Les chuchotis du lundi : « Maison Roland » ou quand le Shangri-La fait bistrot, changement de génération à l’Abergement-Clémenciat, adieu à André Génin, Ivan Vautier rend son étoile, Pierre Gleize seigneur de Haute-Provence, Breizh Café ouvre son bar à cidres à Saint-Malo, « Minot » ou les glaces de Glenn Viel et Brandon Dehan, le 50 Best au Pérou, les plaisirs de Fabio Gourgel à la Plage de Verchant, le Village International de la Gastronomie fête ses 10 ans, les bons tours de Jérémy Gabarrot au Palladia de Purpan
« Maison Roland » ou quand le Shangri-La fait bistrot
L’un des plus belles surprises de l’été 2026 à Paris : l’exquis jardin gourmand dit « la Maison Roland » au Shangri-La Paris. Dans l’ancien hôtel particulier de Roland Bonaparte, Simon Havage, qui fut longtemps l’une des têtes pensantes du groupe Hyatt, côté Vendôme, mais aussi à la Madeleine, continue de rebattre les cartes de l’offre gastronomique du palace qui fait face au Conseil Economique et Social. Ce Lorrain né à Nancy, comme Frédéric Anton, a trouvé la bonne manière de réveiller la belle endormie de l’avenue d’Iéna : transformer le discret jardin du palace – qui fut un temps le Summer – en une sorte d’auberge champêtre et princière, avec vue sur la Dame de Fer, nappes blanches, porcelaine, argenterie et grands classiques bourgeois façon bistrot (très) chic. On pense évidemment à la Ferme du Pré, l’auberge du Pré Catelan où Frédéric Anton décline lui aussi, dans un cadre bucolique, une cuisine plus simple, généreuse et décomplexée. Même idée de faire vivre un lieu d’exception autrement, de donner envie aux Parisiens de franchir la porte d’un lieu de grand luxe sans forcément venir y chercher la haute gastronomie ni casser sa tirelire. À la différence que Maison Roland joue ici la carte de la demeure familiale chic, avec le supplément de faste et d’histoire propre à l’ancien hôtel particulier de Roland Bonaparte. En vedette : le gaspacho de tomates avec ses condiments, l’œuf mimosa aux œufs de saumon, la terrine de campagne au porc, veau et foie gras, le homard Thermidor et la sole à la grenobloise qui rappellent opportunément que le classique est indémodable, le tout à prix sages (dans une fourchette de 65 à 95 € pour un repas complet). On y ajoute les douceurs du pâtissier Timothy Lam, ex du Bristol, qui constituent l’un des temps forts de la maison, avec une exceptionnelle île flottante au caramel avec sa crème anglaise très vanillée et une coupe de fraises avec son yaourt glacé qui valent à elles seules le voyage ici même.
Changement de génération à l’Abergement-Clémenciat
Le Saint-Lazare ? Il y a vingt-cinq ans, on découvrait Christian Bidard dans cette maison de famille devenue au fil des générations une véritable institution de l’Ain côté Dombes en lisière de la Bresse. L’histoire commence en 1899 et la maison fut longtemps à la fois café, boulangerie, épicerie et auberge. Cinq générations plus tard, Christian est toujours là. Mais a passé la main à son fils Clément, 33 ans, qui a fait ses gammes chez Bise à Talloires, au Royal d’Évian avec Patrice Vander, chez Alain Ducasse à la Tour Eiffel puis au Meurice avec Christophe Saintagne. Autant dire qu’il connaît la musique et sait ce que précision veut dire. Père et fils jouent désormais à quatre mains une partition personnelle, moderne, inventive, mais jamais hors-sol. Car ici, le territoire reste le fil rouge : la Bresse, la Dombes, le Bugey, les produits du pays et cette envie de faire évoluer la tradition sans jamais la renier. Le Michelin avait d’ailleurs distingué la maison d’un macaron durant près d’une décennie. Et à goûter la cuisine actuelle, on se dit que l’étoile pourrait aisément retrouver le chemin de l’Abergement. La grenouille traditionnelle est devenu une panna cotta à l’ail noir en amuse-bouche, à côté d’un falafel au gel de poivron, même si la brioche feuilletée à l’ail des ours est servie avec un beurre de Bresse. La cuisine aime les clins d’œil, les contrastes et les assaisonnements précis. Ainsi le homard présenté façon nem avec fenouil et crème de Bresse, puisavec fregola sarda et chorizo. Le saumon de fontaine arrive avec une sauce au beurre de Bresse, courgette, verveine et agrumes. Puis le bœuf charolais, servi saignant, s’accompagne d’aubergine et de groseilles qui lui confèrent un côté acidulé assez tonique. Chaque plat possède son pain : aux céréales, aux algues, aux agrumes, au zaatar. Le détail n’en est pas un ici. Voilà, on l’a saisi, une maison de qualité.
