Les chuchotis du lundi : l’avènement de Quentin André au Faventia de Terre Blanche, la magie Gras aux Roches du Lavandou, Serge Coustrain-Jean le retour aux Sources, un bistrot signé Mentone et Sanjou à Lorgues, Braise ou « le Bistrot d’en Face », Yazid Ichemrahen enfin « at home », la course des cafés 2025, Christophe Hay et son kiosque gourmand à Orléans, le réveil du Grill Room, les 90 ans de la Poule au Pot
L’avènement de Quentin André au Faventia de Terre Blanche
On connaît bien Terre Blanche, ce paradis hôtelier au coeur du Haut Var et du pays de Fayence, sur 300 ha avec son golf d’exception, ses 115 suites de grand luxe plantées dans la nature qui en font un des plus beaux resorts d’Europe. Le lieu a fêté ses vingt ans. Et la gourmandise y a toujours été traitée avec sérieux. On y a connu, au moins le MOF Philippe Jourdin, qui obtint ici les deux étoiles, mais aussi Stéphanie Le Quellec, et les autres MOF Franck Ferriguti et Yannick Franques, ce dernier aujourd’hui à la Tour d’Argent, mais encore Christophe Schmitt, depuis parti au Berceau des Sens à Lausanne. Le nouveau chef maison, qui fut cinq ans durant le second de Christophe Schmitt, après l’avoir suivi à l’Almandin de Saint-Cyprien dans les Pyrénées Orientales, se nomme Quentin André. Ce Bisontin, aux racines corses de 34 ans, qui a étudié l’école hôtelière de Bastia, puis travaillé pour Pierre Gagnaire au Balzac à Paris, au Sketch à Londres, à Gordes chez Pier et à Courchevel aux Airelles, mais aussi à la Messardière de Saint-Tropez avec Christian Farenasso et au château de la Croix Valmer, s’est investi en terre provençale comme on s’engage pour un combat militant et fervent. Son jardin potager lui apporte herbes et légumes et un réseau d’artisans et de producteurs passionnés lui livre poissons de petite pêche, escargots, fromages, viandes ou champignons avec lesquels il compose des menus colorés. Cela se nomme « saveurs de garrigues » ou « sentiers méditerranéens » et les plats se lisent ici comme des poèmes adressés aux rivages méditerranéens et au cimes proches de l’Estérel. On en parle vite.
La magie Gras aux Roches du Lavandou
On a déjà évoqué ici même la renaissance des Roches au Lavandou, hôtel mythique des années 1930-1960, qui connut la visite de nombreuses célébrités, du couple Bacall-Bogart à Jean Cocteau, sans oublier Winston Churchill, Jean Cocteau, Christian Dior, Thomas Mann et Françoise Sagan dont Otto Preminger tourna ici l’adaptation de « Bonjour Tristesse ». Les lieux ont été totalement recréés sous la houlette de Delphine André, déjà artisane du succès du Barmes de l’Ours à Val d’Isère, comme « le pendant estival des Barmes ». Déjà membre des Relais & Châteaux et classé en cinq étoiles, l’hôtel, imaginé par l’architecte Jean-Baptiste Pietri, témoigne d’une esthétique brutaliste et Art déco, certes un peu froide, mais au charme très contemporain. La gourmandise y est mise en vedette avec l’Oursin, la table gastronomique menée avec brio par le maestro maison Antoine Gras, déjà étoilé en Savoie à la Table de l’Ours, auvergnat d’Ambert passé notamment chez les Meilleur à la Bouitte et Arnaud Donckèle à la Vague d’Or, qui oeuvre là avec son second charentais Benoît Gornard et les conseils de la sommelière Magali Delalex devenue directrice du lieu. On se rappelle qu’y démarra brillamment Laurent Tarridec qui devait obtenir ensuite deux étoiles aux Mouscardins de Saint-Tropez. De bon augure pour la suite ! Pour l’heure, tout ce qui se propose dans une salle vaste au sein d’un sorte de parallélépipède de béton tourné vers la mer, avec sa belle terrasse et ses tables sobres et sans chichi, ses chaises design, Knoll et Vitra, est d’une franche réussite. Ainsi, ses rougets vendangeurs au velouté de bouillabaisse ou son saint-pierre aux courgettes. Son morceau de bravoure : le thon rouge, joliment marqué sur le grill, servi avec ses tomates à la provençale, garnies d’aubergines, eau de tomate aux effluves de sarments de vigne brûlés: du grand art donnant l’air d’un poisson traité comme une viande en bbq, gardant toute sa finesse iodée. Les deux étoiles, convoitées déjà à Val d’Isère, ne sont pas loin !
