Nice : les envolées gourmandes d’Epicentre
Direction Nice où notre complice Fadi Joseph Abou est tombé sous le charme d’Epicentre, la sensation niçoise tout juste étoilée. On l’écoute.
Épicentre : un nom qui circule à Nice avec insistance. À peine ouvert, déjà couronné d’une étoile au Michelin, le lieu intrigue autant qu’il attire. Non loin du port, dans un quartier en pleine effervescence, Selim M’Nasri a créé l’événement niçois du moment avec cette table contemporaine où il travaille en menu unique reflétant ses idées de chef voyageur. Formé à Manchester en Angleterre, passé à Marseille chez Alexandre Mazzia et à San Francisco chez Dominique Crenn, demeuré trois ans dans l’ombre de Marcel Ravin à Monaco et en Martinique, il a accompli le tour du monde, en Corée ou au Japon … pour manger, tirant des leçons de toutes ses aventures avant de tracer sa propre voie : celle d’un cuisinier vif, curieux, mêlant épices et influences en s’affranchissant des styles et des frontières.
Chez lui, le menu unique s’impose comme un fil narratif, dévoilant une une cartographie intime faite de souvenirs, de techniques et d’intuitions. L’expérience se veut totale, immersive, presque initiatique. Dès le seuil franchi, quelque chose se joue : un parfum d’ailleurs, une promesse d’évasion. On comprend, dès les premières bouchées, que le repas ici ne se raconte pas comme une simple succession de plats, mais comme une traversée.
Le ton est donné avec ce cornetto autour de l’aile de raie et de la laitue de mer : une entrée en matière fine, iodée, presque murmurée. Puis vient le jeu des épices, fil conducteur du repas, traité non pas comme un artifice mais comme une véritable grammaire. La baie de sansho électrise le chou-fleur et l’œuf de truite, tandis que le kalamansi vient poser sa vivacité, nette, précise. On est dans l’équilibre, jamais dans la démonstration.
Le poivre de Timut trouve lui sa place dans un registre plus ample iodé avec l’araignée de mer et l’avocat, relevé par la main de Buddha, ponctuation agrumée et exotique. Le voyage se poursuit avec le shichimi togarashi, mélange d’épices japonais ou « piment aux sept saveurs », qui vient souligner la coquille Saint-Jacques, sur des airs nippons parfaitement maitrisés. Puis la verveine s’invite au sein du mariage poireau-poire-stracciatella fumée d’une grande douceur, comme une respiration au milieu du parcours.
La cadence reprend ensuite avec le couplet autour du gochugaru, piment coréen, allié à la truite finement ciselée et auquel le beurre blanc au saké et le riz rond apportent une profondeur rassurante. Le passage autour du café surprend : champignons et soja ancien composent une séquence terrienne, presque introspective. On s’enfonce, on creuse. Et puis arrive le cacao, sombre, enveloppant, qui se mêle à la joue de bœuf d’une intensité remarquable, adoucie par l’ail confit.
La fin du repas joue la fraîcheur et les contrastes. Le poivre tchuli vient réveiller la mandarine et le céleri, avant que le sésame noir et le chocolat chaud ne referment la parenthèse sur une note enveloppante, presque régressive. Les mignardises, enfin, ramènent à l’enfance ; glace au pain grillé, chouquette ; comme un clin d’œil, une sortie en douceur. Une grande table est née !
Epicentre Nice
8 rue Fodéré
06300 Nice
Tel. : 07 43 46 13 32
Horaires : 19h30– 22h30
Menus : 99, 139, 169€
Fermeture hebdo.: mardi, mercredi
Site internet : restaurant-epicentre.com
