Adieu à André Génin
Il était le discret de la bande. Celle que formaient Michel Rostang venu de Sassenage rue Rennequin dans le 17e Jean-Paul Lacombe de Léon de Lyon, Michel Chabran de Pont de l’Isère, qui l’évoquait dans ses mémoires (« Cuisine et Nationale 7 »), ou encore le regretté Yann Jacquot, savoyard du Toit de Passy, un club d’amis joyeux, de compagnons de route, de golf et surtout de belles virées automobiles, à l’époque où Paris redécouvrait le bonheur des bistrots et où la cuisine bourgeoise retrouvait ses lettres de noblesse. Les années 1980 furent celles de cette renaissance. André Génin en fut l’un des acteurs les plus efficaces. Il vient de nous quitter comme il a toujours vécu : sans mise en scène, avec cette élégance tranquille qui le caractérisait. Avec son père, il avait fait de Pauline, rue Villedo, une maison à part, bistrot de luxe, chic sans ostentation, profondément « tradi », où l’on célébrait les grands classiques avec une rigueur qui ne cédait rien aux modes. L’époque comptait peu d’adresses de cette trempe. Pauline partageait ce privilège avec Benoît, rue Saint-Martin, Chez Georges, rue du Mail, ou encore Allard, rue de l’Éperon. Tous étaient les gardiens d’un patrimoine culinaire vivant, allant jusqu’à décrocher l’étoile sans renoncer à leur identité de bistrot. André Génin n’était ni un homme de publicité ni un homme de déclarations. Il préférait laisser parler sa cuisine, sa salle, ses habitués. Ceux qui l’ont connu se souviennent d’un homme affable, attentif, fidèle à ses amis comme à sa maison. Il s’était retiré dans la Creuse de ses amours et donnait des recettes de cuisine à France Bleu devenue Ici. Sa disparition referme un peu plus la page de cette génération qui fit rayonner la cuisine française traditionnelle sans chercher à la travestir. Une génération qui savait que le vrai luxe réside dans la justesse d’un plat, la qualité d’un produit, la fidélité à un esprit. Tu nous manqueras l’ami …
Ivan Vautier rend son étoile
Pierre Gleize seigneur de Haute-Provence
Il nous avait tout appris de la Haute-Provence, ce pays de la « non-démesure », selon la formule de Jean Giono qu’il aimait tant citer. Le nougat noir de chez Manom à Peyruis, l’huile d’olive des Pénitents et des Mées — « la meilleure du monde », assurait ce Provençal naturellement chauvin —, les treize desserts de Noël et cette gourmandise qui raconte un pays mieux que tous les discours. Il était le seigneur de La Bonne Étape, à Château-Arnoux, ce splendide Relais & Châteaux, ancien relais de la poste sur la route Napoléon, où on le découvrit, lui et son fils Jany, il y a plus de quarante ans, alors que leur maison possédait deux étoiles. Il y pratiquait une cuisine de pays, mâtinée d’humour et de malice, avec cette façon bien à lui de faire de la cuisine une affaire sérieuse sans jamais se prendre lui-même au sérieux. Il avait inventé Denostitin, personnage pittoresque auquel il avait dédié une recette de morue, et vouait un culte à l’agneau de Sisteron : « Pas le véritable, disait-il, mais l’authentique. » Il avait en plus, avec Jany, un bistrot de bonne humeur, au revers de leur demeure, nommé « le Goût du Jour« . Voilà qu’il nous quitte à 95 ans comme s’il nous faisait une dernière mauvaise blague, lui qui en nous avait fait tant de bonnes. On pense bien sûr à Jany, son fils, qui continue d’œuvrer au service de cette vraie cuisine du pays de Giono, fidèle à cette terre qu’il aimais tant. Et l’on trinque à sa mémoire, avec un grand Châteauneuf-du-Pape, comme il les aimait. Pour demain, on gardera un petit côteaux-de-Pierrevert, plus vert, plus local, plus secret, plus proche encore de sa Haute-Provence des collines et des plateaux. Tu ne nous quittes pas, Pierre. Nous buvons ensemble. Et on aime à penser que, là-haut, quelque part entre les oliviers et les montagnes de Haute-Provence, tu regardes ton verre et tu penses encore à nous.
Breizh Café ouvre son bar à cidres à Saint-Malo
Trente ans que Bertrand Larcher se fait l’apôtre du sarrasin, révolutionnant l’art de la galette et de la crêpe, multipliant les ambassades du bon goût breton entre France et Japon, créant patiemment un écosystème gourmand et ancré dans son terroir breton comme en témoigne l’aventure de sa ferme Breizh Café à Saint-Coulomb. Pour cet anniversaire symbolique, l’enfant de Fougères, qui veille toujours sur la table étoilée de Cancale menée par le nippon Raphaël Fumio Kudaka, continue de se développer avec adresse dans la cité corsaire. A Saint-Malo, l’enseigne qui rassemble déjà une crêperie, la Maison du Sarrasin façon épicerie/salon de thé sans oublier un hôtel (Otolani) avec ikzaya à la japonaise en lisière de la plage du Sillon s’étoffe d’un nouveau maillon. La marque vient en effet de donner naissance à son premier bar à cidres en France, quatorze ans après avoir lancé un concept similaire à Tokyo. Une nouvelle adresse qui fait la part belle à une quarantaine de références artisanales vantées par la sommelière Carine Bigot avec l’ambition de démontrer que le cidre est bel et bien un produit gastronomique à part entière. La fine fleur des « vignerons de la pomme », comme se plait à les appeler Bertrand le passionné qui a consacré un livre au sujet, se livre ici avec le complicité d’huitres de Cancale, de sardines millésimées ou de moules à l’andouille. Dans le verre, trouvailles, cidres d’auteurs et producteurs fétiches du taulier abondent. Citons Éric Baron du domaine de Kerveguen, Éric Bordelet, Johanna Cécillon ou encore Jehan Lefevre, à la tête de la Ferme des Landes à Saint-Cast le Guildo. Art de la galette et cidres d’artisans, pas le temps de s’ennuyer chez Breizh Café ! L’adresse : 10 rue de l’Orme, Saint-Malo
« Minot » ou les glaces de Glenn Viel et Brandon Dehan
Le 50 Best au Pérou
Les plaisirs de Fabio Gourgel à la Plage de Verchant























Grande tristesse d apprendre la nouvelle , grand monsieur qui a construit une des plus belle maison de provence . cuisine authentique et respectueuse du terroir . condoelences a la famille .