus a, elle, soin de mettre en relief le dynamisme de l’appellation marcillac, sans oublier de convier la fine fleur des crus des côtes de Millau, d’Entraygues et d’Estaing. Au carrefour de Rodez, Conques et de la route dédiée à Pierre Soulages, voilà un lieu à vivre, comme un petit comme chez soi vous tendant les bras dans ce territoire éminemment gourmand.

La nouvelle donne des Fenêtres à l’Intercontinental Marseille 

Arnaud Davin © FA

Les Fenêtres ? C’est toujours la brasserie enlevée de l’Intercontinental Marseille, ce cinq étoiles qui toise la ville et le Vieux-Port depuis l’ancien Hôtel Dieu du XVIIIe. Dans le sillon de Lionel Lévy, artisan une décennie durant de l’offre gourmande des lieux, Arnaud Davin a pris la relève et mène la danse avec allant en qualité de chef exécutif. Ce Bourguignon voyageur a bourlingué aux quatre coins du globe (Chine, Bora Bora, Saint-Martin) avant un retour en terres tricolores d’abord au Renaissance d’Aix-en-Provence puis une escale bretonne remarquée à la Serre à Paimpol. Désormais enraciné dans la cité Phocéenne, il revoit la Provence avec sa signature singulière y mêlant ses souvenirs de voyage, ses épices, ses audaces. Son terrain de jeu ? Une salle chic et empierrée où virevolte un service au taquet et doublée aux beaux jours d’une terrasse à la vue magistrale sur la Bonne Mère. Le ton est donné avec le « croqu’abaisse », clin d’œil malicieux à la bouillabaisse revisitée avec croquette de poisson croustillante, siphon de rascasse aérien et rouille twistée à l’harissa. Puis Arnaud déroule un ballet de saveurs précises et volontiers marines avec le poulpe juste saisi avec mousseline de pommes de terre ou le homard baigné de saveurs sudistes entre pastis et fenouil avant le doux épilogue du cheesecake de saison au pamplemousse. Pour en savoir plus, cliquez là. 

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