Ferme de Campo di Monte
« Murato : le bonheur de la Ferme »
En vadrouille sur l’Ile de Beauté, notre ami Jean-Roch Frionnet a retrouvé le chemin de la ferme de Pauline Julliard. On l’écoute.
Sise dans le village de Murato (Haute-Corse), la Ferme de Campo di Monte est affectueusement surnommée « La Ferme » par ses habitués. Et ces derniers sont nombreux puisque celle-ci jouit d’une excellente réputation depuis son ouverture en 1985. Depuis quarante ans, après l’ascension d’une piste cahoteuse, le pèlerin gourmand peut apercevoir cette bâtisse familiale aux abords de laquelle, sitôt arrivé, un muscat de bienvenu lui est servi. Quel plaisir de boire ce dernier sur la terrasse dominant la plaine. On le mérite bien, puisque le restaurant est très vite complet (surtout en saison) et il est préférable de s’y prendre deux à trois semaines à l’avance pour avoir une table.
Mais, très vite, les choses sérieuses commencent. Dans cette vieille maison corse tout en pierres, les tables sont réparties dans différentes pièces. Jamais plus de trois ou quatre tables dans la même salle. Aux manettes, Éric sert la cuisine de sa mère et fondatrice de la demeure, Pauline, dans une ambiance joviale. L’empilement des assiettes devant le convive donne le ton : le repas va être copieux. Le menu unique cloue le bec à l’ami indécis. La soupe corse ouvre le bal. Légumes et pâtes baignent dans un délicieux bouillon parfumée à la nepita, une herbe du maquis.
Puis après avoir fait un sort à la soupière, tout s’enchaîne. La charcuterie d’excellente facture laisse la place à d’aériens beignets de courgettes dont les grands-mères corses ont le secret. Puis ce soir-là, un sauté de veau succédait aux beignets. Nageant dans une bonne sauce roborative, c’est toute une cuisine d’antan qui arrive dans une belle cocotte en fonte. Le veau est conduit par de très jolies lasagnes à la bastiaise, auxquelles la sauce de la viande a servi de nappage.
À menu unique, vin unique : est servi tout au long du repas un vin dont l’unité de mesure est ici le litre. Avant de se permettre la douceur de nobles beignets soufflés et de clémentines confites par Pauline, la cuisinière et fondatrice, on s’octroie un plaisir fromager. Se livrent ainsi sur la planche un chèvre, un brebis mais surtout le Casgiu Minatu, fromage coulant fabriqué à partir de vieux fromages de brebis broyés auquel l’affinage de plus d’un an donne un goût piquant et très (trop) puissant. Heureusement, les sublimes confitures maison servies en abondance apaisent un peu cette charge surfermentée.
La nuit tombée, on rejoint à nouveau cette terrasse où, du muscat, nous sommes désormais passé à l’eau de vie et au café. Conclusion de ce repas pantagruélique sagement tarifé soixante euros par personne. Ceux qui voudraient, à raison, faire durer le plaisir, peuvent bénéficier de la partie chambre d’hôtes plus bas dans le village. À essayer absolument !












