Les chuchotis du lundi : Guillaume Roget star basque, Christophe Scheller l’artiste du Palais biarrot, Benoît Dargère et l’événement Grand Café, Jason Gouzy déménage Pantagruel et double la mise avec Panurge, les 10 ans de Big Mamma, les bons tours du Caboulot, Reine Sammut retour en Corse au domaine Misíncu, la sensation Zia au Metropole Monte-Carlo

Article du 26 mai 2025

Guillaume Roget star basque

Guilaume Roget © GP

Il est le nouveau cuisinier star avec 2 étoiles du pays basque français. Guillaume Roget fut sommelier dans une vie antérieure, au château de Brindos à Anglet, puis au Ruffet de Jurançon alors doublement étoilé. A 23 ans, il crée son premier restaurant sur le port d’Hendaye, la Cabane du Pêcheur. On le découvrira au Brouillarta face à la plage de Saint-Jean-de-Luz, où il gagnera une étoile. Le voilà maître chez lui à l’enseigne d’Ekaitza (« la tempête » en basque) de l’autre côté de la Nive, transmué à Ciboure en grand chef moderne et créatif sur le quai Maurice Ravel. La passion ne l’a pas quitté, les deux étoiles ne lui ont pas donné la grosse tête. Ses prix de menus sont plus raisonnables que certains de ses collègues dotés d’une unique étoile et le cadre sobre et contemporain avec ses belles tables en bois sont propices à la convivialité  comme à la découverte d’une expérience singulière et l’excellent choix de vins en accord comme le service au petit point ajoutent au plaisir de redécouvrir ce lieu rare. Bref, la tornade Roget emporte tout … On en reparle vite !

Christophe Scheller l’artiste du Palais biarrot

Christophe Scheller © GP

Du travail d’artiste ! Ce que promeut Christophe Scheller – à la Rotonde est de très haut niveau, comme un retour cinglant de la tradition à l’Hôtel du Palais à Biarritz. On rappelle ce que nous disions ici l’an passé : cet ancien du Hyatt Vendôme aux côtés de Jean-François Rouquette, du Royal Monceau au temps de Christophe Pelé et du Mandarin Oriental en compagnie de Thierry Marx, qui a également travaillé quelques mois au Chateaubriand avec Inaki Aizpitarte, connaît sa partition et sait jouer de tous les bons tours de la cuisine moderne mais sans nullement brader la tradition. Sa signature ici même : le retour du grand classicisme rajeuni, allégé, épousseté, mais édulcoré, qui sied parfaitement à ce cadre Second Empire au chic intemporel, avec ses colonnades, ses tables bien nappées, sa vue somptueuse, sur le plus beau coucher de soleil de l’Atlantique. Ce qui se propose là ? Une démonstration sur le bien fondé du produit local et régional, cuit, conçu, réajusté avec un doigté insigne. Ainsi le crémeux de maïs Grand Roux au coulis de piquillos, les petits pois en texture ou l’araignée locale (le « txanguro ») mariée à la fleur de courgette. Une technicité sans chichi se met ici au service d’une cuisine fine, précise, lisible d’une rigueur sans faille. Le Michelin qui a enlevé l’étoile à la demeure est franchement à côté de la plaque.

