Le Gainsbourg – roman à mi-vie – de Paradisi
Voilà un de ces livres qu’on lit avec avidité et dont on appréhende la fin. Les 352 pages passent à toute allure. Nos amis anglo-saxons appellent ça un « page turner« . On se demande s’agit bien de la vie de Serge Gainsbourg, si rien n’a été inventé et comment tout cela va pourvoir se terminer. Les derniers mots ? « Jane Birkin » Avant cela, de l’après-guerre à mai 68, le petit Lucien Ginsburg, qui voulait être Courbet ou Rembrandt, va devenir pianiste de bar (notamment chez Flavio au Touquet) puis parolier, compositeur et chanteur sous le nom de Serge Gainsbourg. On l’imaginait peintre de génie, il devient chanteur abscons, poète, provocateur, jouant, comme personne, avec les mots, écrivant pour d’autres puis prenant son destin en main, ne quittant guère l’appartement familial, même lorsqu’il sera marié à Lise, puis à Béatrice. Les frères Jacques (« le Poinçonneur des Lilas »), Gréco (« la Javanaise »), Petula Clark (« la Gadoue », « Vilaines Filles, Mauvais Garçons »), Anna Karina (« Sous le Soleil exactement »), BB bien sûr (« Harley-Davidson », « Bonnie and Clyde »), mais surtout France Gall (« N’écoute pas les idoles », « Laissez Tomber les Filles », et, bien sûr, son grand prix de l’Eurovision, « Poupée de cire, poupée de son ») l’aideront à devenir célèbre. Mais le chemin sera semé d’embûches. Mariages (avec Elisabeth Levitsky puis Béatrice dite « princesse Galitzine »), tromperies, crises de jalousie, divorces, enfants (qui se souvient de Natacha et de Paul dit Vania?), disques ambitieux et talentueux mais sans succès : le chemin sera long de Gainsbourg première manière vers la gloire. L’originalité de ce roman vrai : se mettre dans la peau de Gainsbourg, emprunter sa voix, se raconter sans complaisance, évoquer son parcours chaotique. Certes, on n’a pas oublié le film de Joann Sfar (« Gainsbourg – vie héroïque »), qui évoquait la même période mais avec des idées de dessinateur un peu fantasmagorique. Le réalisme d’Eric Paradisi, qui se coule à merveille dans le personnage timide, réservé, contrasté, à la fois provoquant, excessif, boulimique, entre bulles de champagne, verre de bourbon et fumée de Gitane(s), de Gainsbourg, pas encore Gainsbourg, fait merveille dans la simplicité rayonnante et la mélancolie active. On attend déjà la suite !
Gainsbourg roman, de Eric Paradisi (l’Archipel, 354 pages, 22 €).






