Les chuchotis du lundi : Vincenzo Regine règne sur les Andéols, Florent Pietravalle et son bistrot, Julien Allano homme-orchestre de Bonnieux, Georgiana Viou rend son tablier chez Rouge, Lena et Mimile devient Le Petit Bal Perdu, Omar Dhiab voit double avec Elbi, Quentin Testart à la Messardière, les apéros et le bistrot éphémère de Jean Covillault, Luca Binaschi à la Bastide de Saint-Tropez
Vincenzo Regine règne sur les Andéols
Les Andéols à Saint-Saturnin-lès-Apt ? On vous a déjà parlé de ce lieu hors norme, fondé, revivifié par un couple amoureux de l’art et du pays provençal, les Massart, Patrizia, aux racines transalpines, et Olivier, élevé ici même, qui est à la fois un hôtel, mais surtout un vaste domaine de trente cinq hectares, plantés d’oliviers, de vignes, de cyprès, conçu comme un hommage au grand Luberon, avec ses chemins d’herbes, ses bassins de nage, ses huit « suites natures», ses onze villas à thème, son bar, ses espaces variés, sans oublier ses tables alertes où s’essayèrent jadis Daniel Hébet, Guy Martin, Alain Ducasse et quelques autres. Dans ce « resort » non-dit où l’on pourrait vivre en vase clos, qu’a repris en gestion Thierry Naidu de Phoenix Hotels Collection, qui gère notamment la Chèvre d’Or d’Eze-Village, les changements, avec de nouvelles chambres, se préparent. Mais la révolution du lieu est déjà en route aux fourneaux avec l’italien voyageur Vincenzo Regine. Ce natif d’Ischia, rallié à la Provence, que l’on connut jadis à Bruxelles, au Via Lamanna et à l’Amigo, mais aussi au Cœur de Megève, puis au Domaine de Verchant près de Montpellier, règne sur les deux tables maison : « le Platane » simple et délicieux façon bistrot chic ou trattoria champêtre, proposant notamment des pâtes et farineux exquis (taglioni aux palourdes, pizzetta aux truffes, risotto Caranaroli et rigatoni gratinés au parmesan), tout en veillant sur le gastro et créatif la « Loggia » où il propose une cuisine méditerranéenne, franco-transalpine ou provençale nouvelle vague, pleine de fraîcheur et de saison, qu’escortent avec habileté les vins, côté Provence et vallée du Rhône, d’un sommelier ancien de Mauro Colagreco, Florian Salzmann. Un de ses morceaux de bravoure : un oeuf soufflé, enveloppé dune fleur de courgette avec truffe en brunoise à cru et truffe d’été de l’Isle sur la Sorgue. A fondre sur place !
Florent Pietravalle et son bistrot
Le bon coût de la Mirande, cet hôtel de luxe et de charme, caché, quoiqu’à peine, à l’arrière des Palais des Papes : le « Bistrot de Florent » où s’exprime avec talent Florent Pietravalle en compagnie de son adjoint Danh Cuong Nguyen, ancien du Vivier à l’Isle-sur-la-Sorgue, présent dans la maison depuis six ans déjà. Ils ont conçu ensemble une carte pleine d’allant qui joue avec les meilleurs produits des grands environs, le potager local, les poissons du copain Mathieu Chapel, pêcheur au Grau-du-Roi. Ainsi, le ceviche d’huîtres, à l’huile d’oxalis et ail des ours, la soupe fraîche de tomates et basilic, l’oeuf poché au pistou, le pâté en croûte au ris de veau et foie gras dans la tradition, la jolie salade de haricots verts, à l’anguille fumée, plus la viande affinée du moment et le plat du jour qui peut être une poule au pot servie avec sa sauce gingembre, son riz pilaf. Superbe menu à 39 € au déjeuner en semaine.
Julien Allano homme-orchestre de son village
A Bonnieux, il n’arrête pas ! Julien Allano, natif d’Avignon, rallié au Luberon, après ses années à Grignan (Au Clair de la Plume et la Ferme de Chapouton), a ouvert son épicerie, à deux pas de sa table étoilée « Ju Maison de Cuisine ». Et y vend les produits qu’il aime, son huile d’olive à la truffe, plus les condiments et sauces de ses amis Alibert d’Aix & Terra. Son dernier bon coût : « Goût Bistrot », créé en lieu et place du Fournil, qui fut la bonne table sympa du bourg et devenu sous sa houlette un petit temple de la cuisine provençale à sa manière. Mettant également à contribution ses amis Alibert cités plus haut et relayé en cuisine par son disciple ukrainien Sergei et en salle par le dynamique Walid qui assure le service le plus gai du Vaucluse. Son velouté de petits pois et tomme de chèvre, comme la marinade de shoyu et poichichade, avec piment bio relevant un cabillaud rôti au pak choï valent le détour ! Son nouveau lieu de goût : sa future boulangerie au feu de bois qui ouvrira en fin de mois.