Benoît Dargère et l’événement Grand Café

Benoît Dargère © GP

Exit le Mini-Palais ! Le Grand Palais, qui a fermé ses portes pour une longue rénovation, est encore empêtré dans ses travaux. Mais a déjà rouvert sa table chic et choc  sous la houlette de Gilles et Claire Malafosse, qui gèrent notamment Le Flandrin, créé par leur père au bout de l’avenue Henri Martin, mais aussi  Loulou à Paris, au musée des Arts Décoratifs, à Ramatuelle, à Roquebrune-Cap-Martin, à Courchevel, au Barrière-des-Neiges, en compagnie de leur chef exécutif et associé Benoît Dargère. Leur « Grand Café », qui  se situe de l’autre côté de l’ex-Mini-Palais et s’ouvre au 1 place Clémenceau, bénéficie d’un décor grand style sur un mode néo-Art Déco, avec sa splendide terrasse sous les colonnades, son bar chic, ses trois cent places, signé de Joseph Dirand, à qui on doit la rénovation du Flandrin et qui officia notamment chez Loulou Paris, mais aussi Monsieur Bleu et Girafe, que Gilles Malafosse ouvrit jadis avec Laurent de Gourcuff. La cuisine, elle, prône le grand style de la cuisine de brasserie française avec des accents méditerranéens. L’oeuf mimosa aux anchois de Cantabrie jouxte le carpaccio de gambero roso avec straciatella, les artichauts violets à cru flirtent avec les supions au chorizo et des vieilleries exquises comme le « steak à cheval » ou l’escalope viennoise retrouvent une vie neuve. La patte malicieuse de Benoît Dargère, formé jadis chez Alain Passard à l’Arpège et passé au Laurent avenue Gabriel, avant de créer son propre restaurant, Le Clos Saint Basile à Mougins, est bien là. Ce maestro de l’ombre, classique dans l’âme, mais rompu à toutes les tendances, indique qu’il sait faire moderne sans délaisser aucunement la tradition.

Jason Gouzy déménage Pantagruel et double la mise avec Panurge

Jason Gouzy © GP

Il se sentait à l’étroit dans son fief du Sentier laurée d’un macaron depuis 2021 et ne lui autorisant qu’une vingtaine de couverts. Le baisser de rideau de Thibaut Nizard à l’enseigne de l’Aube rue de Richelieu lui a offert une opportunité toute trouvée. Etoilé ludique, maestro des triptyques, de la décomposition et des assiettes satellites, Jason Gouzy, rémois de 35 ans passé à l’Assiette Champenoise, au Bristol avec Eric Frechon sans omettre le Baudelaire de l’hôtel Burgundy et le Galopin de la rue Sainte-Marthe, déménage son Pantagruel du 2e au 1er. Investissant les 300m2 de l’ancien Zebulon laissés vacants depuis fin 2024, il élève ainsi la capacité de sa table étoilée à 35 couverts avec une formule et des ambitions intactes. Sous la houlette d’une équipe renforcée, un menu signature et encore plus « pantagruélique » devrait également faire son apparition. Mais le malicieux Jason n’allait pas s’arrêter en si bon chemin. Sur un mode bistrot et toujours sur fond de clins d’oeil rabelaisiens, Panurge remplacera Pantagruel rue du Sentier, en entonnant des airs bourgeois dans un décor intimiste et inchangé mais avec un menu déjeuner se situant autour des 30€. Ouverture prévue le 16 juin pour un joli coup double !

Les 10 ans de Big Mamma 

Evénement à la Felicita © BB

Le 21 mai dernier, au cœur de l’effervescence de la « start-up nation » et de Station F, la Félicita, auto-proclamé plus grand restaurant d’Europe avec ses quelques 4500m2, accueillait un anniversaire symbolique. Celui des 10 bougies des nouveaux papes européens de la cuisine italienne. Une décennie que Big Mamma révolutionne le goût de la Botte à Paris et au-delà, s’inspirant à la fois des codes londoniens et transalpins, alignant tables XXL et designs chics, essaimant à Lyon, Marseille, Madrid, Milan, Berlin ou Munich, sans oublier de développer ses propres circuits d’approvisionnement et son écosystème de recrutement directement en Italie pour étoffer les rangs d’une « Squadra » comptant aujourd’hui plus de 2200 personnes. Que de chemin parcouru depuis le baptême d’East Mamma au printemps 2015 pour Tigrane Seydoux et Victor Lugger, devenus les références de de la trattoria populaire et désormais à la tête de 27 restaurants en Europe et d’une entreprise valorisée à 270 millions d’euros. Après l’entrée au capital du fonds d’investissement anglais et spécialisé dans la restauration, McWin, le groupe part maintenant à la conquête des Etats-Unis avec également une implantation imminente à Dubaï. Durant ces dix ans, les deux acolytes n’ont jamais cessé d’innover, lançant entre autres Sunday, leur solution de paiement 2.0 pendant la crise du covid et bâtissant un héritage déjà palpable dans le secteur avec quelques filiations évidentes comme celle de Nouvelle Garde qui bouscule les codes de la brasserie traditionnelle à la française partout dans l’Hexagone.

