Le Petit Saint-Benoît
« Paris 6e : la belle surprise du Petit Saint-Benoît »
De lui, vous savez à peu près tout : qu’il est né à Rodez, qu’il a été élevé dans une famille aveyronnaise de Saint-Geniez-d’Olt où l’on est naturellement gourmand, même si papa Nègre était masseur-kinésithérapeute et non bistrotier. Qu’il a remis au goût du jour la Grille Montorgueil. Laurent, aubergiste exemplaire, qui fut jadis à son compte dans un bar-tabac de la rue Marbeuf, puis au Rollin dans le 12e, avant l’Etincelle, le 9e, rue de Clichy, puis aux Escapades à Vincennes, vient de reprendre le Petit Saint-Benoît.
La demeure, qui naquit à l’aube du siècle, fut un bouchon de bonne compagnie, fréquentée par toute l’intelligentsia des parages de Saint-Germain-des-Près, à commencer par Marguerite Duras qui y avait sa table attitrée, et le couple Birkin-Gainsbourg qui venait de la rue de Verneuil. Le lieu a gardé son charme, son vieux zinc, ses tables et chaises à l’ancienne, son sol à damier comme avant.
Il y a également les inscriptions murales donnant un avant goût du frichti maison, les casiers à serviette pour les habitués, la terrasse appréciée sur la calme rue Saint-Benoît les jours d’été. Mais, s’il n’a rien touché au décor, Laurent Nègre, en aubergiste modèle, a soigneusement haussé le niveau de la cuisine maison comme de la carte des vins qui se balade entre Beaujolais, Bourgogne, Val de Loire et pays basque.
Le programme maison reste celui d’antan : cuisine bourgeoise à prix ouvriers. Et parmi les premiers, les oeufs mayo au jambon croustillant, le foie gras de canard mi-cuit et sa confiture d’oignons, les girolles sautées et œuf au plat, le colin froid mayonnaise et sa salade de pommes de terre en guise de plat du jour du vendredi, l’entrecôte de cochon grillé, la saucisse de l’Aveyron servies sur son aligot ont belle mine.
Il y a encore le chic médaillon de lotte avec son riz crémeux aux girolles, le boudin noir de Parra moelleux, sans peau, cuit doucement, servi avec pommes fruits, le laguiole fermier de 20 mois, plus la tarte Tatin avec sa crème crue, la mousse chocolat et la tarte citron meringuée qui font plaisir dans la simplicité.
Et, côté vins, le chablis « la Sereine « 2019 de la chablisienne, le blanc des coteaux du Loir l’Effraie, un peu doux du domaine de Belliviere et le formidable irouleguy rouge signé Arretxea font des escortes de choix. Vive le Petit Saint-Benoît revivifié!















L’addition a juste doublé depuis la « reprise revivifiée » et a eu pour conséquence la migration des habitués vers la brasserie Lipp devenu moins chère et une salle devenue touristique à moitié vide most of the time… encore bravo pour le souci de transmission de l’esprit d’un lieu qui était rare!
Je connais Le Petit Saint Benoit depuis 1957 fréquentant à l’époque la Librairie Marcel Rivière à l’angle de la rue Jacob, époque où l’addition se faisait sur le coin de la nappe en papier. Institution de St Germain des Prés, j’y retourne de temps en temps et j’ai hâte de découvrir la carte actualisée.