Georgiana Viou rend son tablier chez Rouge
La rumeur courait mais la surprise demeure. Ex candidate de Master Chef millésime 2010, béninoise ralliée à la citée phocéenne où elle lança son bistrot sympa et fut un temps professeure de cuisine, Georgiana Viou avait signé depuis 2021 un retour flamboyant dans le cadre aristocratique d’un hôtel particulier nîmois. A l’enseigne de Rouge, au gré d’un patio et d’une terrasse de charme, elle mêlait brillamment ses racines africaines aux saveurs provençales, composant une partition multi-culturelle, vive et singulière, rapidement couronnée d’une étoile. Bref, tout semblait filer droit pour cette cuisinière solaire qui avait d’ailleurs réalisé un audacieux coup d’éclat en proposant une addition libre pour ses clients dans la foulée de l’obtention de son macaron en 2023. Mais pas tant que ça ! Depuis plusieurs mois, Georgiana se dédoublait en effet entre la France et le Bénin, signant la carte d’un restaurant dans sa ville natale de Cotonou. L’annonce est tombée ce 7 juin dans l’émission de notre confrère Laurent Mariotte sur Europe 1. « Je crois que j’arrive à la fin. Fin juin, je vais déposer mon tablier Rouge et partir vers de nouvelles aventures » déclarait-celle qui vient tout juste de publier « Oui Cheffe » ouvrage retraçant son itinéraire atypique. « De nouvelles aventures » qui semblent vraisemblablement la pousser vers le Bénin. Son successeur lui n’est pas à aller chercher bien loin : il s’agit de Luka-Tao Debenath, son second depuis 2023. Ce dernier a notamment aiguisé ses couteaux au Plaza Athénée avec Alain Ducasse, chez Guy Savoy avant un exil à Bora-Bora au San Régis sous la houlette de Jean-Georges Vongerichten puis un passage chez David Galienne au Jardin des Plumes. Le jeune disciple parviendra-t-il à conserver le rouge de l’étoile maison ? Affaire à suivre.
Lena et Mimile devient Le Petit Bal Perdu
C’était Léna et Mimile, rue Tournefort, à Paris 5é là où la Mouff’ se prend pour Montmartre. C’est devenu « le petit bal perdu », comme dans la chanson de Gréco et de Bourvil, sous la gouverne de Jean-Francois Roux, qui tient déjà Janou rue Verlomme associé à Jean-Louis Costes. Toujours en partenariat avec le gars Jean-Louis, qui possède aussi, de son côté, l’Hôtel Costes, la Société et Lily Wang, il a su garder ici le côté vieux bistrot d’autrefois avec son comptoir, ses tables en bois, ses recoins, le revoyant en guinguette parfaite pour l’été avec sa grande terrasse quasi panoramique, sa cuisine sage, sa formule du midi à 18,50 € fort bien vue. Salade de roquette, œuf poché et parmesan, asperges mimosa, dorade snackée et braves desserts ménagers (clafoutis aux cerises, île flottante, mousse chocolat) mettent dans le mille.
Omar Dhiab voit double avec Elbi
La comète Dhiab poursuit sur sa lancée ! Après avoir agité tout le microcosme gastronomique et glané l’étoile en quelques mois en 2023 avec sa table éponyme de la rue Hérold, Omar Dhiab voit double dans le 10ème arrondissement de Paris. Le nom du nouvel écrin de cet ancien élève de Christophe Moret au Shangri-La, de Christian Le Squer époque Ledoyen, « condimenteur » en chef et dernière toque à s’être illustrée aux fourneaux de Loiseau Rive Gauche ? « Elbi » où il mettra en scène une partition plus personnelle convoquant ses racines égyptiennes, inspirations bistrotières, clins d’oeil à la street-food et une attention toute particulière accordée à la cuisson, ici déclinée en cinq températures millimétrées. Au menu ? Ambiance intimiste, cadre contemporain et classique oscillant entre Paris & Le Caire tels l’oeuf cocotte fricotant avec un ragoût de merguez mijoté, le hawawshi (pain typique) garni de viande parfumée ou encore la cocotte de langues d’oiseau, la volaille désossée sauce “molokheya” en hommage aux recettes dominicales de son père cuisinier. Une riche sélection de 650 cuvées partageant les casiers de son gastro viendront irriguer ce voyage métissé. On vous glisse déjà l’adresse : Elbi, 54 rue de Paradis, Paris 10e.



















