Les chuchotis du lundi : le nouveau Carro de Carantec, Marc Haeberlin rachète le Clos Saint-Vincent à Ribeauvillé, Gabin Jarry reprend le San Francisco, Bara Inn la table tendance de Roscoff, le renouveau d’Erckmann-Chatrian à Phalsbourg
Le nouveau Carro de Carantec
Il a repris, voici quatre ans, la maison que fit connaître Patrick Jeffroy, un hôtel balnéaire années 1930, entièrement remis à neuf sous sa houlette et celle de son partenaire financier Franck Jaclin, l’homme du Château de Sable de Porspoder : chambres claires, vaste jardin, grandes terrasses et table panoramique avec sa vue grand angle sur la baie de Morlaix. Nicolas Carro a non seulement redonné son prestige gourmand au lieu, mais il instille sa manière vive, créative et légère. Natif de Saint-Brieuc en Côtes d’Armor, revenu en Bretagne, après douze ans de voyages dans des tables de haut niveau – l’Arpège avec Alain Passard, Jean-Luc Rocha à Cordeillan-Bages en Médoc, sans omettre les deux étoiles français de Londres, Claude Bosi à l’Hibiscus et Arnaud Bignon à la Greenhouse, enfin sept ans durant aux côtés d’Olivier Nasti à Kaysersberg – il est devenu, à son tour, un maître. La Bretagne, la mer, le locavore : voilà où le vent nouveau le porte, côté Finistère Nord et pays du Léon. Sur sa baie magnifique à laquelle il rend hommage en des assiettes belles, sereines, épurées, il joue la Bretagne nouvelle vague avec fierté. Parmi ses morceaux de bravoure, le homard rôti au beurre au poivre sauvage d’Assam avec son consommé en minestrone aux navets et chou rave, les pinces panées au panko et un condiment à la moutarde à l’ancienne. Deux étoiles en vue!
Marc Haeberlin rachète le Clos Saint-Vincent à Ribeauvillé
Il possédait déjà trois tables au Japon, avec son partenaire Hiramatsu (à Tokyo, Sapporo et Nagoya), plus une brasserie à Strasbourg (les Haras), complétant l’offre de sa mythique Auberge de l’Ill d’Illhaeusern. Marc Haeberlin vient de racheter le Clos Saint-Vincent de Ribeauvillé, situé à moins de 15 mn de chez lui, et qui fut jadis un Relais & Châteaux à l’époque des Chapotin. L’investissement total se monte à 21,5 millions d’euros correspondant à l’acquisition et à la rénovation du lieu, magnifiquement situé en haut d’une colline dominant le vignoble et la plaine d’Alsace. Le permis de construire vient d’être déposé. Les travaux débuteront l’an prochain et le design sera assuré, sur un mode zen, néo-nippon, par le duo Patrick Jouin et Sanjit Manku, qui a beaucoup travaillé pour Alain Ducasse et oeuvré pour le spa de l’hôtel des Berges et la rénovation des salles d’Illhaeusern. L’hôtel, qui devrait être classé 5 étoiles, accueillera 33 chambres et suites, un spa avec salle de massage, sauna et jacuzzi, une piscine, et un restaurant gastronomique qui ne visera pas forcément les étoiles. « A la piscine, on proposera des plats raffinés, mais on suivra les désirs qui pourront commander ici une choucroute, là une pizza« , glisse Marc, enthousiasmé par ce projet qui développera l’offre Haeberlin d’une autre manière.
Gabin Jarry reprend le San Francisco
Le San Francisco, face au métro Mirabeau près du pont du même nom et à l’orée du village d’Auteuil, fut très longtemps une institution italienne parisienne, tenue par la famille Bianchi, côté 16e, attirant gens de médias, notamment de la voisine Maison de la Radio. Le décor années 1950 avec force fer forgé a disparu pour faire un place à un cadre contemporain et le lieu se nomme désormais « Café San Francisco » sous la houlette de Gabin Jarry qui tient non loin là les Coltineurs. Cet aubergiste tendance, qui fut pizzaïolo dans une vie antérieure, veut en faire un lieu ouvert à tous avec sa carte de brasserie moderne à prix raisonnables, son ouverture 7 jours sur 7 (sauf dimanche soir) et sa terrasse sur l’avenue de Versailles. La carte, signée du chef des Coltineurs joue aussi bien les plaisirs exotiques et fusion incluant des clins d’oeil à son passé italien (salmorejo et stracciatella, vitello tonnato, salade de feta crispy, côtelette de veau milanaise,, bbq ribs de cochon ibérique) est prometteuse. Affaire à suivre.
Bara Inn la table tendance de Roscoff
Le « Bara Inn« : l’auberge du pain ( bara = pain en breton, inn = auberge en anglais). C’est la table neuve, gourmande et très tendance où court le tout Roscoff. Aux commandes, un couple motivé et fortiche : Matthieu Le Gars, natif de Brest, ancien d’Eric Frechon au Bristol à Paris, de la Green House, le deux étoiles de Dublin, et chez Guillaume Brahimi à Sydney, au Guillaume at Bennelong, et Calypso Racine, née à Bordeaux, docteur en océanographie et biologie, et prof d’université à Bordeaux et Nantes. Tous deux ont beaucoup voyagé (en Australie, en Suisse, en Corse) avant de s’installer au cœur de Roscoff en lieu et place d’une ancienne crêperie (« les Amours Jaunes »). La maison est toute jeune, elle se rôde, prône le plat à partager et la focaccia à la mode bretonne, avec viande, légumes, moules ou homard. Le crudo au saint-Pierre et passion, comme la belle salade de haricots aux amandes révèlent un joli sens des assaisonnements. Une table singulière à découvrir.
Le renouveau d’Erckmann-Chatrian à Phalsbourg
Erckmann-Chatrian ? C’était, à Phalsbourg, sur la vaste place d’Armes, la table institution de la ville dédiée au fameux duo d’écrivains auteurs de « l’Ami Fritz », gérée depuis les années 1950 par la famille Richert. Ces derniers ont vendu leur demeure à Richard Zehringer. Ce natif de Sarrebourg qui possède le goupe Primacasa dédié aux pizzas et tartes flambées artisanales, qui, possèdent cinq unités, de Sarrebourg à Haguenau, en passant par Drulingen, a repris la maison sans en toucher le cadre ni l’esprit. Les belles tables nappées, les serviettes immaculées, le service en argent, les seaux à glace d’autrefois, d’une table cossue et de tradition, sont toujours là. La cuisine a été dépoussiérée, assise toujours sur de bonnes bases classiques, mais jouant l’esprit régional et la tradition avec une simplicité bienveillante. Coup de chapeau au menu du déjeuner à 17 €, qui propose les belles idées du jour de la cheffe Laetitia Jaxel, originaire d’Abreschviller, qui a travaillé là-bas à l’Auberge de la Forêt de Nicole Risch et aux Cigognes de Gilbert Baillet.















