Benoît
« Le Bistrot du Mois – Paris 4e : Benoît est toujours Benoît ! »
B comme Benoit. B comme bonheur … « chez Benoit on festoye toujours en roi ! » L’adage inscrit sur la carte du plus chic bistrot de Paris, le plus beau, le plus gourmand, le plus exemplaire, demeure valable, et plus que jamais, malgré le Michelin qui a enlevé son macaron cinquantenaire à cette maison millésimée 1912, qui était le dernier bistrot étoilé de Paris.
Les patères en cuivre, les banquettes de velours rouge, les tables bien nappées, le comptoir en marbre, le portrait de Curnonsky en noir et blanc figurent toujours en bonne place, comme la belle vaisselle, les couverts en argent et le rutilant service de table. A cela s’ajoute que, sous l’égide d’Alain Ducasse, et sous le sceau de la talentueuse Kelly Jolivet, on n’a jamais aussi bien mangé ici même.
Les classiques demeurent fidèles au rendez-vous et rassurent, comme la belle tête de veau, distinguant tous les morceaux avec délicatesse, langue, museau cervelle et sauce ravigote, qu’on a l’intelligence de servir en demi-portion sur une fort belle et généreuse assiette tarifée 18 €. Et le menu du déjeuner à 42 € (32€ avec deux propositions) offre les hors d’oeuvre de tradition à peine revisités, comme le remarquable jambon persillé maison flanqué de coeur de sucrine avec sa crème moutardée, la salade de haricots verts à la parisienne, joliment condimentés, les poireaux vinaigrette d’anthologie ou encore ce délicieux couplet forestier où une fraiche poêlée de chanterelles épouse une crémeuse royale de foie gras.
Reste que la terrine de foie gras avec ses bâtonnets de rhubarbe en pickles, le pâté en croûte ou la tête de veau déjà citée, le filet de bœuf au sautoir ou le suprême de volaille fermière habilement revisité avec morilles et sauce au vin jaune trônent sur la carte comme des reliques. Les végétariens ne sont pas oubliés avec un cookpot aux légumes désormais classique. Et les ravioles de foie gras aux champignons, la dorade juste snackée ou toujours sur un mode marin, le dos de turbot flanqué de sa purée de petits pois à la française avec sauce beurre blanc au poivre témoignent tous du doigté de Kelly qui brille plus que jamais dans le registre de la tradition revue avec goût et légèreté.
La carte des vins est propre à vous faire casser votre tirelire, mais il y a aussi de belles affaires à faire. Exemples avec le bourgogne aligoté de chez Fournier (au verre), le fruité fleurie clos du moulin du domaine des Marrans ou encore le délicieux crozes-hermitage Alélophane de Natacha Chave.
Et, in fine, les desserts constituent toujours un doux moment de nostalgie avec le clafoutis à la rhubarbe, les ludiques profiteroles (en fait de la pâte à chou farcies de crème pâtissière) à tremper dans une diabolique sauce au chocolat, la double tranche de savarin avec sa crème mi-montée vanillée, arrosée d’une belle lichette d’armagnac de chez Delord à Lannepax (Gers), sans omettre les exquises fraises Melba mêlant tout en fraicheur compotée de fraises, farandole de fraises ciflorette, poudre de vanille et quenelle aux trois vanilles de la manufacture Ducasse. Qu’on se rassure, avec ou sans le Michelin, Benoit est toujours Benoît !


















