Erri De Luca et Inès de la Fressange : vieillir, quel beau métier !
Voilà un drôle de couple littéraire : Erri De Luca, l’écrivain napolitain, montagnard, ancien ouvrier, homme de phrases courtes et de longues ascensions ; Inès de la Fressange, parisienne iconique et mythe vivant de la mode, mannequin devenue créatrice, qui semble avoir découvert très tôt que l’élégance consiste surtout à ne jamais avoir l’air de faire d’effort. Et les voici réunis pour parler de l’âge. Sujet plutôt casse-gueule à l’heure où l’on veut nous faire croire que vieillir se soigne à coups de crèmes, de compléments alimentaires et de salles de sport pour « seniors actifs ». Eux préfèrent expérimenter.
De Luca regarde le temps comme il regarde la montagne : avec lucidité, sans plainte, en continuant d’avancer. Inès, elle, apporte son humour, son insolence et cette jolie façon de considérer les années non comme un handicap mais comme une raison supplémentaire de choisir ce qui compte. Car leur vraie leçon est là : vieillir, c’est faire le tri. Dans les objets, les obligations, les mondanités, les gens même. On dispose de moins de temps, donc on apprend enfin à ne plus le gaspiller. Voilà peut-être le luxe suprême de l’âge : savoir dire non.
Le charme du livre tient aussi à leur improbable rencontre. Lui apporte la gravité sans le sérieux ; elle, la légèreté sans la superficialité. Lui regarde les sommets, elle les silhouettes. Lui médite sur le temps, elle sait comment lui donner de l’allure. Surtout, aucun des deux ne joue au jeune. Ils revendiquent mieux : rester vivants, curieux, désirants, étonnés. Ne pas devenir son propre musée. Vieillir est obligatoire. Devenir vieux, heureusement, ne l’est pas.
L’âge expérimental, d’Erri De Luca et Inès de la Fressange, traduit de l’italien par Danièle Valin (Gallimard, 124 pages, 19 €).









