La Légende de Boualem Sansal : l’écrivain, la prison, la légende, la liberté
Il y a les écrivains qui écrivent des livres et ceux dont la vie finit par devenir un roman. Boualem Sansal, arrêté en Algérie, détenu durant près d’une année, libéré après une grâce présidentielle, appartient désormais aux deux catégories. Avec « La Légende », il revient sur cette arrestation, la prison, l’affaire d’État et cette étrange mécanique qui transforme un homme en symbole. Mais Sansal n’est pas homme à se laisser enfermer dans une légende, fût-elle héroïque. Il entend reprendre le récit à son compte, raconter ce qu’il a vécu, ce qu’il a compris, ce qu’il a subi, avec cette liberté de ton, cette ironie et cette obstination qui sont sa marque. Il ne cherche pas à devenir un martyr. Il se méfie même de ceux qui voudraient faire de lui un héros.
Le livre avance par éclats, souvenirs, réflexions, retours en arrière. Il y a de la colère, naturellement, mais aussi cette volonté de comprendre les mécanismes du pouvoir, de la peur et de la soumission. La prison n’a pas changé Sansal : elle a peut-être simplement rendu sa parole plus tranchante. Et puis, vers la fin, le ton se fait plus personnel, plus acéré. Boualem Sansal règle ses comptes avec Gallimard, sa maison d’édition historique, et dresse la liste de ceux qui l’ont soutenu lorsque les temps étaient difficiles. Les absents, les silencieux et les présents ne sont pas tout à fait rangés dans les mêmes colonnes. Voilà qui donne au livre une dimension supplémentaire : après le récit de la prison vient celui de la fidélité. Et, comme souvent chez les écrivains, la mémoire est précise.
Depuis « Le Serment des barbares » et « 2084 » Sansal n’a cessé de regarder les idéologies, les pouvoirs et les lâchetés en face. « La Légende » prolonge ce combat. Avec une différence : cette fois, le personnage de l’histoire, c’est lui. Et l’on comprend vite qu’il n’y a rien de plus encombrant qu’un écrivain que l’on voudrait transformer en symbole et qui persiste à rester un homme. Ou, pire encore, un écrivain libre. Avec, au passage, une liste d’amis et quelques comptes à régler.
La Légende de Boualem Sansal (Grasset, 252 pages, 22 €).








