Quand Leïla Slimani emporte le feu …
C’est le 3e tome de sa saga, « le Pays des autres« , et sans doute le plus fort, celui qui laisse le plus de résonance en nous, sans doute parce que Leila Slimani semble s’y livrer avec une force accrue, offrant une sorte de confession d’écrivaine hanté par son propre passé familial en liminaire. Son histoire ? Mais fantasmée, avec une famille, les Belhaj-Daoud, dont on connaît bien le patriarche Amine, exploitant agricole à Meknès, qui fut spahi durant la guerre en 1944, son épouse, l’alsacienne Mathilde, leur fille Aïcha, devenue médecin gynécologue et accoucheuse, qui a épousé Mehdi Daoud, brillant banquier, devenu expert en échanges internationaux, provoquant les jalousies autour de lui, les deux filles de ces derniers, Mia, garçon manqué, qui rêve d’écriture et deviendra étudiant en économie à Paris puis trader à Londres, la jeune Inès, si belle, qui séduit son prof de théâtre à Rabat, avant de rejoindre sa soeur à Paris où elle poursuivra des études de médecine. On oublie au passage la libre Selma, soeur d’Amine, qui survivra à tout, et deviendra une sorte de modèle d’émancipation féminine, mais aussi Selim, fils d’Amine et Mathilde, devenu photographe à New York. Tout ce monde évolue entre le Maroc encore figé dans ses traditions, son culte du secret, où la sexualité est confinée, réprimée, et les autres pays ou les « pays des autres » où tout semble permis. C’est d’abord Mia qui raconte, avec la difficulté de vivre sa vie, ses amours, sa singularité, enfin Aïcha qui reprend la parole. Et le destin de Mehdi qui bascule. C’est bien le Maroc qui est au centre du récit. Et Leïla Slimani paye ici, avec brio de la conteuse sachant évoluer du récit personnel à la saga familiale, sa dette à ses racines (quoiqu’elle en dise, que son père en pense, qui lui glisse ainsi « ces histoires de racines, ce n’est rien d’autre qu’une manière de te clouer au sol« ), celle de son pays d’origine, de sa famille franco-française avec la haute figure de la grand-mère Mathilde en contre-point, celle d’Aïcha, la mère si volontaire, se battant sans relâche et avec courageuse obstination pour son mari tombé de son piédestal, livré à l’arbitraire et à la prison. Même si elle sait s’en éloigner avec force, apportant, avec elle et son écriture, fluide, limpide, cursive, ce feu qui la consume. Et le lecteur à sa suite, sous le charme.
J’emporterai le feu, Le pays des autres 3, de Leïla Slimani (Gallimard, 430 pages, 22,90 €).










