Lisez « les Petits Farceurs » !
Voilà un roman que l’on a loupé à la rentrée et qu’il est bien temps de rattraper. « Les Petits Farceurs » constitue une suite moderne à Illusions Perdues auquel le titre est emprunté. Balzac notait en quelque sorte que l’on peut être grand écrivain et petit farceur. Illustration de cette sentence: le roman de Paul (Beuvron) et Henri (d’Estissac) copains de khâgne à Danielou – à Rueil-Malmaison – qui demeureront amis pour la vie, même si leurs destins divergent. On apprend la mort du premier en liminaire et le second pourrait conter son histoire en toute tranquillité. Grands écrivains, ils veulent l’être tous deux. Si Henri, le parisien, renonce vite, Paul, né à Grenoble comme Stendhal, persévère. Il publie d’abord un livre fleuve auquel nul ou presque ne comprend rien, puis devient, sous l’impulsion de Marcillac, éditeur sans scrupules (mais ne le sont ils pas tous?, comme le suggère l’auteur), devient l’écrivain de l’ombre de personnages divers : auteur à succès façon roman de gare, homme politique, sportif philosophe ou instagrameuse… Bref, le succès lui tend les bras sous d’autres formes qui le mèneront à sa perte, alcool et drogue aidant. Louis-Henri de La Rochefoucauld se livre ici à une critique féroce et drôle du monde de l’édition et de la vie littéraire. On a envie de mettre tel nom sous telle figure du livre. Mais on sent bien que l’auteur s’est amusé à brouiller les pistes, en mélangeant soigneusement les références. Même si le journal qui lance son héros défunt (« Avant-Garde ») ressemble fort à Technikart, auquel lui-même a collaboré. Ce faisant, et au passage, LHR qui descend d’une famille illustre se plaint de voir les aristocrates écartés du Goncourt (sauf Mandiargues ou Beauvoir…). Manière de préciser que ce roman à tiroirs qui multiplie les clés et ouvre quelque serrures peut se lire à plusieurs degrés. On retiendra aussi quelques jolies formules dont celle-ci : « On ne peut pas avoir le spleen et l’argent du spleen. » Une réussite.
Les Petits Farceurs, de Louis-Henri de La Rochefoucauld (Robert Laffont, 256 p., 20 €).






