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Aimer Jérusalem … et Tel Aviv avec Nathan Devers

Article du 3 juin 2026

Nathan Devers, qui s’était révélé naguère avec le brillant Penser contre soi-même, où il racontait son itinéraire d’ancien ex-futur rabbin devenu philosophe et romancier, livre avec Aimer Jérusalem un ouvrage dense, libre, ambitieux, qui tient à la fois de l’essai, du journal intérieur, de la méditation biblique et du dialogue philosophique. Le livre naît d’un choc. Celui du 7 octobre, de ses crimes et de son effroi, que l’auteur reçoit de plein fouet alors qu’il se trouve à Beyrouth pour y recevoir un prix littéraire. Cette sidération initiale donne son impulsion à une vaste introspection sur la ville sainte, sur son mystère, sa charge symbolique, sa violence inhérente, son avenir possible. Car au-delà de l’émotion, Nathan Devers interroge longuement ce que devient Israël à la lumière d’une lecture serrée de la Bible, convoquant la tradition, les textes, les commentaires, dans une réflexion qui a souvent l’allure d’une disputation talmudique.

L’ancien aspirant rabbin n’a rien perdu de sa science ni de sa gourmandise herméneutique. Il ausculte Jérusalem comme une idée autant qu’une cité, comme une promesse autant qu’une fracture. Et il le fait avec cette manière très singulière qui mêle l’aveu personnel, la réflexion spéculative et la controverse vive. Le chapitre consacré à Tel Aviv est sans doute l’un des plus passionnants. Il y peint la métropole méditerranéenne comme “la ville des corps”, anti-Jérusalem assumée, cité de l’immanence heureuse, du désir, du mouvement, de la mer, de la lumière, opposée à la verticalité spirituelle, minérale et grave de la Ville sainte. La confrontation entre les deux cités devient alors celle de deux visions du monde, presque de deux anthropologies.

Autre surprise : ce plaidoyer final pour son maître d’influence, Bernard-Henri Lévy, défendu ici avec vigueur contre les caricatures et les calomnies dont il fait régulièrement l’objet. Cet hommage, loin d’être convenu, éclaire aussi la filiation intellectuelle de Devers et son goût du combat d’idées. Le plus captivant demeure sans doute cette discussion passionnelle qui court tout au long de l’ouvrage avec un interlocuteur israélien — réel, imaginaire, peu importe au fond — qui lui oppose une contradiction féconde. De cette joute naît une pensée vivante, inquiète, jamais dogmatique.

Bref, voilà un livre riche, varié, souvent brillant, où la réflexion talmudique épouse l’aveu intime, où la méditation politique se nourrit d’histoire sainte, et qui interroge avec intelligence ce que peut encore signifier aimer Jérusalem aujourd’hui.

Aimer Jérusalem, de Nathan Devers (Gallimard, 432 p., 23,50 €).

A propos de cet article

Publié le  3 juin 2026 par
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  • Merci. Voilà un commentaire qui fait chaud au coeur !

  • Bonjour,
    Je vous suis habituellement sur instagram et me délecte, depuis Prague, de vos étapes gourmandes de par le monde. J’ai vu avec plaisir que nous venions de terminer le meme livre. J’ai également beaucoup apprécié cette lecture et le compte rendu que vous en faites est très juste.
    A l’inverse de tous ces bruits de fond autour de l’actualité, je trouve que ce livre est un livre qui tend vers la paix. Des que le temps me le permet, j’explorerai un peu plus votre blog ». Amicalement, Thomas

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