Bozar Restaurant
« Bruxelles : Karen le flamboyant »
C’était « Bozar Brasserie« , dont on, vous parla jadis. C’est devenu Bozar tout court ou “Bozar Restaurant”, il y a déjà belle lurette, toujours sous la houlette du délicieux Karen Torosyan qui a transformé les lieux en table de haut vol, avec ses sièges en cuir signés Knoll, ses banquettes de velours, ses nappes en lin, ses assiettes griffées JL Coquet, dans un immeuble moderniste imaginé par le créatif Baron Horta. Karen, roi et champion du monde du pâté en croûte (c’était il y a une décennie), ancien élève de deux grands de Bruxelles : chez Bruneau à Ganshoren et Pascal Devalkeneer au Chalet de la Forêt, est devenu un grand à son tour.
Il a affiné sa manière, élevé le niveau, diversifié sa palette, maniant le beau produit avec art et le magnifiant avec science, contrôlant ses cuissons avec une précision d’orfèvre. On y ajoute le service au petit point, très « pédago », notamment du jeune Benvenue à qui rien n’échappe et qui a réponse à tout, plus les accords vineux avec le coup de pouce de la sommelière experte Stéphanie Pierre.
On démarre avec un exquis chablis les Pargues 2022 du domaine Servin, fin, vif, noiseté, qui se marie fort avec bien avec les prémices : les légérissimes tuiles au romarin, le veau de Corrèze en tarte à l’anguille fumée à déguster avec les doigts, le « faux » jambon persillé avec sa piquante mayonnaise au raifort ou encore l’huître Gillardeau cuite au barbecue, relevée d’un bouillon dashi, de radis blanc et de sésame.
On reste en mer avec le très iodé tourteau de Bretagne, oseille et caviar “Caspian Tradition”, on revient sur terre avec le gourmand pressé de volaille de Bresse signée Miéral au foie gras avec artichaut poivrade qu’accompagne un bouleversant ragoût lentilles du Cantal au vinaigre de jerez. Il y a encore cette culottée aubergine de Sicile mariée aux coques et algues.
On aborde alors aux morceaux de bravoure de la maison : un magnifique homard bleu, sa bisque relevée, sa fine raviole ouverte, son arachnéen ris de veau escalopé comme sur le fil de rasoir et qui fait l’effet d’un pain d’accompagnement avec une pointe vive d’estragon. Et puis cette brillantissime canette de Barbarie, si juteuse, avec asperges et galette de pomme de terre en tourte. De l’ouvrage d’art qui culmine dans le genre classique rajeuni !
On a bu là dessus le Sant’Armettu corse de Sartène « cuvée Rosu Marinu » 2023 d’un fruité très framboisé et encore un charmeur poulsard dit “l’autre rouge” en côtes du Jura duomaine Rijckaert 2022.. Et on achève, après un trou normand contemporain mariant poire williams, gingembre, saké, sur une rafraîchissante orange sanguine en finissime tartelette à la vanille de Tahiti et yaourt. Même les mignardises en issue (dont une crème brûlée vanillée d’anthologie) sont d’un très haut niveau. Voilà une institution gourmande moderne qui vaut à elle seule le voyage à Bruxelles.

















