Drouant
« Paris 2e : quand Drouant fête les Goncourt »
Un article plus récent sur le même sujet est disponible sur notre site, vous pouvez le retrouver en cliquant ici
On le sait : l’exercice est annuel. En novembre, le restaurant Drouant fête les Goncourt. L’académie qui porte le nom des deux frères lorrains (l’un, Edmond, né à Nancy, l’autre, Jules, à Paris), et désormais présidé par un autre lorrain, Philippe Claudel, a décerné cette année son prix tant convoité à Kamel Daoud et son splendide »Houris » (Gallimard), un roman lyrique et courageux qui évoque la guerre civile algérienne des années 1990 à travers la voix d’une jeune héroïne, Aube, survivante de celle-ci. C’était la 122e année du prix et après de deux ans dures luttes pour lesquelles la voix de l’ancien président Didier Decoin comptait double au… 14e tour – comme le stipule le règlement -, c’est au 1er tour, par 6 voix, que Kamel Daoud l’a emporté le 4 novembre dernier.
A cette occasion, alors que l’académie, composée de dix jurés se réunissent dans leur salon du premier étage, partageant un festin que quelques heureux, dont nous fûmes, purent goûter, le chef Romain Van Thienen avait mis les petits plats dans le grand, bouleversant en quelque sorte le style maison. Ce jeune ancien de Cyril Lignac, du Peninsula, de l’Allénohèque d’Alléno et du groupe Mersea d’Olivier Bellin, avait renversé l’adage salon lequel « qui peut le plus, peut le moins« . Là, on était même dans le « plus plus« , avec des produits d’exception mis en scène sur des thèmes géographico-littéraires avec brio, un service au petit point mené à la baguette par le (très) grand (par la taille!) James Ney et des vins en accord au mieux de leur forme choisis par le sommelier maison Guillaume Sicsic.
Au programme, une quiche Lorraine rehaussée de caviar, culottée et délicieuse, hommage au président du jury comme aux fondateurs du prix, dite « influences continentales », le caviar remplaçant le lard, puis le « banc de l’écailler », avec homard, crevette, moule, palourde, amande, présentées à la fois au nature dans leur assiette et en gelée d’eau de mer dans une coupe, ensuite une sole très flaubertienne, dite « de Paris à la Normandie », avec sole, fumet de poisson, caviar, épinards de Viroflay, craquants ces derniers, constituant en sus une chapelure extra-fine, avec une crème au caviar Shrenki savoureuse.
Le « retour de chasse », hommage à la marquise de Sévigné était une riche et magnifique tourte de perdreaux, cuisse panée, jus de gibier plus foie gras poché. On y ajoute le « prince des fromages », à savoir le brie de Meaux proposé jeune, moelleux, avec son complément noir plus affiné, et enfin une anthologie des desserts parisiens. crème pralinée, chou, crème chiboust, baba, café, plus une exquise mi-religieuse au chocolat en mignardise, avec pâte de fruit et mini-baba.
Là-dessus, on propose un accord vins/mets de roi: brut réserve champagne Charles Heidsieck, Alsace riesling 2023 « Le Kottabe » signé Josmeyer (grandiose avec les coquillages!), élégant meursault « Sous la Velle » 2023 du domaine Saint-Marc avec la sole, Saint-Emilion grand cru Croix Canon 2003 du Château Canon parfait sur le gibier, surprenant et tout en fraîcheur Saint-Joseph « Les Granilites » 2021 de Michel Chapoutier.
On achève sur une séductrice liqueur Whisky-Châtaigne dite « la Belle Gnole » en provenance de la distillerie des Aravis à la Clusaz, en harmonie avec les desserts. Et on note que le dit-menu est disponible jusqu’au 15 novembre, au tarif de 190 €, sur réservation – 72h à l’avance- et avec un supplément de 120 € pour l’accord complet mets-vins. Vive la folle mais délicieuse gourmandise des Goncourt chez Drouant !















