Serge Joncour : l’amour au fil de l’eau

Article du 18 août 2026

 

Il y a des écrivains qui changent de sujet à chaque livre. Serge Joncour, lui, poursuit obstinément le même roman, celui des hommes, des femmes, de la terre et du temps qui passe. Depuis L’Écrivain national, Repose-toi sur moi, Nature humaine ou Chaleur humaine, il ausculte la France profonde, celle des campagnes, des forêts, des fermes, des villages oubliés, mais aussi celle des sentiments, des passions rentrées, des silences qui disent davantage que les grands discours. Avec Une histoire d’amours, il revient dans cette Nièvre qu’il connaît si bien, autour de Donzy, aux portes du Morvan, entre rivières, étangs, haies et sous-bois. Le décor n’est jamais un prétexte. Il est un personnage à part entière, respirant, bruissant, enveloppant. Joncour possède ce don rare de faire sentir l’humidité d’un chemin, la fraîcheur d’un sous-bois, le frémissement d’une rivière avec trois mots qui semblent n’avoir l’air de rien.

Deux histoires se répondent à près de deux siècles d’écart. Celle de Franck et Léa, venus chercher une autre vie loin de Paris, et qui croisent là Joss et Kelly – deux couples qui battent de l’aile, mais qui deviendront complices presque malgré eux. Et celle de Joséphine et Rodolphe, elle fille de châtelain, lui enfant du pays devenu « officier de santé », emportés au XIXe siècle dans une passion contrariée. Les époques se répondent, les lieux gardent la mémoire des êtres et l’amour, sous toutes ses formes, paraît traverser les générations comme une eau souterraine. Franck, dessinateur appliqué va s’inspirer de l’histoire de ces derniers, qu’il apprendra par petits bouts grâce à la flamboyante Kelly, pour faire revivre la mystérieuse « chapelle des amants ».

On ne saurait reprocher à Serge Joncour de prendre son temps. Il ne court jamais après l’effet et laisse les personnages s’installer, les paysages imposer leur rythme, les émotions affleurer sans les souligner. Son écriture demeure d’une élégance sereine, sans démonstration, d’une précision presque tactile. À l’heure où tant de romans s’épuisent à vouloir être « modernes » et dans l’air du temps, Joncour continue simplement d’écrire des livres qui durent. Il parle d’amour, bien sûr, mais aussi de transmission, d’enracinement, de mémoire, de cette campagne française qui n’est ni carte postale ni manifeste écologique, mais un monde vivant, fragile, complexe.

Bref, si cette « histoire d’amours », au pluriel n’est pas son roman le plus spectaculaire, c’est l’un des plus apaisés. Et l’on referme ce beau livre avec cette impression, devenue rare, d’avoir quitté des personnages qui continueront à vivre sans nous. C’est qui est la marque des vrais romanciers.

Une histoire d’amours, de Serge Joncour (Albin Michel, 384 pages, 21,90 €)

 

A propos de cet article

Publié le  18 août 2026 par

Et vous, qu'en avez-vous pensé ? Donnez-nous votre avis !