Les chuchotis du lundi : Vincenzo Regine règne sur les Andéols, Florent Pietravalle et son bistrot, Julien Allano homme-orchestre de Bonnieux, Georgiana Viou rend son tablier chez Rouge, Lena et Mimile devient Le Petit Bal Perdu, Omar Dhiab voit double avec Elbi, Quentin Testart à la Messardière, les apéros et le bistrot éphémère de Jean Covillault, Luca Binaschi à la Bastide de Saint-Tropez 

Article du 16 juin 2025

Vincenzo Regine règne sur les Andéols

Vincenzo Regine © GP

Les Andéols à Saint-Saturnin-lès-Apt ? On vous a déjà parlé de ce lieu hors norme, fondé, revivifié par un couple amoureux de l’art et du pays provençal, les Massart, Patrizia, aux racines transalpines, et Olivier, élevé ici même, qui est à la fois un hôtel, mais surtout un vaste domaine de trente cinq hectares, plantés d’oliviers, de vignes, de cyprès, conçu comme un hommage au grand Luberon, avec ses chemins d’herbes, ses bassins de nage, ses huit « suites natures», ses onze villas à thème, son bar, ses espaces variés, sans oublier ses tables alertes où s’essayèrent jadis Daniel Hébet, Guy Martin, Alain Ducasse et quelques autres. Dans ce « resort » non-dit où l’on pourrait vivre en vase clos, qu’a repris en gestion Thierry Naidu de Phoenix Hotels Collection, qui gère notamment la Chèvre d’Or d’Eze-Village, les changements, avec de nouvelles chambres, se préparent. Mais la révolution du lieu est déjà en route aux fourneaux avec l’italien voyageur Vincenzo Regine. Ce natif d’Ischia, rallié à la Provence, que l’on connut jadis à Bruxelles, au Via Lamanna et à l’Amigo, mais aussi au Cœur de Megève, puis au Domaine de Verchant près de  Montpellier, règne sur les deux tables maison : « le Platane » simple et délicieux façon bistrot chic ou trattoria champêtre, proposant notamment des pâtes et farineux exquis (taglioni aux palourdes, pizzetta aux truffes, risotto Caranaroli et rigatoni gratinés au parmesan), tout en veillant sur  le gastro et créatif la « Loggia » où il propose une cuisine méditerranéenne, franco-transalpine ou provençale nouvelle vague, pleine de fraîcheur et de saison, qu’escortent avec habileté les vins, côté Provence et vallée du Rhône, d’un sommelier ancien de Mauro Colagreco, Florian Salzmann. Un de ses morceaux de bravoure : un oeuf soufflé, enveloppé dune fleur de courgette avec truffe en brunoise à cru et truffe d’été de l’Isle sur la Sorgue. A fondre sur place !

Florent Pietravalle et son bistrot

Florent Pietravalle et Danh Cuong Ngyuen © GP

Le bon coût de la Mirande, cet hôtel de luxe et de charme, caché, quoiqu’à peine, à l’arrière des Palais des Papes  : le « Bistrot de Florent » où s’exprime avec talent Florent Pietravalle en compagnie de son adjoint Danh Cuong Nguyen, ancien du Vivier à l’Isle-sur-la-Sorgue, présent dans la maison depuis six ans déjà. Ils ont conçu ensemble une carte pleine d’allant qui joue avec les meilleurs produits des grands environs, le potager local, les poissons du copain Mathieu Chapel, pêcheur au Grau-du-Roi. Ainsi, le ceviche d’huîtres, à l’huile d’oxalis et ail des ours, la soupe fraîche de tomates et basilic, l’oeuf poché au pistou, le pâté en croûte au ris de veau et foie gras dans la tradition, la jolie salade de haricots verts, à l’anguille fumée, plus la viande affinée du moment et le plat du jour qui peut être une poule au pot servie avec sa sauce gingembre, son riz pilaf. Superbe menu à 39 € au déjeuner en semaine.

Julien Allano homme-orchestre de son village

Julien Allano © GP

A Bonnieux, il n’arrête pas ! Julien Allano, natif d’Avignon, rallié au Luberon, après ses années à Grignan (Au Clair de la Plume et la Ferme de Chapouton), a ouvert son épicerie, à deux pas de sa table étoilée « Ju Maison de Cuisine ». Et y vend les produits qu’il aime, son huile d’olive à la truffe, plus les condiments et sauces de ses amis Alibert d’Aix & Terra. Son dernier bon coût : « Goût Bistrot », créé en lieu et place du Fournil, qui fut la bonne table sympa du bourg et devenu sous sa houlette un petit temple de la cuisine provençale à sa manière. Mettant également à contribution ses amis Alibert cités plus haut et relayé en cuisine par son disciple ukrainien Sergei et en salle par le dynamique Walid qui assure le service le plus gai du Vaucluse. Son velouté de petits pois et tomme de chèvre, comme la marinade de shoyu et poichichade, avec piment bio relevant un cabillaud rôti au pak choï valent le détour !  Son nouveau lieu de goût : sa future boulangerie au feu de bois qui ouvrira en fin de mois.