Les bons tours du Caboulot 

Romain Thoison & Frédéric-Paul Chartier © BB

Sacré bouclard que ce Caboulot ! Ouverture sans trêve pour boire un verre, perles de mosaïques au sol, ambiance bon enfant, terrasse aimable, tarifs tenus et répertoire de tradition net et sans bavure font le succès mérité de ce jeune bistrot bien élevé au 123 de la rue de Caulaincourt. L’auteur de ce remake de charme aux accents années 1930 mais inauguré fin 2024 ? Frédéric-Paul Chartier qui a gravité tout au long de sa jeune carrière sur les différents versants de la Butte Montmartre et continue de veiller sur sa voisine Boite aux Lettres. Il est ici appuyé aux fourneaux par Romain Thoison qui a notamment aiguisé ses couteaux avec Julien Sebbag. Crevettes bulots, poireaux à la vinaigrette astucieusement relevés de miso ou coquins oeufs mayo badigeonnés d’une mayonnaise aux herbes jouent à merveille des airs néo-vintage et laissent place au filet mignon flanqué de purée maison ou au sérieux croque monsieur avant le gong du pain perdu et de l’ile flottante propre à faire chavirer les cœurs gourmands. Du St-Nicolas de Bourgueil de Sylvain Bruneau au pinot noir d’Hauller en Alsace, le casting liquide brille aussi par son rapport qualité-prix et n’oublie pas les bonnes lois de la ficelle. On vous en dit plus très vite.

Reine Sammut retour en Corse au domaine Misíncu

Reine en cuisine © GP

Vosgienne gagnée à l’amour de la Provence grâce à son mari Guy, laurée d’une étoile dès 1995, Reine Sammut fut, on le sait, trois décennies durant la reine du Luberon et l’artiste gourmande de la Fenière à Lourmarin où elle a passé le flambeau à sa fille aînée Nadia. Du Luberon à la Corse, Reine, qui porte bien son prénom, entame un nouveau chapitre de son histoire en forme de come-back.  Elle met ainsi le cap sur l’ile de Beauté où elle a succombé aux charmes du domaine Misíncu tout juste rénové et rouvert à Cagagno sur le Cap Corse. Dans cet écrin niché entre mer et maquis prônant le « slowspitality » avec, entre autres, sept villas privées dotées d’une piscine et un spa dernier cri, elle succède au scandinave Fredrik Andersson et imprégnera la carte des deux restaurants maison de son style sudiste et végétal. Mêlées au terroir corse et puisant dans le potager maison, les saveurs méditerranéennes dont elle a le secret prendront ainsi un sens nouveau à « la Table » tandis que convivialité et assiettes à partager seront de mise sous l’ombre des oliviers du « Jardin ». Suivez Reine en Corse !

La sensation Zia au Metropole Monte-Carlo

Rocco Seminara & Manon Santini chez Zia © FA

A quelques mètres au dessus des deux étoiles détenues par Christophe Cussac à l’enseigne des Ambassadeurs, un duo complice et fortiche fait depuis peu merveille sur le rooftop de l’Hôtel Métropole Monte-Carlo. Rocco Seminara, que l’on connut en dynamique chef d’orchestre du groupe Bagatelle, également passé au Byblos et à la Palme d’Or du Martinez et l’artiste sucrée, Manon Santini, aixoise formée auprès de Christophe Michalak au Plaza-Athénée, Bruno Oger à la Villa Archange mais ayant également œuvré au sein du groupe Bagatelle, signent main dans la main une cuisine italienne moderne et exigeante dans un décor imaginé par Karl Lagerfeld. D’abord lancé sous forme de pop-up dans l’hôtel, leur concept « Zia » a trouvé pour cette saison 2025 un écrin durable et joliment perché. Aux côtés d’un époustouflant petit-déjeuner italien mettant en scène viennoiseries et panetonne maison, ils livrent à l’heure du déjeuner comme du diner une farandole d’antipasti et de crudi di mare de haut vol, un club sandwich twisté au pesto rosso sans oublier des pizzas salés et sucrées à tomber (ces dernières ayant d’ailleurs valu à Manon le titre de championne du monde de la pizza dessert en 2019). Le tout s’arrose de cocktails soignés. Plus d’infos ici. 

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Publié le  26 mai 2025 par

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