Biarritz : l’Impératrice, la troisième mi-temps face à l’océan
Benoît August connaît le plaquage, les mêlées et les troisièmes mi-temps. L’ancien talonneur du Stade Français, toujours président de l’US Dax, troque désormais le maillot pour le tablier d’aubergiste. Et pose son gros nounours de rugbyman agile et bienveillant face à la plage de l’Impératrice et au Port-Vieux. Après les concepts, les décors Instagram et les tables biarrotes qui changent de nom plus vite qu’un ailier ne change de côté, voici L’Impératrice, ouverte fin avril à la place de l’ex-Petite Plage du groupe Famose-Brémond.
Ici, pas de grande théorie : on vient manger, boire et regarder l’océan. Ça repose. Aux fourneaux, Frédéric Montanat, figure bien connue des Halles de Biarritz avec sa boucherie-traiteur, passé notamment chez Christian Constant, au temps du Violon d’Ingres. Sa cuisine a le bon goût de ne pas jouer les divas : œuf mimosa plein air, houmous crémeux aux accents orientaux et sésame, poulpe frit sauce thaï, lieu jaune croustillant façon fish & chips, cabillaud nacré, jus de coquillage et piperade.
C’est généreux, direct, bien envoyé. Pas besoin de vidéo de présentation en douze épisodes pour comprendre l’affaire. Le gâteau basque à la cerise noire de la Maison Adam joue la dernière pénalité et la transforme. Dans le verre, l’Irouléguy Larrandaberri 2021, fruité mais tannique, possède assez de répondant pour accompagner une troisième mi-temps digne de ce nom.
Et puis il y a les goélands. Eux n’ont pas attendu l’ouverture de l’Impératrice pour comprendre que l’adresse est intéressante. Ils surveillent les poissons, lorgnent les frites maison et plongent sur les assiettes avec la précision d’un arrière international. À Biarritz, même les oiseaux pratiquent le rugby : ici, le ballon est remplacé par une frite et le plaquage se fait en rase-motte. L’Impératrice ne prétend donc pas sauver la gastronomie biarrote, et c’est peut-être sa meilleure qualité.
Tandis que certaines nouvelles tables empilent les mots « expérience », « partage » et « signature » pour vendre trois assiettes et une vue, August joue plus simplement : une bonne équipe, des produits qui tiennent la route, une cuisine qui fait plaisir et l’océan en guise de décor. Bref, une table qui ne cherche pas à jouer les champions du monde avant même le coup d’envoi.
Elle avance, elle plaque, elle sert, elle sourit. Et si un goéland lui pique son poisson, ce sera au moins une vraie troisième mi-temps.
L’Impératrice
6 avenue de la Reine Nathalie
64200 Biarritz
Tél. : 05 59 24 72 26
Horaires: 9h30-2h
Fermeture hebdo. : mardi
Carte : 55-75 €.