Georgiana Viou rend son tablier chez Rouge 

Georgiana Viou © GP

La rumeur courait mais la surprise demeure. Ex candidate de Master Chef millésime 2010, béninoise ralliée à la citée phocéenne où elle lança son bistrot sympa et fut un temps professeure de cuisine, Georgiana Viou avait signé depuis 2021 un retour flamboyant dans le cadre aristocratique d’un hôtel particulier nîmois. A l’enseigne de Rouge, au gré d’un patio et d’une terrasse de charme, elle mêlait brillamment ses racines africaines aux saveurs provençales, composant une partition multi-culturelle, vive et singulière, rapidement couronnée d’une étoile. Bref, tout semblait filer droit pour cette cuisinière solaire qui avait d’ailleurs réalisé un audacieux coup d’éclat en proposant une addition libre pour ses clients dans la foulée de l’obtention de son macaron en 2023.  Mais pas tant que ça ! Depuis plusieurs mois, Georgiana se dédoublait en effet entre la France et le Bénin, signant la carte d’un restaurant dans sa ville natale de Cotonou. L’annonce est tombée ce 7 juin dans l’émission de notre confrère Laurent Mariotte sur Europe 1. « Je crois que j’arrive à la fin. Fin juin, je vais déposer mon tablier Rouge et partir vers de nouvelles aventures » déclarait-celle qui vient tout juste de publier « Oui Cheffe » ouvrage retraçant son itinéraire atypique. « De nouvelles aventures » qui semblent vraisemblablement la pousser vers le Bénin. Son successeur lui n’est pas à aller chercher bien loin : il s’agit de Luka-Tao Debenath, son second depuis 2023. Ce dernier a notamment aiguisé ses couteaux au Plaza Athénée avec Alain Ducasse, chez Guy Savoy avant un exil à Bora-Bora au San Régis sous la houlette de Jean-Georges Vongerichten puis un passage chez David Galienne au Jardin des Plumes. Le jeune disciple parviendra-t-il à conserver le rouge de l’étoile maison ? Affaire à suivre.

Lena et Mimile devient Le Petit Bal Perdu

Au bar © GP

C’était Léna et Mimile, rue Tournefort, à Paris 5é là où la Mouff’ se prend pour Montmartre. C’est devenu « le petit bal perdu », comme dans la chanson de Gréco et de Bourvil, sous la gouverne de Jean-Francois Roux, qui tient déjà Janou rue Verlomme associé à Jean-Louis Costes. Toujours en partenariat avec le gars Jean-Louis, qui possède aussi, de son côté, l’Hôtel Costes, la Société et Lily Wang, il a su garder ici le côté vieux bistrot d’autrefois avec son comptoir, ses tables en bois, ses recoins, le revoyant en guinguette parfaite pour l’été avec sa grande terrasse quasi panoramique, sa cuisine sage, sa formule du midi à 18,50 € fort bien vue. Salade de roquette, œuf poché et parmesan, asperges mimosa, dorade snackée  et braves desserts ménagers (clafoutis aux cerises, île flottante, mousse chocolat) mettent dans le mille.

Omar Dhiab voit double avec Elbi 

Omar Dhiab chez Elbi © ilyafoodstories

La comète Dhiab poursuit sur sa lancée ! Après avoir agité tout le microcosme gastronomique et glané l’étoile en quelques mois en 2023 avec sa table éponyme de la rue Hérold, Omar Dhiab voit double dans le 10ème arrondissement de Paris. Le nom du nouvel écrin de cet ancien élève de Christophe Moret au Shangri-La, de Christian Le Squer époque Ledoyen, « condimenteur » en chef et dernière toque à s’être illustrée aux fourneaux de Loiseau Rive Gauche ? « Elbi » où il mettra en scène une partition plus personnelle convoquant ses racines égyptiennes, inspirations bistrotières, clins d’oeil à la street-food et une attention toute particulière accordée à la cuisson, ici déclinée en cinq températures millimétrées. Au menu ? Ambiance intimiste, cadre contemporain et classique oscillant entre Paris & Le Caire tels l’oeuf cocotte fricotant avec un ragoût de merguez mijoté, le hawawshi (pain typique) garni de viande parfumée ou encore la cocotte de langues d’oiseau,  la volaille désossée sauce “molokheya” en hommage aux recettes dominicales de son père cuisinier. Une riche sélection de 650 cuvées partageant les casiers de son gastro viendront irriguer ce voyage métissé. On vous glisse déjà l’adresse : Elbi, 54 rue de Paradis, Paris 10e.

