Paris 14e : le naufrage du Zeyer
Notre complice Benjamin Berline a revisité le Zeyer d’Alésia. Hélas, la déception était au rendez-vous. On l’écoute.
Rien ne va plus au Zeyer… C’est le triste constat que l’on se doit de dresser avec une sévérité proportionnelle à l’attachement porté à cette magnifique brasserie, millésimée 1913 qui baigne dans les grâces de son décor signé Slavik face à l’église d’Alésia. Rien ne semble avoir bougé pourtant. Le charme immuable des banquettes en moleskine rouge et des boiseries de caractère s’entrelaçant avec le plafond zébré de verre et les luminaires Art Nouveau sans oublier le plaisir de la terrasse bienvenue sont bien là.
On s’interroge cependant. Le centenaire serait-il synonyme de décadence pour ce petit frère du Dôme ? Avec la famille Bras également à la manoeuvre, il serait légitime de supputer que le sérieux culinaire de ce second établissement égale celui de l’institution marine du boulevard Montparnasse qui elle ne nous a jamais déçu.
Mais lors de notre dernier repas, les mets proposés semblaient plus provenir d’une cantine anodine que d’une brasserie d’un tel standing, égrenant avec un zèle inébranlable un parfum de réchauffé et de loupé. Spécialité de la demeure, l’inaugural plateau de fruits de mer tenait encore la route même si le tourteau tanguait déjà vers les abysses avec une saveur confinant vite à l’écœurement. Puis l’assiette de melon charentais, paresseux et desséché, comme les couleurs ternes et les aspérités du tartare de saumon entamaient un lent accablement.
Une plongée en eaux profondes se poursuivant avec la bavette duraille à souhait et flanquée de son bol de frites industrielles comme avec le tartare de boeuf accompagné d’un riz (il est vrai à la demande) d’une rare fadeur. La fosse des Mariannes s’atteignait probablement avec cette assiette marine du moment où, nonchalamment posées sur une purée manquant cruellement de beurre, pavés de saumon, de cabillaud et de thon ternissaient franchement le pavillon maison.
Un fiasco nous laissant bouche-bée et qui fit logiquement taire toute envie de desserts. Le brave service conservant sourire et envie dans la débâcle mérite néanmoins un bon point. Effet transitoire ou nouvelle gageure maison ? Les touristes se font d’ailleurs plus nombreux au détriment des habitués, qui avisés ou résignés, c’est selon, privilégient désormais le plaisir borné d’un verre pour s’immerger dans ce cadre magique sans sombrer dans les méandres d’une assiette pas à la hauteur et pourtant tarifée au prix de la qualité. Espérons que ce laisser-aller ne soit que passager…
Le Zeyer
62, rue d’Alesia
Tél. 01 45 40 43 88
Menus : 35, 45 €
Carte : 55-75 €
Horaires : 12h-18h, 19h-0h15
Fermeture hebdo. : Ouvert tous les jours
Métro(s) proche(s) : Alésia
Site: www.lezeyer.com















Pas d’accord. Le Fouquet’s est très nettement au-dessus. Tu n’as dû y aller depuis longtemps…
Tu es cruel mon cher Benjamin, et bougon (pourtant tu semblais bien accompagné ).. C’est une brasserie, et on n’attend jamais de miracles de ce genre d’endroit. Vas au Fouquet’s, ce n’est pas mieux mais tout le monde le sait et bien pour le cadre. Toutes mes amitiés de Saïgon !!! Super ton clip vidéo chez Vi Hanoï
Oh non , mon ancien quartier, mon ancienne brasserie ! Espérons qu ils remontent la pente…