Serge Coustrain-Jean, le retour aux Sources
Serge Coustrain-Jean ? On avait découvert ce natif de Toulon en Suisse au Café de Chermignon, près de Crans-Montana. Il est revenu aux sources en ouvrant à Villecroze … « Les Sources », au cœur du Haut-Var, en compagnie de son ami et associé Jean Dange, designer passionné qui sert en salle avec entrain et conseille les vins avec volubilité. Le cadre charme sur le mode dépaysant comme aux îles, avec sa véranda et son jardin attenant. Et côté cuisine, le sérieux Jean prouve qu’il n’a en rien perdu la main. Cet ancien du Hilton Strasbourg, de chez Alain Ducasse au Louis XV à Monaco, passé en Irlande au Dromoland Castle et qui travailla quinze ans durant comme chef privé pour des gourmets fortunés, comme la voisine Bérengère Primat de la fondation Opale à Lens en Valais, continue de cuisiner en finesse et de jouer le classique au fil du temps avec art au gré d’un rapport qualité prix sans faille. Son menu de midi est un cadeau véritable qui offre, c’est le mot à ce niveau de qualité, pour 29 € des mets vifs, fins, malicieux – Serge est un maestro dans l’art de cuisiner les restes. Deux exemples de sa manière ? Son formidable amuse-bouche revoyant le vitello tonnato en cromesquis avec sa crème « thonnée » ou sa splendide courgette Rondini farcie d’aubergine, d’un risotto au curcuma et avec son coulis de tomate de Barbebelle. Superbes !
Un bistrot signé Mentone et Sanjou à Lorgues
Le dernier bon bistrot varois : il est signé du château Mentone, qui produit du vin en trois couleurs sur 30 ha cultivées en bio à Saint-Antonin-du Var, et qui se dote de chambres d’hôtes raffinées avec un véritable service hôtelier et d’une table très gourmande signée Sébastien Sanjou, étoilé à la fois au Relais des Moines à Arcs-sur-Argens et au 33 de la Maison Villeroy. Les deux frères propriétaires de la demeure, Martin Serre et Nicolas Bretto, ont racheté une jolie bâtisse face à la grande église du beau village de Lorgues, rebaptisée « Maison Mentone ». L’hôtel encore en gestation, qui comptera cinq chambres, ne sera opérationnel que l’an prochain. Mais la cave d’exception avec ses 200 références est déjà ouverte à tous. Quant au Bistrot, il est signé également Sébastien Sanjou, avec le chef Mohamed Farhat, qu’on a vu récemment à la Maison Albar à Nice et au Maybourne Riviera à Roquebrune-Cap-Martin, proposant une carte très provençale et un imbattable menu à 29 €. Soupe de moules, calamars en persillade, mais aussi petits farcis du lundi, daube de jour de boeuf du mardi, aïoli du vendredi, soupe au pistou du samedi et lapin braisé du dimanche donnent envie de prendre ici de bonnes habitudes.
Braise ou « le Bistrot d’en Face »
Rien n’arrête Stéphane Manigold ! Le gourmand PDG du Groupe Eclore, qui peut désormais se targuer d’être le restaurateur le plus étoilé de Paris, continue également de se rallier avec ferveur aux joies du zinc. Après avoir assuré la permanence du Bistrot Flaubert racheté aux Rostang, ressuscité Phébé Porte de Champerret où éclot le talent de la cheffe Pauline Nicolas dans un fabuleux décor avec céramiques 1900, voilà l’aubergiste Manigold qui récidive et triple la mise sur un mode bistrot. Cela se passe rue d’Anjou où, avec un comptoir d’époque chiné aux puces, trônant désormais au coeur de la salle principale, il offre une seconde vie bistrotière à Braise, sa table dédiée aux belles viandes. Pour prendre les rênes de ce « bistrot d’en face », la vive équipe de Contraste, l’étoilé vis-à-vis, menée par Louis de Vicari, son complice Antoine Perchoc sans oublier la pâtissière fortiche Alice Dénéchère n’a eu qu’à traverser la rue. Et tout en préservant la tradition carnassière du lieu, on joue ici double jeu. Noire de Baltique ou Simmental de Bavière ont toujours le droit de cité et maturent sagement aux côtés une cave d’exception tout en s’enrichissant d’une ardoise de haut niveau entre oeuf mayo, pâté en croûte maison, soupière lutée d’œufs aux champignons, impeccable saucisse purée sans oublier un clafoutis aux mirabelles à se pourlécher. On vous en dit plus très vite.
Yazid Ichemrahen « At Home »
La course des cafés 2025
Le réveil du Grill Room
C’est la sensation carnassière du moment à Paris. A l’angle de la rue Monceau et du boulevard Malesherbes, Julien Osty, dont la famille possède le traditionnel Valois revu à la newyorkaise, sur la voisine avenue de Messine, mais qui se cache également derrière le succès de Magnum 150 cl avec sa carte de brasserie moderne signée Matthieu Garrel, a repris les rênes de cette belle endormie un temps laissé en gérance. Toujours à l’enseigne du « Grill Room » mais dans un cadre repensé évoquant les Hamptons et la Nouvelle Angleterre, le lieu charme aisément par ses volumes, son grill à l’entrée, ses tissus choisis, sa belle terrasse couverte et son coin café ouvert dès le matin. Julien met ici l’accent sur l’art de la braise et a placé aux fourneaux l’ex candidat Top Chef Jean-Baptiste Ascione qui tint jadis le Petit Gris dans le 17e. Aux côtés des T & L Bones, chuck flap et autres beaux morceaux tout droit venus d’Espagne ou des US, cotoyant homard et légumes braisés, oeufs mayo coiffés d’oeufs de truite, artichaut à partager avec crème fumée ou tartare de thon avec espuma au miso visent juste avant un joli clafoutis aux figues flambé au cognac. Pour en savoir plus, cliquez ici.



