Quentin Testart à la Messardière

Quentin Testart à la Messardière © DR

 
Il est le nouveau jeune chef exécutif que les palaces s’arrachent. Après avoir oeuvré dans les cuisines du Royal Monceau, Quentin Testart, 30 ans au compteur, s’illustrait encore il y a peu à la tête du Shangri-La Paris, héritant par là-même de la palme de plus jeune capitaine de palace parisien. Il a discrètement troqué les fourneaux de l’avenue d’Iéna pour le soleil de la Côte. Sous la bannière des Airelles, le voilà aux commandes de l’offre gourmande du château de la Messardière rebaptisé Airelle-Saint-Tropez à Ramatuelle, villa de grand charme avec son style néo-renaissance et ses superbes vues sur mer, où il a pour tâche de chapeauter quatre tables variées pour cette nouvelle saison. Ce Lorientais malicieux veillera ainsi entre autres sur le méditerranéen Palladio, la panoramique Table de la Messardière sans oublier les fusions japonaises et péruviennes signées Matsuhisa. Au Shangri-La Paris, son successeur est une vieille connaissance, puisqu’il s’agit de Simon Havage, que nous connûmes au Hyatt Madeleine. Ce Nancéien demeuré longtemps dans l’ombre de Jean-François Rouquette au Hyatt Vendôme, passé également chez Philippe Mille aux Crayères, aura la charge de redonner son éclat à ce palace sinophile notamment après la perte du macaron du Shang Palace qui s’affirmait depuis treize ans comme le seul étoilé chinois de France et se révèle toujours au mieux de sa forme sous la houlette de l’alerte Tony Xu.

Les apéros et le bistrot éphémère de Jean Covillault 

Jean Covillault x Paul Saulnier © DR

Ses résidences se suivent mais ne se ressemblent pas ! Après avoir rendu hommage l’été dernier à son Auvergne natale avec « Court-bouillon », largué les amarres au pied de Notre-Dame avec « la Belle Tablée » et plus récemment lutté contre le gaspillage alimentaire avec « Des Restes » – restaurant éphémère et engagé prônant circuits-courts et valorisation des « produits moches » – une nouvelle escale s’esquisse pour le rieur et vagabond Jean Covillault ! Avec son acolyte Paul Saulnier, l’ex candidat de Top Chef 2023 se la joue cette fois bistrot et grandes tablées et met le cap sur le 17e arrondissement investissant pendant un petit mois les murs du Pouzzoulou près du Parc Monceau. Avec ses « Apéros des JeanJean », esprit de guinguette urbaine, verre et grignotis en terrasse puis grand diner à table avec le jeune chef autour de plats familiaux (tomates farcies, riz pilaf, poulet rôti) avant une ambiance festive jusqu’à 1h du matin qui rythmeront les soirées de cette joyeuse étape. Du 12 juin au 18 juillet, tous les soirs dès 18h au 39 rue de Chazelles, Paris 17e

Luca Binaschi à la Bastide de Saint-Tropez 

Luca Binaschi © FA

La nouvelle botte secrète de la Bastide Saint-Tropez, Relais & Châteaux de charme façon mas provençal sis au coeur de son parc verdoyant ? Elle est encore italienne en la personne de Luca Binaschi. Ce jeune ancien de La Réserve à Ramatuelle mais aussi du Cheval Blanc de Saint-Tropez avec Yannick Alléno et de la Chèvre d’Or a pris les rênes de l’Isoletta, la perle transpalpine de de la demeure. Il succède à son compatriote Alessandro Caria parti pour d’autres aventures. Dans un cadre séducteur conservant sa verrière lumineuse, l’habile Luca joue double jeu puisant dans le terroir provençal qui rencontre sans mal son Italie natale. Au déjeuner, les plats bistronomiques font mouche du ceviche de sériole avec oignon rouge aux linguine alle vongole avec citron et poutargue. Le soir, le ton monte d’un cran, se faisant plus gastro, tirant un trait d’union délicat entre la Riviera française et la Botte. Témoins ? Le risotto Vialone Nano avec basilic et gambero rosso, le couplet autour de l’agneau de Sisteron avec morilles farcies et ail des ours ou encore la fine meringue mariant rhubarbe, pistache et crème crue. On vous en dit plus très vite.

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